Libre opinion - Vote stratégique : mythes et réalités

Depuis le début de la campagne électorale, le « vote stratégique » s’est imposé comme thème récurrent, sans pour autant qu’on précise à quoi se réfère cette notion et quelles sont les conséquences réelles du vote stratégique.

 

Trois mythes en particulier persistent dans le discours public. Contrairement à ce que laissent entendre plusieurs médias et partis, très peu d’électeurs sont concernés par le vote stratégique, son impact est minime et, finalement, un mode de scrutin proportionnel n’éliminerait pas le vote stratégique.

 

Qu’est-ce qu’un « vote stratégique ? » D’entrée de jeu, on entend par vote stratégique le fait qu’un électeur n’appuie pas son candidat préféré car, selon sa perception, un autre candidat est plus susceptible de l’emporter et ainsi de bloquer un pire choix.

 

Premier mythe : beaucoup d’électeurs sont concernés par le vote stratégique.

 

Tout d’abord, pour qu’un électeur soit concerné par le vote stratégique, il faut que son premier choix n’ait pas de chance de l’emporter, mais également que la course entre les deux principaux candidats soit serrée. Cette deuxième condition, trop souvent oubliée, est nécessaire, car si le premier choix d’un électeur est loin dans la course, mais que le premier est aussi loin devant tous les autres (par exemple, dans les comtés « châteaux forts »), il lui est inutile de voter « stratégique », car il ne peut pas bloquer un pire choix.

 

Avec ces deux restrictions, on peut difficilement s’attendre à ce que la proportion d’électeurs concernés par le vote stratégique s’élève à plus de 20 %.

 

Deuxième mythe : le vote stratégique est un facteur déterminant dans les résultats.

 

L’impact concret dépend de la proportion des électeurs concernés (autour de 20 %) qui voteront bel et bien « stratégique ». Or, même si le contexte incite cette minorité à voter de manière stratégique, relativement peu d’entre eux le font. Dans les modes de scrutin pluralitaires comme celui du Québec (Ontario, Canada, Royaume-Uni, etc.), ce ne sont généralement que 25 à 30 % des électeurs concernés qui optent pour une coordination stratégique.

 

C’est donc dire que dans ce scénario typique, parmi les 20 % concernés par cette option, seulement 30 % votent « stratégique », pour un total de 6 % de votes qui ne sont pas sincères. Ce 6 % n’allant évidemment pas à un seul parti, il est divisé à travers les partis les plus importants, au nombre de deux ou trois, selon l’élection.

 

Un impact crucial qui pourrait sceller l’issue d’une course serrée, direz-vous ! Peut-être. Comme n’importe quelle autre variable qui peut faire varier le vote de 2-3 %. Alors pourquoi une telle disproportion médiatique pour ce comportement d’ampleur (très) modeste ?

 

Troisième mythe : en proportionnel, tous les électeurs voteraient sincèrement.

 

Faux. L’argument classique est le suivant : une meilleure proportion entre le pourcentage de votes et de sièges éliminera le vote stratégique puisque « chaque vote compte ». Or, ce raisonnement exclut le fait qu’il existe des incitatifs stratégiques dans tous les systèmes, et que la proportion demeure essentiellement la même. Par exemple, le système proportionnel allemand, tant idéalisé, procure aux partisans des grands partis des incitatifs stratégiques pour voter via une liste électorale pour un plus petit parti (le partenaire junior de la coalition gouvernementale anticipée) incertain de franchir le seuil minimal de 5 % pour obtenir des sièges.

 

Au final, il n’y a pas de différence significative entre le nombre de votes stratégiques dans les systèmes proportionnels et dans les systèmes pluralitaires, comme au Québec.


Jean-François Daoust - Candidat à la maîtrise en science politique à l’Université de Montréal

22 commentaires
  • Christian Montmarquette - Inscrit 3 avril 2014 02 h 39

    La campagne de peur du PQ contre Québec solidaire


    Comme le faisait remarquer récemment un lecteur du Devoir, si le Parti québécois ne peut pas obtenir le pouvoir, c’est surtout parce qu’il s’agit d’un parti souverainiste alors que «60%» des électeurs sont des fédéralistes.

    Ce qui permettrait au Parti québécois d'être élu, est plutôt la division des votes fédéralistes entre le Parti libéral et la CAQ; car s'il n’y avait que deux partis, le Parti québécois ne pourrait pas gagner les élections.

    Les péquistes reconnaissent la légitimité de la CAQ, mais renient celle de Québec solidaire, en plus de cultiver un esprit antidémocratique.

    Cessons d'entretenir cette démagogie du vote stratégique. Personne ne sait ce qui se passe dans la tête des électeurs pendant qu'ils votent.

    Votons pour soutenir le parti le plus près de nos idées et de nos valeurs, surtout que depuis le changement de la loi électorale, un parti comme Québec solidaire pourrait recevoir jusqu'à 5 millions en 4 ans avec les 13% d'intentions de vote qu'il détient. Un levier énorme pour faire avancer les idées de gauche et combattre celles de la droite!

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 3 avril 2014 10 h 07

      Vous avez tout juste.
      Le PQ fait du deux poids, deux mesures. Une stratégie discursive et propagandiste de mauvaise foi.

    • Nicolas Bouchard - Abonné 3 avril 2014 10 h 57

      Il est faux de dire que 60% des gens sont fédéralistes. Il faudrait plutôt dire que 60% des gens préfèrent le statut quo et qu'un certain nombre le fait par amour réel du Canada. De plus, l'option souverainiste n'a jamais été au-dessus des 50% et ça n'a pas empêché le PQ d'aller chercher bien au-dessus des 40% lors de ces victoires, 49% à l'élection de 1981.

      L'option souverainiste n'est donc pas une limitation au vote du PQ et les électeurs ne « sont » pas fédéralistes, ils voteraient « fédéralistes » (au conditionnel), c’est une différence importante. Donc QS va bel et bien chercher des votes parmi le bassin nationaliste et progressiste (par opposition au statut quo) qui permettait autrefois au PQ de gagner des élections de façon majoritaire.

      Pour ce qui est de votre « combat » contre les idées de droite, cela démontre que QS a une vision très manichéenne, voir binaire, de la joute politique. Pour QS, la droite c’est mal et la gauche c’est bien, aucune nuance additionnelle dans le discours de QS. Tout un sophisme qui ne repose évidemment sur rien. Vous allez peut-être me répondre et me sortir le grand épouvantail qu’est le « néo-libéralisme » alors si c’est le cas, j’aimerais que vous le décrivez plus en débat ce fameux néo-libéralisme afin qu’on ne parle seulement d’une grande frousse mystique.

      Je vois dans QS les mêmes réflexes que dans certains partis communistes d’autrefois de déclarer comme étant « bourgeois » tout autre parti que le parti communiste, et on ne discute pas avec des bourgeois... La pratique est la même mais le mot honni a changé, on parle maintenant de néo-libéralisme.

      Nicolas B.

      P.S. Je ne suis pas en faveur du néo-libéralisme.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 3 avril 2014 11 h 13

      «Je vois dans QS les mêmes réflexes que dans certains partis communistes d’autrefois de déclarer comme étant « bourgeois » tout autre parti que le parti communiste..» - Nicolas Bouchard

      Et vous, vous tombez dans l'autre campagne de peur du PQ et voyez des communistes partout!

      - Ou comment appelez-vous alors, des gens qui coupent 19 millions aux plus pauvres dans l'aide sociale, qui augmentent les tarifs d'électricité de 4.3% et pratiquent les politiques d’austérité avec les citoyens ordinaires, pendant qu'il donnent des milliards en cadeaux de toutes sortes au entreprises, dont 800 millions aux multinationales minières étrangères dans le Plan Nord et 2 milliards aux multinationales pharmaceutiques en refusant Pharma-Québec de QS ?

      ...des gauchistes socio-démocrates?

    • Nicolas Bouchard - Abonné 3 avril 2014 12 h 43

      3e paragraphe de mon texte plus haute, à la toute fin, on devrait lire:
      --
      j'aimerais que vous le décriviez plus en « détails » ce fameux néo-libéralisme afin que l’on ne parle « pas » seulement d’une grand frousse mystique.
      --
      et non l'horreur que j'ai écrite :-)

      Nicolas B.

    • Nicolas Bouchard - Abonné 3 avril 2014 13 h 54

      Je n'ai pas prétendu que QS étaient des communistes, mais regardez les collectifs que l'on retrouve à l'intérieur de QS:

      - Parti communiste du Québec
      - Gauche socialiste
      - Masse critique
      - Socialisme International
      - Tendance marxiste internationale

      5 collectifs qui sont tous beaucoup plus à gauche que QS qui est déjà le parti le plus à gauche de l'histoire du Québec. Le Parti Communiste du Québec, bien qu'existant au près du GDEQ, ne présente aucun candidat pour laisser la voie libre à QS.

      Alors je ne suis pas certainement pas tombé quelconque campagne de peur du PQ... à moins que vous ne considériez Google et Wikipédia comme des campagnes de peur du PQ.

      Je vous ai demandé votre définition de néo-libéralisme et vous m'avez répondu avec un texte attaquant le PQ... on est bien loin d'un débat tournant autour des idées ici !

      Néolibéralisme, selon Wikipédia :
      - de façon critique : la dénonciation du développement excessif de l'État-providence dans les pays développés après 1945 et de l'accroissement des interventions publiques dans l'économie.
      - de façon positive : la promotion de l'économie de marché au nom de la liberté de l'individu et de l'efficacité économique ;

      Autre phrase importante :
      - La signification du mot « néolibéralisme » a beaucoup varié au cours du temps : le terme n'est pas du tout consensuel et son utilisation requiert une grande prudence, tant il a oscillé entre différentes significations.

      C'est donc un terme fourre-tout que l'on utilise pour discréditer un adversaire lorsqu'on ne peut s'attaquer à ses idées. Les libertarien font pareil en disant qu'il n’existe qu’eux-mêmes et les autres, des « collectivistes ». Les bons travailleurs responsables et les méchants profiteurs usant de l’État pour se faire.

      La même logique de diviser le monde en deux groupes opposés, Nous et Eux, mais l’autre côté de la médaille, que je dénonce tout autant.

      Nicolas B.

  • Yvan Dutil - Inscrit 3 avril 2014 06 h 32

    Non, c'est tout faux.

    Le vote stratégique a une conséquence immédiate: l'existence de 2 grands partis et presque pas de petits partis. Ce comportement est connu comme la loi de Duverger. Ce qui est moins connu, c'est que la distributioin de la taille des petits partis suit une loi de puissance, qui est aussi un indicateur du comportement grégaire des électeurs.

    Dans un système proportionnel, le comportement de l'électoral est complétement différent. En effet, la distribution de la taille des partis politique suit une loi décroissance exponentielle. En psychologie, on appelle cela la loi de Gregory. Ce type de loi est typique du comportement de quelqu'un qui fait un choix sans contraines. Afin de détecter un quelconque vote stratégique, il faudrait regarder si les appuis des partis diminuent plus rapidement sous le seuil de 5% qu'au dessus du seuil. Ce Avec un tel seuil, il y a typiquement 15 % de voix qui sont en dessous. L'effet du vote stratégique ne peut donc qu'être minime dans le meilleurs de cas.

    J'ai déjà examiné le cas de l'Allemagne et la distribution de la taille des partis semblait indiquer que l'on se trouvait dans une situation intermédiaire, qui est probablement une conséquence de mode de scrutin compensatoire. D'ailleur, le vote compensatoire national est plus près de la loi de Gregory que le vote local, ce qui indique une réduction du vote stratégique.

    Ce qu'il est important de comprendre, ce que les gens votes quand même stratégiquement même si cela ne changerait rien aux résultats. Il s'agit d'une variante du paradoxe du voteur; l'électeur présentant une rationalité très limitée.

    Pour complément d'information, le cas du Québec est très particulier. Au début des années 80, c'était quasiment un cas d'espèce de la loi de Duverger. Depuis, l'électorat se fragmente de façon continue. De sorte que le nombre de partis politiques équivalent atteignait 3,67 en 2012. Dans un système suivant la loi de Gregory ce serait de l'ordre de 4,2.

  • Cyril Dionne - Abonné 3 avril 2014 07 h 53

    Diviser pour mieux règner

    La division du votre progressiste et souverainiste ne fait que le jeu de ceux qui veulent signer le Constitution canadienne et assimiler ce qui reste de francophone au Canada. Tout le reste n'est que chimères politiques et toutes les statistiques ne pourraient justifier la participation à un génocide culturel et linguistique auquel les Québécois se seront infligés eux-mêmes.

    Honte à QS et Option nationale.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 3 avril 2014 10 h 05

      Votre propos est méprisant envers les indépendantistes comme moi qui n'appartiennent pas au Parti québécor. Nous accuser d'être co-responsables de notre propre génocide culturel alors que nous luttons pour l'indépendance me rend de mauvaise humeur ce matin.

      Surtout qu'Option nationale et Québec solidaire promettent une démarche d'assession à l'indépendance dans le premier mandat. Le PQ ne promet même pas de référendum s'il est majoritaire... Et le PQ est à genoux devant les banques, les grandes entreprises, les minières, les pétrolières. Marois veut même utiliser le dolar canadien et faire parti de l'ALÉNA. Ça, ce n'est certainement pas de l'indépendance.

      Honte à qui, alors ?

    • Christian Montmarquette - Inscrit 3 avril 2014 10 h 09

      Le pire ennemi du PQ, c'est le PQ

      Premièrement, il y a belle lurette que le PQ n'est plus progressiste! Coupures ignobles à l'aide sociale à l'appui!

      Et ce n'est pas Québec solidaire qui nuit au PQ, c'est le PQ qui nuit au PQ! Avec ses manques à sa parole et ses ruptures d'engagements, dont la taxe santé; le débarquement en trombe et poing levé de Pierre Karl Péladeau champion des lock-out au Québec; ses politiques d'austérité et ses milliards en cadeaux aux multinationales étrangères; ses coupures scélérates au BS; son augmentation de tarif de 4.3% d'électricité, la plus forte en 8 ans! Son mépris de l'environnement avec sa poursuite du Plan Nord des libéraux avec 800 millions de d'argent public en cadeaux aux compagnies et son gaz de schiste à Anticosti; sa dangeureuses inversion du pipeline d'Enbridge et son refus de s'engager désormais durant plus de 8 ans dans un référendum!

    • Cyril Dionne - Abonné 3 avril 2014 12 h 56

      Indépendantiste comme dans 50% des sympathisants de Québec solidaire qui voteraient non à toute forme de demande d'autonomie du Québec ? Des purs et durs fédéralistes multiculturalistes.

      Un vote à QS est un vote pour le Parti libéral du Québec. Et l'influence de Québec solidaire ne dépassera jamais les limites du métro de Montréal, n'en déplaise à certains anti-chartistes.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 3 avril 2014 08 h 07

    Non vote

    Bonjour. Si, dans un pays démocratique, personne ne votait par choix, que pourrait-il se passer? SIl n'y avait pas de taxes et d'impôts, que se passerait-t-il? Y-a-t-il eu des simulations de tels scénarios à votre connaissance?

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 avril 2014 09 h 24

      Pas de taxes et pas d'impôts? Aucun service public, ni route, ni police, ni...

    • André Le Belge - Inscrit 3 avril 2014 12 h 56

      C'est le cas des tribus amérindiennes du Canada qui ne sont des nations que pour les anglo-saxons!

  • Jacques Pilon - Abonné 3 avril 2014 09 h 16

    Intéressant

    Je comprends l'argument du premier volet. Je me demande seulement d'où vient le chiffre de 20%.
    Je comprends aussi celui du second point. Je crois toutefois que commr les électeurs ont à leur disposition la tendance statistique courante de leur compté ajouté aux résultats des élections précédentes disponible sur le site du DGE, ils sont en mesure de décider si un vote stratégique est pertinent pour eux, dans leur compté.
    J'entends bien votre avis au sujet du troisième point. Toutefois, il ne m'a pas convaincu. Je crois toujours que certains systèmes de vote proportionel sont plus démocratiques parce que mon vote comptera directement à une représentation plus proche de l'électorat que notre système actuel...