La littérature numérique et l’école publique

Je travaille dans une école publique auprès de groupes où chaque élève est propriétaire d’un ordinateur portable. J’ai vainement essayé cette année d’explorer la lecture d’un roman numérique, mais j’ai dû y renoncer tant le système scolaire et le réseau des librairies sont incapables de suivre le rythme de la technologie et des besoins des écoles comme la mienne.

 

Il y a tout d’abord la Loi sur l’instruction publique qui vient compliquer les choses. Ainsi, de par la loi, il n’y a aucun problème à demander à des parents de payer plus de 1000 $ pour que leur enfant soit inscrit à un programme régional particulier, mais il est impossible d’exiger d’eux qu’ils déboursent 30 $ pour l’achat d’un roman numérique puisqu’il s’agit de matériel scolaire qui doit être fourni par l’école.

 

Devant ces faits, je me suis alors renseigné pour voir si mon école pourrait acheter ces romans auprès des librairies de ma région, pour découvrir qu’elles ne sont pas véritablement outillées pour vendre un nombre important d’un même titre numérique. De plus, si mon école achetait une série de 28 exemplaires d’un même roman numérique vendu à peu près au même prix qu’un exemplaire papier, l’utilisation de ceux-ci serait limitée en ce qui a trait au nombre de lectures qu’on pourrait en effectuer. Alors qu’un exemplaire papier pourra être lu par trois groupes différents la même année pendant plusieurs années, un exemplaire numérique verra son utilisation bloquée à quatre ou cinq lectures au maximum. Aussi bien dire que la technologie ne fait pas le poids devant le papier.

 

Dépité, j’ai vainement cherché des oeuvres intéressantes et libres de droits sur Internet. Je savais que la Loi sur les droits d’auteur m’empêche, et c’est bien normal, de proposer la lecture de certaines oeuvres récentes disponibles en ligne à mes élèves si elles sont piratées. Ce qui m’a étonné ? La lecture en classe d’oeuvres plus anciennes est parfois tout aussi compliquée. Si je prends le cas d’un roman aussi ancien que Lancelot le chevalier à la charrette écrit par Chrétien de Troye au XIIe siècle, je dois tenir compte également des droits de l’éditeur et du traducteur de la version mise en ligne. Aussi, même dans ce cas précis, je n’ai trouvé aucune version en français « moderne » libre de droits à faire lire à mes élèves pour ce roman qui date de plus de 800 ans.

 

Finalement, après toutes ces tentatives, j’ai renoncé à faire lire en format numérique des oeuvres majeures de la littérature à mes élèves. Nous nous sommes rabattus sur des exemplaires papier dans lesquels ils ne peuvent évidemment ni surligner ni écrire des annotations, des stratégies de lecture que préconise pourtant le ministère de l’Éducation en ce qui a trait à la lecture.

 

Je voudrais bien être ouvert aux nouvelles technologies et à la littérature numérique en classe mais, manifestement, il semble bien difficile de faire explorer celles-ci à nos élèves dans les écoles publiques québécoises.

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8 commentaires
  • Marie-Claude Lefrancois - Abonnée 13 juin 2014 02 h 25

    Les numériques épisodiques

    Les livres de papier se conservent mieux que la mémoire dure d'un ordinateur? Oui dans les fibres de notre hérédité et non dans des nuages qui se donnent des droits sélectifs d'immortalité. Les livres qu'on tient entre nos mains nous appartiennent et peuvent être légués à nos descendants, comme ils le furent pour nous. La liberté est d'en disposer à sa guise. Ce qui n'est pas le cas pour les ordinateurs, qui limitent ce choix pour des raisons encore inconnues. Le livre est palpable, touché, feuilleté, réouvert, anoté, frippé, délaissé, classé, mais toujours choisi par nous. Qui décide des oeuvres qu'il faut lire? Nous? Alors faisons-le. L'ordi ne peut pas tout faire pour nous. Nous sommes responsables de ce que nous voulons lire. Alors disons adieu aux raccourcis rapides, guidés par des moteurs de recherche que nous avons nous-mêmes créés, par souci d'efficacité!! Bonne lecture à tous.

  • Lyne Rajotte - Abonné 13 juin 2014 06 h 27

    Votre commentaire est un vent de fraîcheur et illustre à merveille la maison des fous dans laquelle tout le milieu scolaire est placé par l'absence du MÉLS. Pour obtenir des livres numériques de façon institutionnelle via votre librairie agréée, il nous faut une entente négociée avec les éditeurs de livres. À ce jour, la commande politique n'est toujous pas donnée et les bibliothécaires scolaires comme moi n'en peuvent plus de demander, solliciter, écrire, téléphoner, etc. le ministère pour enfin pouvoir alimenter la bibliothèque scolaire et servir adéquatemment les enseignants. Merci d'apporter votre pierre blanche et d'avoir pris le temps d'écrire ce message!!! Lyne Rajotte, bibliothécaire scolaire

  • Nestor Turcotte - Inscrit 13 juin 2014 08 h 14

    RIen ne remplacera le livre

    J'ai essayé de lire un livre numérique. J'ai cessé aux premières pages. Pourquoi?
    Parce que j'avais l'impression de ne jamais avoir un livre dans les mains, parce qu'une fois la page lue, elle disparaissit pour laisser le place à une autre.

    Bref, j'avais l'impression de lire une page et non de lire un livre. Rien ne remplacera les 5,000 volumes de ma bibliothèque personnelle que je peux lire, relire, consulter.

  • Claude Goulet - Inscrit 13 juin 2014 09 h 07

    Cher les nouvelles technologies.

    Le ministère de l'éducation devrait s'occuper de ce problème en obtenant des ententes sur les livres électroniques. Je dois dire que j'ai une tablette de lecture qui me permet de relire beaucoup de romans et autres ouvrages que je n'avais pas le temps de lire avant ma retraite. J'utilise souvent le site du projet Guthenberg et quand je pars en voyage, j'ai toujours des livres disponibles avec un poids de quelques centaines de grammes. À 75 ans, j'apprécie grandement la possibilité des gros caractères.
    Quand à l'enseignement qui a été mon gagne-pain pendant un tiers de siècle, je suis la philosophie de Claude Ryan qui encourageait les moyens modestes en éducation. Si on utilisait encore le tableau vert, les cahiers, les manuels scolaires (qui se font rares), on pourrait abaisser de manière significative les coûts de l'enseignement et les frais aux parents qui en arrachent pour élever leur famille de futurs contribuables.

  • Louis Dzialowski - Inscrit 13 juin 2014 10 h 02

    Le Chevalier à la charrette, en français ancien et moderne, format epub, en ligne, gratuit

    Le Chevalier à la charrette, en français ancien et moderne, format epub, en ligne, gratuit:

    http://www.bouquineux.com/index.php?telecharger=27

    • Christophe De La Durantaye - Inscrit 13 juin 2014 17 h 05

      Libres de droits ou libérés de droits?... Je vais ouvrir les entrailles du PDF et vérifier s'il n'y aurait pas traces de DRM. Z'avez pas objection? ;-)