Libre opinion - Le remboursement des mères porteuses ? Du délire.

La nouvelle dépasse l’entendement. Alors que les listes d’attente pour accéder à des traitements menacent la qualité des soins de santé et que les urgences parviennent difficilement à répondre aux besoins des citoyens, on annonce que la RAMQ remboursera désormais les traitements de fécondation in vitro pour les couples homosexuels ayant recours à une mère porteuse. Non seulement cette décision est-elle injustifiable sur le plan des finances publiques, mais elles soulèvent d’importantes questions quant aux valeurs profondes de la société québécoise et du sens que l’on donne collectivement à la vie humaine. Car au-delà du coup médiatique de Joël Legendre, vedette populaire incarnant de manière radicale l’individualisme triomphant de l’époque, c’est l’indisponibilité et la dignité du corps humain qui est ici en jeu.

 

Au nom du « droit » à l’enfant, on permettra désormais l’instrumentalisation du corps des femmes en les transformant littéralement en « machines » à produire des bébés. Comme l’a clairement démontré la juriste française Muriel Fabre-Magnan, la « gestation pour autrui » est par essence contraire aux droits de la personne puisqu’elle suppose l’objectivation complète de la femme en plus de faire de l’enfant à naître l’objet d’un contrat.

 

Les ministres péquistes ont-ils favorisé cette décision? Si oui, comment concilient-ils le principe prétendument sacré de l’égalité entre les femmes et les hommes avec la mise en service du corps des femmes pour les couples homosexuels. Faut-il rappeler que les traitements de fécondation in vitro ne sont pas sans risques pour la santé des femmes et qu’ils sont souvent très pénibles ? Peut-on parler d’altruisme quand une femme porte volontairement un enfant dans le but de l’abandonner à la naissance ? Au nom de quoi peut-on justifier la « production » programmée d’orphelins ? Comment la relation mère-enfant sera-t-elle encadrée après la naissance de l’enfant ? Est-ce que ces mères porteuses auront droit à un congé de maternité payé ? Autant de questions sans réponse pour une décision insensée.

 

Au-delà des casse-tête juridiques, éthiques et politiques que représente cette décision, ce sont les justifications évoquées pour la défendre qui se révèlent les plus instructives des dérives éthiques de la société néolibérale québécoise. Le refus de permettre le recours aux mères porteuses serait, selon les propos de Joël Legendre, discriminatoire pour les couples homosexuels. Autrement dit, la reconnaissance juridique des droits des couples homosexuels n’est plus suffisante pour répondre à la quête identitaire de certains, l’État doit dorénavant répondre aux limites biologiques des individus eux-mêmes. Soyons clairs sur ce point : l’adoption d’enfants par des couples homosexuels ne pose pas de problème éthique en soi. Mais le fantasme génétique derrière le recours à une mère porteuse est plus qu’inquiétant. L’industrie de la fécondation in vitro aura donc réussi à ouvrir toutes grandes les portes du Corps-Marché en faisant de la chair humaine une matière première au service du désir des plus riches de notre société. Nous ne sommes plus très loin du posthumain, puisque ni l’infertilité ni l’homosexualité ne sont des maladies. Le recours aux mères porteuses relève donc ni plus ni moins d’une volonté d’exploiter les potentialités reproductives du corps féminin.

 

À l’heure où l’on peine à soigner nos aînés et où les écoles publiques sont littéralement en ruines, comment peut-on accepter que des vedettes incapables d’assumer la limite de toute existence humaine dictent les politiques publiques en matière de santé et de procréation ? Le plus dramatique dans tout cela, c’est que la vie humaine devient tributaire des désirs et des fantasmes des plus puissants. Bref, au nom du droit à l’enfant, on contrevient aux droits les plus fondamentaux des enfants, dont celui de ne pas faire l’objet d’un échange marchand.


Céline Lafontaine - Professeure de sociologie à l’UdeM

75 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 25 avril 2014 05 h 48

    Merci!

    Très bon texte. Un grand merci. Le "droit" à l'enfant n'est pas un droit! L'éthique est vraiment mal en point au Québec!


    Michel Lebel

    • Nestor Turcotte - Inscrit 25 avril 2014 08 h 17

      ABSOLUMENT. En 1975, le mouvement féministe se battait pour obtenir l'avortement libre et payé par l'État. L'argument de certaines femmes de l'époque: nos corps sont à nous, nos corps nous appartiennent et on n'est pas des incubateurs à bébés.

      Aujourd'hui, on demande à l'État de payer ce contre quoi certaines femmes se sont battues il y a quelques décennies. Où est la logique?

    • Alexie Doucet - Inscrit 25 avril 2014 22 h 23

      "Le refus de permettre le recours aux mères porteuses serait discriminatoire pour les couples homosexuels"? Dans le même ordre d'idées, le fait d'avoir deux parents du même sexe ne serait-il pas discriminatoire pour l'enfant? Et à une ère où les patients sont devenus des clients, où les usagers sont des clients, où le citoyen est un client, le fait de porter un enfant est-il devenu un service? Sera-t-il assujetti à la TPS et la TVQ, déductible d'impôt pour les parents? Et va-t-on considérer l'enfant comme un produit? Allons donc! La terre est surpeuplée et, comme disait Madame Lafontaine, les urgences sont bondées!

    • Johanne St-Amour - Abonnée 26 avril 2014 09 h 28

      Je suis d'accord avec vous M. Lebel, aller jusque-là pour un supposé droit à l'enfant est inacceptable! Et invoquer l'homophobie pour ce faire, c'est fausser le débat totalement et faire fi de toutes les conséquences.

      Après la prostitution et l'assistance sexuelle, la gestation par autrui: la marchandisation du corps des femmes n'a plus de fin! Les femmes deviennent dans ces circonstances des instruments soit pour satisfaire tous les désirs, soit pour briser comme le dit Mme Lafontaine les limites biologiques des hommes. Aberrant!

  • Marcel Lemieux - Inscrit 25 avril 2014 06 h 15

    Merci madame

    Cela est tout simplement incroyable! As-t'on délibérement choisi le sexe et des
    jumeaux? Une autre question? Caprice de vedette au frais des payeurs de taxes.
    La porte est ouverte, ça finira ou?

  • Raymond Labelle - Abonné 25 avril 2014 07 h 12

    L’adoption est plus morale que l’utilisation d’une tiers comme machine-bétail.

    Dans le cas présent, il est clair que l'utérus devient un objet au service du narcissisme de couples pour qui il est impossible de procréer. Pour que le couple puisse avoir la satisfaction narcissique d'avoir "son" enfant, on utilise comme du bétail-machine le corps d’une tiers. Mieux vaut accepter ses limites et s'en remettre à l'adoption.

    Incidemment, l’adoption représenterait dans ce cas un amour plus grand, plus gratuit et donc plus noble envers l’enfant : on s’occupe d’un enfant dont d’autres non pas voulu, en acceptant ses limites physiques et en renonçant au plaisir purement narcissique que l’enfant soit son descendant biologique, en tout ou en partie.

    Utiliser une mère-porteuse comme machine-bétail est immoral, peu importe qui le fait- ce point de vue n’est donc pas discriminatoire envers les homosexuels.

    • Eric Lessard - Abonné 25 avril 2014 09 h 23

      M. Labelle,

      Plutôt que de vouloir faire la morale aux homosexuels, vous devriez surveiller votre langage. L'utilisation du terme «machine-bétail» en dit long sur ce que vous pensez des femmes.

      En tout cas, je crois qu'il n'y a pas un couple hétérosexuel infertile qui a reçu cette décharge de bêtises après avoir exprimé son désir d'avoir un enfant.

    • Jean-Pierre Bédard - Inscrit 25 avril 2014 15 h 08

      Espérons que la majorité des gens qui ont lu ce texte lumineux de Madame Lafontaine aura compris que la réponse de Monsieur Éric Lessard n'a rien à voir avec le débat qui nous intéresse aujourd'hui. Plus à côté de la plaque que ça, tu évites de te reproduire...

  • Katia Stoimenova - Inscrite 25 avril 2014 08 h 35

    Question pour M. Stéphane Bédard

    D'abord un grand merci à Mme. Lafontaine d'avoir le courage de débattre sur cette question-là.

    Est-ce que maintenant M. Stéphane Bédard, veuille bien vouloir se présenter au front pour défendre cette prise de décision de l'ex-gouvernement péquiste? Et nous éclairer au nom de quel droit exactement ils ont pris cette décision? Des droits de la femme, de l'égalité hommes-femmes, défendus si farouchement pendant la campagne électorale? Ou au nom de la parité des sexes au gouvernement?

    Peut-être les experts MM. Drainville et Lisée pourront lui donner un coup de main?

    • Hélène Paulette - Abonnée 25 avril 2014 10 h 16

      Réjean Hébert, l'ex-ministre de la Santé,s'en est expliqué Madame, c'est tout simplement que cette porte a été ouverte par l'imprécision de la loi du gouvernement Charest sur la procréation assistée...Loi qui n'aurait jamais dû voir le jour, si vous voulez mon opinion.

    • Katia Stoimenova - Inscrite 25 avril 2014 11 h 38

      Tout à fait d'accord avec vous, Madame, que cette loi n'aurait jamais dû voir le jour, et cela pour d'autres raisons. Étonnant tout de même que les explications de Réjean Hébert vous ont satisfaites. Autoriser des dépenses publics, sans s'assurer que les règlement existant puisse être applicable dans le cadre d'une mère-porteuse, sans avoir un minimum de doutes sur les problèmes juridiques et éthiques que cela puisse soulever, ne peut que nous donner une idée de la légèreté et l'incompétence avec lesquelles on dépense l'argent des contribuables.

    • Hélène Paulette - Abonnée 25 avril 2014 12 h 09

      J'ai cru comprendre, Madame, que c'était la décision de la Régie, pour laquelle, d'ailleurs, il a demandé un rapport... Tout comme Gaétan Barette, le nouveau ministre...

  • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 25 avril 2014 08 h 38

    Mauvais usage de la science

    En 2010, je m'étais opposée vivement à ce que l'État paie pour les services de procréation assistée jusqu'alors offerts dans le privé. Pour moi, cela constituait un luxe que le Québec ne pouvait pas se payer vu les besoins en santé qui étaient en manque de ressources financières.
    Merci à Joël Legendre de nous avoir fait connaitre les dérives de ce programme. Ce cas alimente le débat public qu'il est urgent de faire avant d'aller plus loin. Le nouveau ministre de la Santé devrait annoncer un moratoire jusqu'à la réception du rapport du Commissaire à la santé et au bien-être qu'il devrait recevoir à la fin du mois de mai.

    Il vaut la peine de relire l'éditorial du Devoir du 1er mars 2013 intitulé «Programme de procréation assistée - fertile en coûts» dans lequel la position du Premier ministre actuel Philippe Couillard était rapportée. Espérons qu'il s'en souviendra!

    «Au fond, Philippe Couillard avait peut-être raison. L’ancien ministre de la Santé, aujourd’hui candidat à la chefferie libérale, s’opposait à la création de ce programme. En 2008, il faisait valoir que sur un budget de 25 milliards à la Santé, le problème n’était pas de trouver 20, 30, 40 millions de dollars. « C’est à qui on ne les donnera pas, ces 20, 30, 40 millions de dollars, ou à qui on va retirer les 20, 30, 40 millions de dollars ! […] La personne aidante naturelle trouve avec raison que l’État ne soutient pas assez ses activités ; les problèmes de santé mentale ne sont, d’après plusieurs, pas pris suffisamment en charge par le panier de services. Et je pourrais vous faire une liste très longue. » Que ferait-il s’il devenait premier ministre ?»