Libre opinion - Rwanda: l’espoir a su renaître

Par sa sauvagerie et sa rapidité d’exécution (800 000 morts en trois mois), le génocide rwandais de 1994 est, sans doute, l’un des plus terribles événements de l’histoire humaine. Il a été précédé, en 1963-1964, par un premier génocide des Tutsis, qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts, et il a été accompagné, en 1994 et plus tard, d’importants massacres de représailles tant au Rwanda qu’au Zaïre. Dans son sillage, le régime du maréchal Mobutu est tombé et Laurent-Désiré Kabila a accédé au pouvoir en République démocratique du Congo.

 

L’interprétation de ces événements divise encore les Rwandais et les analystes. Il est fort possible qu’il en soit de même pendant longtemps. Néanmoins, en ce vingtième anniversaire, il vaut la peine de se demander si le Rwanda a su se relever de cette tragédie sans nom.

 

Connaissant le Rwanda depuis cinquante ans, j’ose dire que l’espoir a su renaître des cendres de la tragédie. Lors du récent cinquantième anniversaire de la fondation de l’Université nationale du Rwanda par le père Georges-Henri Lévesque, il m’a été donné de prononcer une allocution devant l’importante diaspora rwandaise de France et de Belgique.

 

J’ai alors souligné que, jamais, en 1964, lors de mon arrivée au collège Saint-André de Kigali, je n’aurais pu imaginer que, de mon vivant, le Rwanda en viendrait à être vu comme une puissance en Afrique. Ce pays avait alors deux millions et demi d’habitants (il en a maintenant dix millions) et il comptait parmi les trois à cinq pays les plus pauvres de la terre.

 

J’ai ajouté que la force du Rwanda d’aujourd’hui et de demain venait en bonne partie du dynamisme de ses diasporas.

 

Le Rwanda a été le tout dernier coin de l’Afrique où l’homme blanc a mis les pieds. L’Autrichien Oscar Baumann y passa quatre jours en 1892 et le comte allemand Gustav Adolf von Götzen y arriva en 1894 avec pour mission d’en faire une colonie allemande. Au cours des 120 années qui ont suivi, le peuple rwandais a appris l’allemand, puis le français, puis l’anglais. Il a essaimé, souvent malgré lui, en Ouganda, au Congo, au Burundi, en Tanzanie, en Belgique, en France et même au Canada. Partout, il s’est éduqué autant qu’il l’a pu et, nulle part, il n’a oublié la terre rwandaise.

 

Les événements de 1990-1994 ne peuvent être compris sans cela. Où qu’ils soient, les Rwandais les plus éduqués rêvent de faire profiter leur pays d’origine de leur savoir, de leurs investissements et de leurs compétences. Pendant trente-cinq ans, les régimes en place à Kigali ont empêché le retour au pays d’une grande partie de la diaspora rwandaise et cela a provoqué l’invasion de 1990 et ses suites. Depuis, l’immense majorité des Rwandais ont compris que, loin de refouler les Rwandais de l’étranger, il faut les mettre à contribution. Et l’immense majorité des Rwandais de l’étranger ont appris qu’il est de leur devoir de s’éduquer au maximum, de devenir prospères, de cultiver leurs liens avec le Rwanda et de tirer profit de toutes les ouvertures qui s’offrent à eux pour faire bénéficier le Rwanda de leur dynamisme.

 

Les diasporas rwandaises finissent toujours par revenir au pays tout en se renouvelant sans cesse. Je crois qu’aujourd’hui, plus qu’à aucun autre moment depuis l’indépendance du Rwanda en 1962, une synergie féconde entre le Rwanda et ses diasporas devient de plus en plus possible.

 

Il ne faut jamais oublier que l’âge moyen de la population rwandaise est de seulement 17,8 ans. Cela veut dire que la majorité des Rwandais n’étaient pas encore nés lors du génocide et qu’ils n’ont jamais connu les cartes d’identité « ethnicistes ». La génération montante saura, j’en suis convaincu, tourner la page avec l’aide de tous, y compris et surtout des Rwandais de la diaspora.

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