Libre opinion - Bob Rae, donneur de leçons

Sur le site Internet du Globe and Mail le 14 mars, puis dans La Presse, Bob Rae se dit satisfait de ne pas être partisan d’un nationalisme ethnique. Il profite surtout de l’occasion pour servir une petite leçon de morale à Pierre Karl Péladeau et pour dénoncer le « côté laid » du nationalisme québécois. Manifestement, il n’est que trop facile d’avoir bonne conscience et de faire la leçon quand on a mauvaise mémoire.

 

Pourtant, à la Chambre des communes où il a lui-même eu l’honneur de siéger, il fut un temps où des députés de son « ethnie » vantaient sans pudeur les qualités d’une « race supérieure » qui avait vocation à « dominer le monde entier ». Rien de moins ! Ces vantards ne manquaient surtout pas l’occasion de donner des leçons d’humilité aux députés canadiens-français en leur rappelant que, compte tenu de leur appartenance à une « race conquise », leurs droits étaient forcément limités. D’autres poussaient l’outrecuidance encore bien plus loin. Tous les élans oratoires de ces beaux moments de notre histoire « nationale » sont conservés intégralement dans nos archives parlementaires que chacun peut consulter, y compris les donneurs de leçons, ainsi que les bonnes âmes outragées par le côté « vraiment laid » du nationalisme québécois.

 

Concernant une déclaration malheureuse du père Péladeau qui aurait dit que les juifs en menaient trop large, comment se fait-il que Bob Rae ne sache rien du temps, pourtant inoubliable et pas si lointain, où l’administration fédérale gardait les portes du Canada étanchement fermées à l’immigration juive, alors que les autorités savaient que c’était le carnage à l’extérieur ?

 

Le premier ministre, Mackenzie King, n’osait contester ses ministres sur le sujet, ni son administration, tant il gardait à la mémoire les enseignements d’une gloire de l’Université Cornell, Goldwin Smith, qui prêchait à la jeune élite d’une race supérieure au Canada que les juifs étaient un poison mortel dans le sang d’une nation. Les mêmes idées seront plagiées et répétées quelques années plus tard en Allemagne. Il est peu connu — surtout caché — mais incontestable, que le Canada était très avant-gardiste sur le plan idéologique. La plus grande prudence était donc de mise en matière d’immigration.

 

Bob Rae a manifestement trop bonne conscience, et trop mauvaise mémoire, pour un donneur de leçons. Pour combler ses lacunes sur cette partie occultée de l’histoire du Canada, je lui conseillerais un tout petit article, « Dans le placard des donneurs de leçons », qu’il peut facilement trouver en ligne. Quand on a vocation à donner des leçons, il peut être utile de savoir ce que papa ou grand-papa ont pu dire à l’époque où les élans de vanité d’une race fière étaient de rigueur à la Chambre des communes à Ottawa.


Christian Néron - Membre du Barreau, constitutionnaliste, historien du droit et des institutions

6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 28 mars 2014 08 h 17

    Chant patriotique

    "Rule Britannia,
    Britannia rules the waves,
    Never britons will be slaves".
    Je laisse au distingué lectorat du Devoir le soin de traduire.

  • Réjean Guay - Inscrit 28 mars 2014 10 h 20

    Bob Rae

    Votre commentaire fait du bien . Et dire que notre devise est " Je me souviens ..."!
    Bravo !

  • michel lebel - Inscrit 28 mars 2014 11 h 09

    L'amour!

    Bien des valeurs changent avec le temps. C'est ainsi. La seule valeur qui traverse les âges, c'est l'amour. Tous les saints et saintes disent cela, notamment Thérèse de Lisieux. J'oubliais le Christ!


    Michel Lebel

  • Colette Pagé - Inscrite 28 mars 2014 11 h 26

    Pas de leçon à donner !

    La détestation du ROC envers le Québec n'a d'égale que leur mépris envers la langue française et le Québec. Je me souviens d'un jour alors que je visitais le Parlement du Canada avoir demandé à un guide de fournir ses explications en français et de me faire répondre avec mépris : "Speak White", Quant au nationalisme nécessaire à la survie des francophones en Amérique s'il n'avait pas existé notre peuple aurait été assimilé au ROC comme le souhaitait naguère Lord Durham.

    Bob Rae oublie de rappeler l'autre côté de la médaille. Celui moins honorable et peu reluisant qui se poursuit aujourd'hui par le "Québec Bashing" qui n'a de cesse par la voie des médias de décrire les Québecois comme étant composé d'une bande de racistes et de d'xénophobes fermés sur le monde alors que le Québec est un pays d'ouverture et dont les talents s'exportent à l'étranger.
    Alors pour la leçon de Bob Rae il faudra repasser !

  • Pierre Bernier - Abonné 28 mars 2014 11 h 38

    Perception étroite de l' histoire ?

    Tout individu est marqué par sa perception limitée de l'histoire.

    Le souvenir qu'il en garde nourrit spontanément le propos idéologique ... quand il croit devoir «rappeler» pour convaincre.

    Le ton retenu (celui de "donneur de leçons" dans le cas de cet ancien simple politicien aux loyautés successives) se fonde sur l'image de sage qu'il entretient de lui-même. La soif de vérité qu'il croit déceler, et avoir le devoir de satisfaire même si personne ne le lui demande, l'autorise à un propos aux allures objectives, économe de connaissances, jugeant du passé avec des critères ethniques du présent.