Libre opinion - Le vote, «rite de passage» civique à créer

Pour renverser durablement la tendance à l’abstention électorale des jeunes, il faut une réforme radicale. Celle-ci doit s’appuyer sur une conception renouvelée de la démocratie où la participation électorale est non seulement souhaitée, mais attendue.

 

Nos recherches nous conduisent à soumettre au débat l’idée d’instituer un rite de passage civique pour les jeunes à l’école secondaire, assortie de cinq réformes qui, articulées les unes aux autres, auraient un impact certain : un cours obligatoire d’éducation à la citoyenneté en 3e secondaire ; le droit de vote à 16 ans ; un service civique volontaire pour les jeunes de 16 à 24 ans ; l’institution du vote obligatoire incluant la possibilité du vote blanc ; et l’instauration d’un mode de scrutin partiellement proportionnel.

 

Le déclin du vote des jeunes, qui était passé sous les 36 % en 2008 pour les 18 à 24 ans avant un sursaut en 2012, est un drame, car un jeune qui ne vote pas la première fois risque de ne jamais voter dans sa vie. La solution ne peut qu’être audacieuse.

 

L’éducation à la citoyenneté est le moyen le plus sûr d’intéresser les jeunes à la politique. Or l’une des principales raisons de l’abstention électorale des jeunes est qu’ils ne comprennent pas en quoi la politique est utile dans leur vie. Un cours obligatoire et dédié d’éducation à la citoyenneté devrait être donné à la fin du secondaire, les dernières années où l’école est obligatoire, pour s’assurer que tout le monde y est sensibilisé.

 

L’abaissement à 16 ans de l’âge où l’on acquiert le droit de vote se justifie dès lors. Le jeune vient de recevoir une éducation civique qui le prépare à exercer son droit de vote en connaissance de cause. C’est ici que s’instaure le rite de passage civique que nous proposons. Une célébration de l’obtention du droit de vote, semblable à celle accompagnant l’acquisition de la citoyenneté par les immigrants, pourrait être instituée.

 

L’engagement civique entraîne la participation électorale. Le service civique, proposé dans le dernier livre blanc sur la politique de la jeunesse, créerait pour eux des occasions de servir leur communauté et d’acquérir le sens civique, et compléterait le rite de passage.

 

Pour bien marquer le fait que le vote n’est pas seulement un droit, mais un devoir, nous croyons qu’il y a lieu d’envisager de rendre le vote obligatoire, une formule qui existe dans une trentaine de pays. Le vote obligatoire devrait permettre d’enregistrer les abstentions volontaires — le vote blanc, qui permet d’exprimer le rejet de tous les partis en lice si aucun ne satisfait ses aspirations. Le vote obligatoire aurait aussi pour effet d’obliger les partis à s’intéresser non seulement à leur clientèle acquise, mais à tous les citoyens.

 

Enfin, les recherches indiquent que l’une des raisons pour lesquelles des jeunes ne vont pas voter est qu’ils ont le sentiment que leur vote ne compte pas s’ils appuient un tiers parti ou que leur circonscription est une forteresse d’un parti opposé. En instaurant un nouveau mode de scrutin comptant une part de représentation proportionnelle, les citoyens auraient le sentiment que leur vote compte.

 

Pour renverser durablement cette tendance nuisible à notre démocratie, il faut aller au-delà des campagnes de sensibilisation menées à la veille des scrutins. Ces campagnes sont utiles. L’Institut du Nouveau Monde mène d’ailleurs la sienne en vue du scrutin du 7 avril 2014 avec le soutien du Directeur général des élections (cacompte.org). Mais il faudra bien plus. Le débat est ouvert.


Geneviève Baril - Directrice, Développement des compétences, Institut du Nouveau Monde

5 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 13 mars 2014 06 h 23

    Fausses solutions

    Les propositions de Mme Baril ne fonctionneraient pas. Si les partis ne rejoignent pas les jeunes, l'obligation de voter les amèneraient à annuler leurs votes, ce qui équivaut à l'abstention.

    Il faut plutôt fonder un nouveau parti qui s'adresserait spécialement aux jeunes et à la génération X (dont les membres, il est vrai, ne sont déjà plus très jeunes), donc aux 18-49 ans. Ceux-ci sont majoritaires. Ils doivent en prendre conscience et se libérer des 50 ans et plus (les baby boomers et les vieux).

    Si les 18-49 ans prenaient conscience de leur poids démographique et politique, ils iraient voter et prendraient le pouvoir.

  • Nicole Bernier - Inscrite 13 mars 2014 08 h 41

    Cette solution me semble la plus intéressante de tous: instaurer un nouveau mode de scrutin basée sur la représentation proportionnelle pour que nous ayons tous le sentiment que notre vote compte. Par contre, je suis contre l'autre proposition: c'est-à-dire celle de faire voter des jeunes à 16 ans. Si les parents étaient enthousiasme face aux élections, les jeunes y verraient de l'intérêt. Penser que nous devons rendre le vote obligatoire comme ils le font en Corée du Nord ne fait pas de sens.

    De plus, si les jeunes de 18-25 ans ne veulent pas voter, les forcer à se rendre au bureau de vote ne règlera pas le problème. Je trouve que c'est une solution bien à la mode dans nos sociétés de privilégiés: au lieu d'apprendre à identifier ce qu'est la santé, on préfère des solutions pour faire disparaître les symptômes.... Forcer à voter c’est comme forcer à prendre une pilule pour régler un problème. On prend une solution facile, prendre une pilule, plutôt que de favoriser les débats autour de ce qu’est la santé, (de ce qu’est une politique qui garde une société en santé). Au lieu d’intéresser les gens aux débats entre les spécialistes sur ce qui permet d’acquérir ou de maintenir la santé, on propose de forcer les gens à voter sur quelque chose qui les répugne. Au lieu de présenter l’ensemble des positions sur les médecines traditionnelles occidentales, les médecines traditionnelles des autres civilisations et les débats entre spécialistes de la santé avec un animateur que les jeunes apprécieraient (comme le fait Dr Oz dans son émission), on veut faire pratiquer le vote artificiellement au secondaire. Une solution qui ne permet en aucun cas de saisir comment un vote peut améliorer la situation personnelle de quelqu’un ou la détériorer, comment la gestion politique implique trouver des consensus entre des gens qui ont des intérêts différents, comment la politique nécessite d’équilibrer les ressources entre personnes qui ont des besoins et des talents différents…

  • Yvon Bureau - Abonné 13 mars 2014 09 h 05

    J'aime cet article.

    C'est rafraîchissant et rajeunissant et porteur! Merci.

    Bravo à INM et à G. Baril.

    Question : «une formule qui existe dans une trentaine de pays» Qui sont ces pays?

  • René Pigeon - Abonné 13 mars 2014 14 h 35

    scrutin proportionnel = prendre 1 décision ; scrutin préférentiel = plusieurs décisions : mon vote compte !

    Votre plaidoyer pour les 5 réformes est convaincant. Sauf pour l’instauration d’un mode de scrutin partiellement proportionnel. « les recherches indiquent que l’une des raisons pour lesquelles des jeunes ne vont pas voter est qu’ils ont le sentiment que leur vote ne compte pas s’ils appuient un tiers parti ou que leur circonscription est une forteresse d’un parti opposé. » le scrutin proportionnel ne réduira pas le phénomène où un parti se faufile parce que les partis opposés, assez rapprochés, se défont mutuellement, laissant ainsi une prédominance à un parti qu’une majorité absolue d’électeurs rejettent. Voter pour rejeter un parti est aussi important que voter pour choisir sa préférence pour un parti ou des partis. Le scrutin à majorité simple convient bien au système où seulement deux partis s’opposent parce que votre contre un parti équivaut à voter pour l’autre parti, même si on le connait peu, ce qui est souvent le cas pour un parti qui n’a pas exercé le pouvoir depuis un bout de temps. Le scrutin préférentiel invite l’électeur à prendre plusieurs décisions plutôt qu’une seule, ce qui donnera aux électeurs plus de pouvoir et moins aux partis. René Pigeon, abonné

  • Simon Chamberland - Inscrit 13 mars 2014 20 h 17

    Pourquoi voter

    Où je suis, ça vote rouge depuis toujours et ça votera rouge pour toujours. Pire que ça, dans ma rive-sud, mon vote vaut beaucoup moins qu'ailleurs en province.

    Prendre 20 minutes pour me rendre a un bureau de vote, attendre 10 minutes et faire le trajet de retour ?

    Et si je fais comme toujours, aller voter pour le PQ, c'est pourquoi ? Voir ma première ministre me décevoir continuellement, comme en déclenchant des élections au contraire de l'esprit de sa loi sur les élections à date fixe.

    Bref, je peux très bien comprendre pourquoi un jeune ne va pas voter. En fait, dans l'état actuel des choses de mon comté, voter, c'est perdre son temps et c'est cautionner un système qui dit qu'on vaut moins qu'un électeur en Gaspésie et où la ligne de parti tue la démocratie.