Libre opinion - Au-delà des cérémonies, mieux traiter nos vétérans

La mission des Forces armées canadiennes en Afghanistan a pris fin. En rendant hommage à ceux et celles qui ont servi dans le cadre de cette mission, il ne faut pas oublier ni abandonner les vétérans qui continuent à lutter sur le front intérieur. Dans les 25 dernières années, les Forces canadiennes ont été déployées dans des missions actives aux quatre coins du monde. Les plus connues se sont déroulées à Chypre, pendant la guerre du Golfe, en Somalie, au Rwanda, en Bosnie, en Haïti et, bien sûr, en Afghanistan, mission dont la fin a été soulignée la semaine dernière par une cérémonie publique.

 

Le sacrifice a été grand pour les militaires canadiens et leur famille. Depuis deux décennies, les communications toujours plus rapides ont changé la réalité des déploiements. Avec les nouvelles qui voyagent d’un bout à l’autre du globe en quelques minutes, les familles des soldats en mission apprennent parfois en temps réel que leurs proches ont été victimes d’incidents. Tout a été revu pour inclure les familles, car un déploiement des forces outre-mer en est aussi un psychologique pour les familles au Canada.

 

La gratitude envers les militaires et leur famille doit se concrétiser par un nouvel engagement à l’endroit des anciens combattants et de leur famille. Au-delà des cérémonies, qui sont importantes, le pays doit honorer son pacte social avec les anciens combattants en les dédommageant ainsi que leur famille si le service leur a occasionné des blessures.

 

Ce cadre normatif nécessite que le gouvernement reconnaisse que ceux et celles qui servent leur pays s’engagent avec un esprit combatif. En retour, le pays a une obligation réelle à l’égard des anciens combattants et de leur famille : celle de les aider à surmonter les défis découlant de cet esprit combatif.

 

Cette obligation quasi constitutionnelle — qui, à mon avis, est indissociable du pouvoir de la Couronne à monter et à déployer des forces armées — est beaucoup plus qu’un simple programme d’investissement ou un poste dans le budget fédéral. En tant que pays reconnaissant envers ceux et celles qui servent en notre nom, c’est la moindre des choses.

 

Atténuer les crises

 

Les difficultés que vivent nos vétérans et leur famille, au retour, sont bien réelles. Toute tentative visant à minimiser ou à étouffer ce fait n’est pas digne d’une nation reconnaissante. Les anciens combattants n’ont pas besoin de « solutions technologiques », mais d’un engagement à vie pour atténuer les défis et les crises qu’eux et leur famille endurent.

 

Dans les 25 dernières années, de nombreux militaires ont subi des blessures liées au stress opérationnel, comme le trouble de stress post-traumatique. Les cas sont nombreux chez les anciens combattants et la situation va continuer à empirer. Bien qu’on ne puisse effacer les blessures des anciens combattants et de leur famille, si le gouvernement, avec des politiques adéquates, prend soin de ses anciens combattants, peut-être que l’on peut empêcher que ces blessures invisibles deviennent mortelles.

 

Selon une étude de 2013 du Journal de l’Association médicale canadienne, sur 30 000 militaires canadiens déployés en Afghanistan entre 2001 et 2008, 20 % ont reçu, à leur retour, un diagnostic de trouble de santé mentale attribuable à leur mission. Par ailleurs, selon une étude de 2012, 8,5 % des militaires répondants déployés à Kandahar en 2010 « dépassaient les critères civils pour les symptômes de stress traumatique aigu, dépression majeure ou anxiété généralisée ». L’expérience démontre que ces blessures internes peuvent être fatales. Il est donc impératif de prendre toutes les mesures possibles pour atténuer ces pertes, car un seul soldat mort à la suite de ses blessures en est un de trop.

 

Tout en soulignant les sacrifices faits par les militaires et leur famille depuis vingt ans, le pays devrait se rappeler sa noble mission de protéger des vies, prévenir les génocides et faire la paix. L’héritage de ces sacrifices devrait être un monde meilleur. Souligner ces sacrifices, c’est prendre soin adéquatement des anciens combattants au-delà des cérémonies. Peux ce que veux. Allons-y !

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