Libre opinion - Le Fonds de solidarité, un joyau à conserver

La majorité des Québécois, toutes tendances confondues, a été attristée par les turbulences, souvent davantage liées à l’image qu’à la réalité, qui ont secoué ce joyau socio-économique qu’est le Fonds de solidarité.

 

J’ai participé aux conversations entre René Lévesque et Louis Laberge quand ce formidable projet a vu le jour. Impliquer les travailleurs dans la gestion de leur fonds de retraite et du même coup les faire participer au développement de notre économie était une idée géniale née dans le monde syndical et avalisée par l’État. Répartir équitablement la richesse est la raison d’être des syndicats, mais contribuer activement à la créer est un formidable exemple de responsabilité sociale. À tel point que l’on entend à travers le monde des commentaires admiratifs sur ce fleuron du modèle québécois. Même en Europe du Nord et chez des démocrates américains en particulier, des commentaires élogieux sont courants.

 

Cette belle institution n’a en rien été contaminée par la gestion financière scandaleuse qui a déshonoré aussi bien Wall Street que la City au cours des dernières années. En plus, les rendements ont été au rendez-vous mieux que dans d’autres institutions qui ont connu de tristes dérapages. Le public le comprend bien, car malgré tout ce que l’on a colporté, la collecte de fonds se poursuit plutôt bien. Il est vrai qu’en 2015, si le fédéral maintient son attaque frontale, elle pourrait être atténuée. Peut-on espérer qu’Ottawa répare cette incroyable bourde spécifiquement anti-québécoise ?

 

Quoi qu’il en soit, à cause d’un comportement très minoritaire, voire marginal, de quelques personnages du monde syndical, la FTQ au complet a été affectée et le phénomène hautement médiatisé a occasionné des dommages collatéraux parfaitement injustes à certains dirigeants tout à fait honnêtes, touchés par les accusations par association, le plus souvent imméritées.

 

Un malheur peut parfois avoir des effets positifs. La FTQ, à la demande du gouvernement et sans délai, a posé les gestes requis pour améliorer la gouvernance du Fonds et ce fut fait d’une manière exemplaire. Avec courage, des dirigeants syndicaux ont agi comme il le fallait pour que même des apparences inacceptables ne se reproduisent plus. Ils ont mis de côté toute forme de corporatisme syndical ou autre. Ils ont agi rapidement en toute transparence et avec l’intérêt public en tête.

 

Leur geste tombe à point alors que des comportements beaucoup plus graves, dans le monde municipal en particulier, nous ont plongés dans une certaine mélancolie démocratique. Tous ceux qui ont du ménage à faire devraient s’inspirer de la rigueur de la FTQ.

 

D’autres fleurons de notre économie, que l’on pense à SNC-Lavalin […], ont été éclaboussés par des comportements beaucoup plus graves et parfois nettement criminels. Des milliers d’ingénieurs brillants et parfaitement honnêtes, sans compter les fondateurs intègres de la firme, ont été ternis sans avoir quoi que ce soit à se reprocher. Il est à souhaiter que la société dont le redressement est déjà bien en marche le réussisse aussi brillamment que le Fonds. Le Québec a besoin de l’un et de l’autre pour une prospérité juste et honnête. Les deux ont fait notre honneur dans le passé et ont tout ce qu’il faut pour continuer.

 

Je veux terminer en mentionnant deux noms qui ressortent de toute cette affaire. Le premier en victime : Yvon Bolduc, un honnête homme au service des travailleurs et de l’économie depuis des années. Son indemnité de départ n’a rien à voir avec celles des financiers rapaces qui sont sortis scandaleusement enrichis de firmes qu’ils avaient ruinées. Il a souffert d’une atmosphère délétère qu’il n’a pas créée et ne mérite pas l’opprobre. Un dernier nom qui fait presque figure de souvenir à ce moment critique de gestion et de redressement : Robert Parizeau, qui arrive à point nommé.

 

Souhaitons maintenant que tous les parlementaires à Québec donnent suite aux propositions de changements à la gouvernance proposés par le Fonds la semaine dernière. Elles ont l’avantage d’en moderniser la gouvernance tout en maintenant intact son lien avec le monde syndical.


Bernard Landry - Ancien premier ministre du Québec

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7 commentaires
  • Claude Saint-Jarre - Abonné 13 février 2014 08 h 43

    Fonds de solidarité

    Je crois avoir remarqué que ce Fonds n'aide pas souvent des petites industries agricoles qui visent la souveraineté alimentaire et énergétique viables. Ce 10 milliards de dollars pourrait-il par ailleurs aider les jeunes créateurs, qui, sous le prétexte qu'ils sont jeunes et créateurs, donc intelligents, n'ont pas besoin d'aide eux-aussi?

    • Marc-André Le Tourneux - Inscrit 13 février 2014 22 h 49

      Que voulez-vous dire M.Saint-Jarre? Que voulez-vous insinuer exactement?
      Avez-vous quelque chose à dénoncer?
      Sérieusement , je commence à en avoir assez de tous ces radotages insipides et sans fondements ou qui relèvent tout simplement d'une frustration personnelle. Si vous avez quelque chose à nous apprendre faites-le, clairement et sans détours. Ça suffit le semage de polémiques populistes.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 14 février 2014 06 h 39

      L'agriculture ne fait pas parti de la clientèle du Fond M. Saint-Jarre, pas plus que les bar de danseuses.

      PL

  • Richard Laroche - Inscrit 13 février 2014 12 h 13

    Discours complaisant, Capitaine Gaspésia.

    Bernard Landry tient un discours de déresponsabilisation et de banalisation face à une réalité bien difficile à avaler: sous le couvert de décennies d'insouciance et de confiance, les citoyens voient aujourd'hui au grand jour un phénomène de mauvaise gouvernance qui s'étend des entreprises privées, à travers l'État et même aux syndicats.

    Le capitalisme de connivences n'est pas une affaire de quelques crapules au sommêt de la hiérarchie. C'est notre responsabilité collective d'avoir laissé des défaillances dans nos structures de gouvernance, privées et publiques. Mais avant tout, ce sont toutes les personnes qui ont gravité dans les hautes sphères des différentes administrations qui ont joué le jeu du capitalisme de connivences à tous les niveaux.

    On observe d'ailleurs que ce sont des individus bien placés et qui en savaient assez pour être moralement outrés qui ont ouvert cette boîte de pandore grâce à des fuites d'informations coulées à travers l'accélération des communications. Y'a pas un vérificateur ou une quelconque tête de cette hydre absurde (le complexe politico-corporatif-syndical financiarisé) qui a fait progresser d'une seule fraction l'intérêt citoyen, comparativement à la liberté d'information brute. Les médias sociaux mais aussi la commission Charbonneau sont définitivement un canal de liberté d'information d'une valeur inestimée.

    Il faut briser les liens de confidentialité créés par la financiarisation entre l'État, les entreprises et les syndicats. Les citoyens doivent reprendre le contrôle de leur État. Les travailleurs doivent reprendre le contrôle de leurs syndicats. Les épargnants doivent reprendre le contrôle de leurs fonds d'investissements. Les entreprises doivent être mises en compétition libre. Et tout ceci peut se faire uniquement en augmentant la liberté d'information et de communication, à contre-courant de la convergence médiatique et de la prérogative de confidentialité de l'État.

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 13 février 2014 12 h 54

    M. Landry, votre plaidoyer biaisé ne trompe personne.

    M. Landry,

    vous êtes indécent de minimiser les dommages collatéraux pour sauver des réputations de personnes qui, lorsqu'elles n'étaient pas impliquées, ont préféré le silence. C'étaient toutes des têtes dirigeantes dont une ministre actuelle.

    Avant le remerciement de M. Bolduc, avec une prime de plus d'un million de dollars de l'argent des travailleurs, il n’y avait eu que quelques changements cosmétiques. Est-ce vraiment à cause de la demande du gouvernement? Ou, n’était-ce qu’impératif à la suite des révélations à la Commission Charbonneau?

    Faut-il le rappeler que le P.Q. n'avait pas d'autre choix que d'exiger cette commission sans éveiller des soupçons sur ses liens privilégiés, quasi incestueux, avec la F.T.Q.? Le P.Q. est sérieusement éclaboussé par les écoutes électroniques et une certaine rencontre au 357c.

    Les dommages collatéraux, ce sont des entreprises qui ont été évincées d'un financement auquel ils auraient pu se développer et créer plus d'emplois au lieu de créer des chômeurs. Ces entreprises ont été évincées des contrats publics par les magouilles du monde municipal, orchestrées par souvent un même lien avec la F.T.Q., M. Tony Accurso et par des firmes que vous osez encore appeler fleurons du Québec. Ce sont les contribuables qui en ont payé les prix exorbitants.

    La F.T.Q. a nuit au monde syndical, on se foutait des travailleurs. La F.TQ. a financé le monde interlope. La F.T.Q. nous a fait payer nos infrastructures à des prix astronomiques en privilégiant un constructeur. Ce ne sont que quelques dommages collatéraux dont vous vous complaisez à la dire.

    Toutes ces révélations n’ont pas été initiées par la saine gouvernance, un mot qu'on aime ronchonner au P.Q., ni par les vérificateurs publics, ni par les enquêtes policières, mais par le journalisme d’enquête. Depuis des décennies alors même que vous étiez premier ministre que cela existait.

    Dommage qu'on ne puisse plus gratter sur le bel éléphant blanc qu'est la cité multimédi

  • Philippe Dubois - Inscrit 13 février 2014 16 h 45

    Un joyau dispendieux

    Un soi-disant «joyau» qui coûte cher aux contribuables du Québec par le biais des généreux crédits d'impôt accordés par le Gouvernement du Québec

    Un joyau de 10 milliards qui est devenu trop gros pour l'économie du Québec

    Un joyau qui ne ne sait plus dans quelle entreprise investir...alors ce soi-disant capital de risque investit dans les Canadiens de Montréal et la bière Boréale...

    Un joyau qui a été utilisé pour comme un instrument d'influence économique et politique par la FTQ

    Un joyau ?

  • Marc Bergeron - Inscrit 13 février 2014 22 h 58

    Langue de bois

    "davantage liées à l’image qu’à la réalité," Comme vous êtes naïf ou bien la langue de bois. Pire on est encore dans le déni au fond. Le ménage ne doit pas se faire qu'à la surface mais au fond. Un joyau pour qui, au fond, quelques amis et commande du politique. J'ose pensée que avec des gens sérieux le fond serait du double ou triple!