Libre opinion - Haïti peut-il se sortir du gouffre?

L’échec de l’aide internationale est évident en Haïti, mais cette situation pourrait changer si le pays s’adopte un cadre légal pour aider les institutions judiciaires à rapatrier les fonds détournés de l’État.

 

Depuis qu’à la suite d’une révolte des esclaves africains, Haïti a proclamé son indépendance en 1804, ce pays n’a jamais été au bord du gouffre, mais toujours dedans. En conquérant leur liberté, les Haïtiens ont fait peur aux pays les plus puissants de l’époque. Punis et ostracisés, ils n’ont jamais pu vaincre la culture de leurs maîtres. Encore de nos jours, 1 % de la population possède 50 % de la richesse du pays, que les firmes dominicaines pillent avec l’assentiment de ses dirigeants. L’accaparement de terres est toujours à l’ordre du jour et les transferts de propriétés se font au bénéfice des grands bourgeois et autres fonctionnaires haut placés de l’État. Les restavèk, gason lakou, bonne à tout faire, et le métayage en milieu rural montrent qu’a l’ère moderne il y existe encore des conditions de vie d’il y a 210 ans.

 

Haïti fait la preuve de l’échec de l’aide internationale. Quatre ans après le terrible séisme du 12 janvier 2010 qui avait fait plus de 250 000 morts et laissé 1,5 million de personnes sans abri, près de 200 000 y sont toujours sans logement et 150 000 sont encore massées dans des abris de fortune. Depuis 1990, le pays en est pourtant à sa huitième mission onusienne et le Conseil de sécurité y a imposé des Casques bleus depuis 2004. Pourtant, la manne de la cocaïne tombe encore du ciel au rythme de plusieurs tonnes par mois, et les avions des trafiquants atterrissent sur plus d’une vingtaine de sites à travers le pays. Le problème est socio-économique. Quand il y a un taux de chômage de 80 %, une mission de stabilisation ne fait que maintenir les gens dans la misère.

 

Cette situation pourrait cependant changer. La volonté du gouvernement Martelly de doter le pays d’un cadre légal qui aidera les institutions judiciaires à rapatrier les fonds détournés de l’État pourrait bien être le premier pas dans la bonne direction. Ce projet de loi, que défend aussi le premier ministre Laurent Lamothe, a tout le potentiel de lutter efficacement contre la corruption et la fraude fiscale. C’est exactement ce qu’il faut à un pays qui était en 2013 à la 163e position sur 177 dans le classement de l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Le président Barack Obama a d’ailleurs réaffirmé le 6 février l’engagement américain dans le processus de reconstruction en Haïti. Il a félicité le président Martelly pour ses efforts afin de parvenir à un accord avec l’opposition sur des élections législatives dès cette année et affirmer vouloir aider à résoudre certaines des impasses politiques qui ont empêché le pays d’avancer.

 

Martelly dit pour sa part tout mettre en oeuvre pour l’établissement d’un État de droit dans le pays, ce qui est essentiel pour le renforcement de la démocratie et l’amélioration des conditions de vie du peuple. La convocation d’élections législatives et municipales dans les meilleures conditions possible en 2014 offrirait au gouvernement l’occasion de démontrer sa volonté d’agir pour renforcer le pays et promouvoir les principes essentiels de la politique d’alternance.


Michel Gourd L’ascension de Patapédia

8 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 14 février 2014 06 h 10

    Bravo et merci.

    Merci M. Gourd de nous rappeler que le renforcement de l'État de droit, combiné à une éducation incessante, à tous les niveaux de la société, visant la connaissance et le respect des droits de chacun, sont deux ingrédients essentiels au progrès économique et social. Ceci implique, qu'à sa base, l'État inspire la confiance dans ses institutions et dans ses dirigeants. Un état d'esprit susceptible de d'insuffler l'enthousiasme et le goût d'entreprendre là où il y a du talent et de l'énergie. Et en Haïti, on en trouve en abondance.
    G.P.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 février 2014 08 h 04

    Les haïtiens sont maîtres de leur destin

    La solution de l'après-séisme haïtien ne réside pas dans l'immigration massive de cette population, puisqu'on voit déjà l'effet néfaste de celle-ci sur cette société. La plupart des immigrants seront des gens éduqués et cet exode de cerveaux ne fait qu'amplifier les malheurs de cette perle des Antilles dans les années à venir comme on le voit présentement. Et avant d'avoir un État de droit, il faut avoir un état.

    Les haïtiens et la diaspora haïtienne sont maîtres de leur destin et se doivent de s’impliquer et procéder à leurs propres changements sociétaux. Ce n'est pas en immigrant ailleurs qu'ils vont résoudre leur problèmes à court, moyen et long terme. Et personne ne le fera pour eux.

  • Victor Raiche - Inscrit 14 février 2014 09 h 17

    Il ?

    La Grèce et l'Espagne peuvent-ils ?

  • Victor Raiche - Inscrit 14 février 2014 10 h 33

    Oui, ''Il''. Mes excuses :

    « Les ouvrages nous diront . . . qu'Haïti est masculin . . . tandis que Cuba est féminin. . . .
    On utilise la préposition à quand le nom de pays n'est pas précédé d'un article : Cuba, à Cuba (n.f.) Exception : Haïti, à Haïti ou en Haïti (n.m.) .»
    Dans: http://www.noslangues-ourlanguages.gc.ca

  • Victor Raiche - Inscrit 14 février 2014 12 h 47

    elatriye

    La peste soit des grammairiens et ''ayibobo'' pour le livre Haïti chérie de Maryse Condé, la chanson d’Othello Bayard de 1920, interprété par Georges Moustaki, l’ Haïti chérie de la disapora, Haïti chérie sur Facebook, l’ Haïti chérie du Président Martelly et du boxeur d’origine haïtienne de la disapora Adonis Stevenson, , l’ Haïti chérie de la journaliste québecoise Christiane Dumont en visite au pays de Toussait Louverture avec la Fondation Paul Gérin-Lajoie, en janvier dernier, du film Haïti Chérie de Claudio Del Punta en 2007, ''elatriye, elatriye'' (etc. en créole).

    Comme le hanneton dont ' l'architecture ', d'après les hommes de sciences, ne lui permet pas de voler, mais qui, lui, ''s'en fout et vole''. En Haitien "tou bon vré''. ''Mèsi bon dié'' !

    • Jacques Gagnon - Inscrit 14 février 2014 18 h 53

      Pourquoi s'enfarger avec les genres ? C'est de l'action dont a besoin le pays d'Haĩti.