Libre opinion — Pour un budget moderne à Montréal

À quoi sert un budget s’il n’offre pas un portrait réel des dépenses et des revenus ? S’il ne permet pas d’observer des tendances et l’évolution des coûts ? Avant de débattre des priorités budgétaires, le budget doit offrir un portrait juste de la réalité. Or à Montréal, la présentation de notre budget est si déficiente que c’est une part entière de la réalité qui se retrouve dans l’angle mort.

 

Dans sa forme actuelle, le budget de la Ville de Montréal se limite essentiellement à deux colonnes : les chiffres du dernier budget tel qu’il a été adopté par le conseil et ceux de la proposition pour l’année à venir. Or sans que cela indique nécessairement qu’il y eut mauvaise gestion, la réalité en fin d’année n’est pas toujours conforme au budget adopté en début d’année. Des imprévus ont pu survenir, des revenus attendus ont pu ne pas se matérialiser, etc. La chute de neige record de 2007-2008 est un cas d’espèce : les dépenses de déneigement ont explosé. On comprend donc que les états financiers, au bout du compte, aient été différents du budget adopté.

 

Pour l’heure, il n’y a aucune donnée sur les dépenses réelles de la Ville. On ne sait donc pas si le budget passé a été respecté. À partir de la fiction de l’an dernier, on crée ensuite la fiction de l’année suivante. C’est la première grande tache aveugle de notre budget.

 

La deuxième est encore plus problématique. En fonctionnant ainsi, il est pratiquement impossible d’observer des tendances significatives et d’évaluer correctement l’évolution des coûts ou des revenus.

 

Bien sûr, les documents budgétaires passés sont publics. Mais au lieu de trouver ces résultats dans un même document, à côté de ceux de cette année, il faut se lancer dans un travail de moine afin de colliger le tout. C’est une information disponible… mais difficilement accessible.

 

Portrait partiel

 

Les conséquences sont néfastes et non négligeables. Le dernier budget de la Ville offre deux exemples frappants de la taille de ce que l’on ne voit pas. Dans le budget 2014 (ne comprenant que deux colonnes : 2013 et 2014), on voit très clairement une augmentation de la taxe sur la valeur foncière de 3,3 % et de la rémunération globale de 2,3 %. À première vue, on pourrait croire que cette croissance, bien que supérieure à l’inflation, est modeste. Or la comparaison sur cinq années (2010-2014) dégage une tendance fort différente : +17 % d’augmentation de la taxe sur la valeur foncière et +25,4 % de la rémunération globale.

 

Il n’est pas question ici de juger de la pertinence ou non de ces augmentations, qui relève du débat politique. C’est la présentation de l’information budgétaire qui fait ici défaut. Sans cette présentation pluriannuelle, avouons que l’essentiel échappe au débat public.

 

Plusieurs grandes administrations publiques ont remédié à cet aveuglement systémique. Les Villes de Paris, de Londres et de New York ont des modes de présentation budgétaire exemplaires. Plus près de nous, la Ville de Québec et la STM sont des modèles desquels Montréal devrait s’inspirer. Les grandes règles sont simples : 1) présenter plusieurs années de comparaison (de trois à cinq, voire plus) ; 2) présenter, pour ces années, les résultats réels. 3) présenter les chiffres du budget précédent tel qu’il a tété adopté ainsi que l’estimation des résultats pour l’année qui s’achève.

 

Modernité

 

Ce mode de présentation moderne permet de faire du budget un véritable exercice de mesure et d’analyse. Il permet de prendre connaissance avec exactitude des tendances lourdes, ce qui est utile non seulement aux artisans de l’administration publique, mais également aux citoyens, aux journalistes et aux chercheurs.

 

Fort d’un consensus obtenu à la Commission des finances et de l’administration, je présenterai ce lundi au conseil municipal une motion visant à modifier la présentation de l’information budgétaire. C’est tout le conseil municipal qui doit maintenant formuler cette exigence de transparence et de modernité et s’assurer que ces nouvelles règles de présentations budgétaires soient en place dès le budget 2015.

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