Libre opinion - La santé publique mérite plus qu’une ministre déléguée

Depuis plus de 150 ans, il est reconnu scientifiquement que la santé publique permet de sauver des vies, d’améliorer la qualité de vie et surtout de prévenir des maladies et des épidémies, avec tous les bénéfices économiques que cela peut représenter. Avec la nomination récente du Conseil des ministres de Philippe Couillard, je suis sceptique quant à la considération que ce nouveau gouvernement accordera à ce champ d’expertise. Deux choses me font douter ; d’abord, la séparation de la santé publique et de la santé curative. Ensuite, la nomination de la ministre déléguée.

 

En distinguant santé publique et santé curative ; en la jumelant avec la réadaptation et la protection de la jeunesse, le gouvernement Couillard avait peut-être l’impression de donner une importance à ces sphères de la santé. Toutefois, dans l’intitulé de la ministre, en mentionnant la réadaptation et la protection de la jeunesse avant la santé publique, il est permis de se questionner sur les motivations profondes de ce gouvernement. Il est reconnu depuis des lunes que la santé publique permet de réduire les facteurs de risque, les accidents et les maladies, ce qui peut mener à une réduction du nombre de personnes qui recourent à la réadaptation. De plus, l’apport de la santé publique dans sa version sociale, surtout dans la prise en charge précoce, peut réduire le nombre de cas à la protection de la jeunesse. En modifiant ainsi la structure du réseau de la santé, le Québec se retrouve avec un ministre (le plus influent) qui s’occupera de la gestion des ressources du réseau de la santé, alors que l’autre ministre (la déléguée) se fera refiler les dossiers du premier et tentera de trouver une place pour répondre aux besoins « secondaires » du réseau.

 

Parlant de la ministre déléguée, je suis stupéfait de la nomination de Lucie Charlebois à ce poste. Quelle ne fut pas ma surprise de voir que cette partie importante de la santé était confiée à une politicienne dont la feuille de route dans le domaine de la santé se résume à une grande feuille blanche. Du moins, c’est que nous dit sa biographie de l’Assemblée nationale en date du 23 avril. Mais alors, pourquoi avoir nommé Mme Charlebois à un poste de cette importance si l’on veut donner plus de place à la santé publique ? Je ne crois pas que ses expériences dans le milieu des affaires (surtout dans la vente d’eau de source et en gestion de club de golf) représenteront des atouts majeurs pour sa gestion de la santé publique. Aurait-elle une carte cachée ou une biographie plus imposante en santé publique ?

 

En définitive, si l’on accordait une place significative à la santé publique dans notre société, les finances publiques s’en porteraient mieux, surtout dans une optique où il est toujours préférable de prévenir que de guérir.

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12 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 7 mai 2014 08 h 35

    La santé

    Vous rappelez-vous qu'un ministre de la santé ait déjà prononcé la phrase: "faites de l'exercice"?

    • François Laforest - Abonné 7 mai 2014 15 h 51

      Oui ! Le petit bonhomme en latex bleu du temps où M. Couillard était ministre de la santé. Il faisait la pub de son ministère pour inciter les gens à sortir faire de l'exercice avec le comédien Stéphane Crête, je crois, qui disait : ''Vas-y! fait le pour toi... !''

  • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 7 mai 2014 08 h 44

    Le piège électoral

    Prévenir vaut mieux que guérir à long terme. Dans l'immédiat, la populace veut attendre moins quand elle attend à l'urgence, pour une grippe, un coup de marteau sur le doigt, un spleen de lundi matin. Alors on appelle les médecins en renfort, on lance l'argent dans l'équipement de pointe, les spécialistes, les gros hôpitaux, même si on sait que 90% des facteurs de santé d'un être humain proviennent de son environnement, et 10% du "système de santé".

    Parce qu'il faut être réélu. Avoir une vision est interdit dans un système électoral myope et amnésique.

    • François Dugal - Inscrit 7 mai 2014 09 h 59

      Proverbe québécois
      "Ma première priorité, c'est la santé". - Jean Charest, 2003

  • Yvon Bureau - Abonné 7 mai 2014 09 h 42

    Merci monsieur le Premier ministre

    La nouvelle ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique était des quelques 25 élus libéraux qui ont voté contre l'Adoption de principe du projet de loi sur les soins de fin de vie, le 29 octobre dernier.

    Au fait de cette incohérence, le Premier ministre a retiré le Projet de loi concernant les soins de fin de vie à madame Charlebois. Pour le confier au ministre de la Santé, Dr Barrette. À raison.

    Merci, monsieur le Premier ministre. C'est tout à votre honneur.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 7 mai 2014 09 h 58

    Bénéfices économiques

    Je suis d'accord avec l'idée de l'importance de la santé publique. Les bénéfices économiques dont vous parlez ont-ils été chiffrés? Je trouve cependant lente l'anticipation d'une santé publique post-pétrolière, par la santé publique. Il y a un site internet anglophone à ce sujet.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 7 mai 2014 10 h 48

      ps: je suggère de faire des liens avec l'article de ce jour s'intitulant: Changements climatiques: Washington sonne l'alarme... et de voir à ce que la santé publique s'implique dans le débat nouveau sur l'extraction du pétrole dans l'île d'Anticosti. Merci!):

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 7 mai 2014 11 h 05

      À voir dans le site: Health after Oil, le vidéo: Physicians, the Global Environment and the Precautionary Principle.

  • Nicole Moreau - Inscrite 7 mai 2014 10 h 12

    j'ai aussi été étonnée du titre de la ministre déléguée

    effectivement, quand il est fait mention de la réadaptation avant la santé publique, ça indique que le premier est plus important que le second et pourtant, la santé publique est majeur à tous points de vue, permettant à tous d'avoir une meilleure santé pour tous et évitant des pièges, tant au point de vue de la santé environnementale, qu'au travail, etc.

    aussi, une ministre déléguée, généralement, relève, il me semble du ministre responsable, quelle sera sa latitutde réelle d'action?