Libre opinion - Où prendrons-nous le pétrole?

La semaine dernière, Manon Massé, candidate de Québec solidaire dans la circonscription de Sainte-Marie–Saint-Jacques, m’interpellait en ces pages sur le dossier de l’énergie. J’aimerais corriger les nombreuses erreurs et omissions de son texte.

 

Première erreur : contrairement à ce que Mme Massé prétend, notre gouvernement n’a pas fait volte-face, mais a plutôt rempli un engagement. Il a repris le contrôle des droits d’exploration et il y aura bel et bien un BAPE avant toute exploitation.

 

Deuxième erreur : peut-être a-t-elle mal compris, mais je ne fais pas de revirement. J’ai toujours dit qu’il fallait diminuer notre dépendance au pétrole. Mais, comme nous en avons encore besoin, c’est nous tous, Québécois, qui devons répondre à la question suivante : où prendrons-nous le pétrole au cours des 30 prochaines années ?

 

Troisième erreur : elle prétend que « le minimum serait que le gouvernement péquiste investisse les fonds publics dans la conversion denos transports et de notre économie pour les sortir du pétrole ». Eh bien, c’est exactement ce que nous faisons !

 

Calculons : 665 millions de dollars en efficacité énergétique, plus 968 millions en transport collectif, plus 516 millions en électrification des transports, cela donne un total de 2,1 milliards de dollars pour les énergies et le transport verts, comparativement à 115 millions pour Anticosti, soit près de 20 fois plus d’argent.

 

Les omissions

 

Première omission : tous les gouvernements de la planète sont confrontés au même problème, soit un approvisionnement en pétrole qui a de plus en plus d’impact sur l’environnement.

 

Deuxième omission : Mme Massé prétend que nous sommes complices de la production de sables bitumineux. Ignore-t-elle que dans le cas du pipeline d’Enbridge, nous sommes pris dans un cas de compétence fédérale ?

 

Troisième omission : elle évoque le rapport « Maîtriser notre avenir énergétique », et elle cite que « des mesures draconiennes seront nécessaires pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles et il y a urgence à lutter contre les changements climatiques ». Si c’est vrai que c’est écrit, ce rapport se dit aussi d’accord avec l’exploitation de notre énergie fossile pour la période de transition, pendant laquelle nous travaillons à diminuer notre dépendance aux énergies fossiles.

 

En bref, exactement ce que nous faisons.

 

 

Pétrole : les faits

 

 

Voici quelques faits auxquels nous devons faire face :

 

Les Québécois consomment 300 000 barils de pétrole chaque jour ;

 

Si le nombre de voitures sur les routes du Québec a augmenté de 20 % depuis 1990, le nombre de camions légers a augmenté quant à lui de 156 %, passant de 600 000 à 1 600 000 ;

 

Nos émissions de gaz à effet de serre en transport ont augmenté de 28 % depuis 1990 ;

 

Les nouveaux gisements de pétrole de la planète, qu’il s’agisse d’Anticosti, de l’Ouest canadien ou d’ailleurs, sont de plus en plus problématiques à exploiter des points de vue écologique et économique. Ils sont, de plus, énergétiquement beaucoup moins efficaces ;

 

Les gisements de pétrole traditionnel s’épuisent rapidement ;

 

Les pays les plus avancés en matière d’indépendance au pétrole, tels que la Suède (objectif d’abord fixé à 2020, repoussé à 2030… et récemment encore repoussé) ou le Danemark (2050), doivent nous faire réaliser que nous aurons besoin de pétrole pendant encore 30 ans ;

 

En matière d’indépendance au pétrole, certains modes de transport sont encore très dépendants des hydrocarbures, et les solutions techniques ne sont pas encore là. Par exemple, mentionnons le transport aérien, maritime et de marchandises par camions lourds sur de longues distances. Ces domaines représentent approximativement le tiers de notre consommation totale de pétrole pour les transports ;

 

Le pays le plus avancé de la planète en matière d’électrification des transports individuels est la Norvège, pays qui exploite du pétrole depuis quatre décennies et qui n’aura remplacé, en 2020, que 3 % ou 4 % de son parc de véhicules routiers par des véhicules à motorisation électrique rechargeable sur son réseau électrique ;

 

L’impact du pétrole sur la géopolitique et de la géopolitique sur le pétrole ne doit d’aucune manière être évacué du débat. Plus nous sommes énergétiquement vulnérables, plus nous sommes économiquement et politiquement vulnérables. Au fil du temps, les crises et les guerres (Koweït, Irak, Soudan, etc.) ont eu un effet direct sur le cours du Brent et sur les approvisionnements en énergie du monde entier. Donc, plus nous serons maîtres de notre énergie, plus nous serons économiquement et politiquement solides.

 

En conclusion, ce débat est complexe et les solutions, difficiles. Nous devons faire face à ces dures vérités qui ne font l’affaire ni des pro-pétrole ni des anti-pétrole. C’est cependant la réalité. C’est pourquoi nous devons tous ensemble trouver des solutions pour l’avenir écologique et économique du Québec et de la planète.

 

Ce débat est sérieux. Nous devons donc élever le niveau de discussion à la hauteur du défi, et c’est ce que je demande humblement à la candidate de QS et à son parti.


Daniel Breton - Député de Sainte-Marie–Saint-Jacques et ex-ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs

45 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 6 mars 2014 00 h 19

    Maîtres de notre énergie.

    J'aime bien ce terme:maitres de notre energie.Je pense que le Quebec riche en hydrolectricite aura une position enviable dans les prochaines annees en ce qui concerne l'energie renouvelable.
    Et meme si je ne suis pas de celles qui preconise l'exploitation du petrole difficilement accessible,je comprends la position de M.Breton.En effet,il est sans doute preferable d'utiliser le petrole pres de chez soi plutot que celui qui nous parvient de pays etrangers qui sont a des miliers de kilometres.Le temps de changer nos habitudes.
    Au moins M.Breton est realiste et ne nous raconte pas d'histoires.

    • Brice Dansereau-Olivier - Inscrit 6 mars 2014 11 h 06

      Injecter des millions de litres d’eau et des tonnes de produits chimiques pour faire exploser la roche?

      Le Parti québécois, lorsqu’il était dans l’opposition, exigeait un moratoire sur la fracturation hydraulique : c’était dangereux, méconnu et trop risqué.

      C'est pas du réalisme ça, c'est prendre un risque énorme et possiblement hypothéquer l'avenir de nos enfants!

  • Denise Lauzon - Inscrite 6 mars 2014 03 h 01

    Un futur sombre

    En lisant vos propos sur la dépendance au pétrole, je me dis qu'il y bien peu d'espoir pour notre planète qui agonise des mauvais traitements qu'on lui inflige.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 mars 2014 08 h 51

      Surtout si nos politiciens insistent à défendre le statu quo en nous répétant que tout autre scénario est irréaliste, et en se contentant de poser des gestes strictement cosmétiques pour nous sevrer de la dépendance au pétrole.

  • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 mars 2014 06 h 29

    M. Breton, devenu maître du langage politicien.

    - «il y aura bel et bien un BAPE avant toute exploitation.» Mais le BAPE promis avat l'exploration n'aura pas lieu.

    - «c’est nous tous, Québécois, qui devons répondre à la question suivante : où prendrons-nous le pétrole au cours des 30 prochaines années ?» Anticosti est la pire réponse à cette question. L'extraction du pétrole de schiste crée 5x plus de GES que le pétrole conventionnel, requiert la fracturation hydraulique et la mise en place de milliers de puits. PIRE que d'importer du pétrole.

    - Énergie verte et transports en commun, qui dit vrai? «Au-delà des promesses électorales, le gouvernement Marois n’a pratiquement rien fait pour lutter contre les changements climatiques depuis qu’il est au pouvoir. En fait, le seul plan de lutte qui existe au Québec est celui laissé par l’ancien gouvernement libéral », peut-on lire dans le Devoir du 4 mars.

    - «tous les gouvernements de la planète sont confrontés au même problème, soit un approvisionnement en pétrole qui a de plus en plus d’impact sur l’environnement.» Personne ne nie cela. Mais cela n'implique pas d'aller forer à Anticosti.

    - «Ignore-t-elle que dans le cas du pipeline d’Enbridge, nous sommes pris dans un cas de compétence fédérale?» Est-ce pour cela que Mme Marois s'enthousiasthme de la venue du pétrole albertain au Québec? Le PQ ne se gène pourtant pas, en général, pour critiquer le fédéral.

    - Mesures draconiennes pour changer, VS pétrole: si au moins les premières existaient, le second énoncé passerait mieux. Or le PQ investit encore moins que les sommes prévues par les libéraux: 132 millions/année VS 250 millions/année.

    Source: http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/national/archives

    M. Breton semble avoir bien appris l'art de jouer avec les chiffres pour faire passer la diminution pour l'augmentation et l'immobilisme pour le changement draconien.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 6 mars 2014 11 h 18

      Combattez Énergie EST de TCPL sera plus utile que de commenter illusoirement les opinions D Breton

      Énergie EST c'est 1,1 M barils de 160 litres par jour pour Irving et SUNCOR Total l'Europe

      les besoins du Qc seraient comblés à 100 % par le Enbridge 9 B 300,000 barils/jour pour 2 raffineries !

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 mars 2014 12 h 28

      M. Thivierge, prière de ne pas recourir à des subterfuges rhétoriques de ce genre et de bien prendre le temps de répondre à ce qui est avancé. Vous avez raison que ce projet de pipeline est catastrophique. Reste que ne pas engager le Québec de façon sérieuse sur la voie de l'après-pétrole est aussi tragique. Et camoufler l'absence d'action dans de beaux discours aussi.

      Je serai à la manif. Ce qui ne m'empêche pas de répondre aux demi-vérités de M. Breton.
      Pourquoi devrais-je choisir une cause plutôt que l'autre?

  • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 mars 2014 07 h 02

    Suite de réponse à la désinformation politicienne.

    - Augmentation de voitures et camions légers: la seule façon efficace de réduire notre dépendance au transport automobile est de revoir les politiques d'aménagement du territoire pour stopper l'étalement urbain et créer des noyaux urbains denses fournissant accès aux services et transports en commun en banlieue.

    C'est l'enjeu le plus critique pour réduire notre consommation. Le PQ ne propose rien.

    - Les gisements de pétrole traditionnel s'épuisent rapidement. Et M. Breton oublie de mentionner que le consensus scientifique est que si nous brûlons les ressources non conventionnelles, nous sommes foutus. Confrontés à un bouleversement climatique irréversible. Les ressources conventionnelles restantes nous donnent un court délais pour faire la conversion de notre économie.

    - «Les pays les plus avancés en matière d’indépendance au pétrole [...] doivent nous faire réaliser que nous aurons besoin de pétrole pendant encore 30 ans» M. Breton évite les nuances pour mieux nous mentir: pendant ces trente ans, la consommation de pétrole de ces pays ne sera pas stable!! Elle sera à chaque année moindre! Et les principaux obstacles même en Suède sont politiques, non techniques. Ce que je comprends de l'argumentaire de M. Breton, c'est que selon lui, même si nous réussission à réduire notre consommation de pétrole de 90%, nous devrions tout de même dévaster Anticosti et le Golfe.

    - «Le pays le plus avancé de la planète en matière d’électrification des transports individuels est la Norvège, pays qui exploite du pétrole...» Breton ne mentionne pas que: 1. Le Québec produit encore beaucoup plus d'électricité que la Norvège (211 TWh en 2007 au Qc; 122 TWh en 2011 en Norv) - donc cette ressource est encore moins dispendieuse ici. 2. Les réserves importantes de pétrole conventionnel qui ont permis à la Norvège de s'enrichir n'ont aucun parallèle avec la situation Québécoise (voir Manifeste contre un Etat pétrolier Québécois).

    • J-Paul Thivierge - Abonné 6 mars 2014 11 h 26

      Il y a une technique démontrée à SRC Découverte pour produire du pétrole synthétique. Certainement que capter le CO2 des cimenteries et autres industries polluantes combiné auz algues qu'on a dans nos eaux activé par la photosynthèse on pourrait produire quelle portion de nos besoins pétroliers vers 2020.

      http://www.youtube.com/watch?v=GwYHS1fGs8o

  • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 mars 2014 07 h 04

    Conclusion

    J'aurais voulu répondre de façon plus succinte, mais répondre à la désinformation de façon concise n'est jamais facile. Mes réponses sont loin d'être complètes, faute de temps et d'espace. Mais je suis désolé de voir que des générations de politiciens continuent à dépeindre l'immobilisme le plus complet comme étant une avancée, et tout changement réel comme étant du pelletage de nuages.

    • François Beaulé - Abonné 6 mars 2014 11 h 41

      Merci pour votre commentaire très bien écrit. La Suède produit beaucoup moins de GES que le Québec même si sa population est plus importante. Et elle est arrivée à cela avec un nombre marginal de véhicules électriques. Qu'en pense Daniel Breton?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 6 mars 2014 13 h 05

      M. Leblond, il n’y a pas de désinformation patente dans le texte de Daniel Breton, sur le fond il sert des arguments tout a fait valables. Ce qui est déjà une grande amélioration sur sa ridicule prétention de «vol du siècle» lancée en toute méconnaissance de cause...

      Par contre quand vous dites que le pétrole de schiste émet 5 fois plus de GES a son extraction que le pétrole conventionnel là vous faite de la vraie désinformation. En comparaison on a un taux d’émission supérieur de 15 à 20% pour les sables bitumineux par rapport au panier mondial de production pétrolière. Et comme notre approvisionnement se fait sur les marchés mondiaux toute restriction à la production d’un type de source de produit est automatiquement compensée par une augmentation des autres méthodes d’extractions. Et vu que le pétrole facile est clairement en déclin, au mieux on accélérerait ce déclin.
      Il n’y a pas aucun gain environnementale a débattre sur les types de production, sinon que pour répondre au «pas dans ma cour», et pour réclamer la maintient d’un air de carte postale a son propre terrain de jeux environnementale, tout en étant plus qu’indifférent sur la provenance du liquide qui coule de nos pompes a essence.

      C’est sur la combustion qu’on peut réduire et faire une avancé significative. Mais comme le pétrole est l’incontournable a l’atteinte de notre niveau de vie et de confort changer la chose ne se fait pas par magie. Et prôner des solutions extrémistes et radicales c’est tomber dans le piège de l’intégrisme qui est, a ne pas en douter, la meilleur façon de braquer la population contre tout ceux qui prétendent laver plus vert.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 6 mars 2014 21 h 44

      M. Arès,

      D'abord vous avez raison et j'ai fait une erreur: je me suis trompé dans mes statistiques, c'est bien la quantité d'énergie requise par unité d'énergie produite qui est 5 fois plus élevée, ce qui ne se traduit pas directement en quantité de GES. Le taux de retour énergétique pour le pétrole des sables bitumineux est de 3, pour le pétrole de schiste 5, et pour le pétrole conventionnel entre 20 et 25.

      Vous dites, «comme notre approvisionnement se fait sur les marchés mondiaux toute restriction à la production d’un type de source de produit est automatiquement compensée par une augmentation des autres méthodes d’extractions.» C'est vrai seulement dans l'optique où il n'y a aucune diminution de la consommation pétrolière. Il y a donc de très fortes raisons d'insister pour que notre gouvernement entame un sérieux programme pour réduire notre consommation de pétrole. Ce qui n'est pas le cas actuellement. Changer ne se fait pas par magie. Et personne ne le suggère. Mais il n'y a aucune volonté sérieuse de même commencer.

      L'hypocrisie indigérable est de faire passer toute volonté de changement pour de l'intégrisme. L'hypocrisie inacceptable est de faire passer notre utopie pétrolivore pour une situation raisonnable, de braquer la population contre tout changement en refusant de lui dire quels sont les vrais coûts de ses choix, tout en encourageant ces mêmes choix en investissant dans un mode d'aménagement du territoire et des infrastructures qui encouragent la combustion du pétrole.