Libre opinion - Que reste-t-il de la souveraineté?

Je n’écris pas ici pour déplorer que le parti qui était jadis le véhicule privilégié de la cause de la souveraineté du Québec s’emploie depuis 19 ans à écarter systématiquement la cause des enjeux électoraux. Ni que les deux seuls partis souverainistes (Québec solidaire et Option nationale) se débattent avec un système électoral favorisant le bipartisme au profit de gros partis déjà installés, avec les difficultés qui s’ensuivent sur la présence médiatique, le financement, etc. On pourra en débattre pendant la campagne électorale (au moment où j’écris ces lignes, on ignore encore quand Mme Marois décidera de déclencher les élections).

 

Non, je veux parler d’un problème plus grave. Depuis 30 ans, les gouvernements occidentaux s’emploient à réduire la souveraineté de leurs États respectifs au profit des transnationales et du conglomérat financier international. Ainsi, le gouvernement vient de confirmer que le « free mining » reste en place (« pour les prochains 50 ans », comme il n’a eu de cesse de le répéter), signifiant que les minières (et pétrolières) sont toujours plus souveraines sur notre territoire que nous.

 

Mais surtout, les accords de libre-échange successifs, négociés et signés sans consulter le peuple et même souvent les élus, lient les mains des gouvernements sur nombre de sujets. De plus en plus, ces accords instituent des « tribunaux commerciaux » et des règles contraignantes qui permettent aux transnationales de contester les lois que nos gouvernements votent. Nous avons connu l’histoire du bois d’oeuvre. Harper a signé avec Bush, sans passer par la Chambre, deux ententes sur « la sécurité et la prospérité » qui limitaient la souveraineté du Canada (et par contrecoup celle du Québec), par exemple sur les douanes.

 

Nous ne sommes pas encore souverains que déjà on renonce aux petits éléments de souveraineté que nous détenons. Qu’attendre de l’avenir quand notre gouvernement, avec l’appui de deux gros partis d’opposition, donne la permission à Enbridge et TransCanada d’utiliser notre territoire comme voie de passage pour les pipelines des sables bitumineux ? Lorsque l’Assemblée nationale, à deux voix de dissidence seulement, est prête à entériner l’entente de libre-échange Canada-Europe qui va limiter encore plus notre souveraineté, déjà incomplète ? On nous parle du fromage, mais pas des « tribunaux commerciaux ».

 

Cet accord sert de répétition pour le futur Accord de partenariat transatlantique (APT). Des transnationales ont déjà fait connaître leur intention d’utiliser ces différents accords pour s’attaquer aux salaires minimums (jugés « trop élevés »), aux lois du travail et celles sur l’environnement (« trop restrictives ») et même s’attaquer à l’interdiction du nettoyage de la viande de volaille… à l’eau de Javel !

 

À quoi servira-t-il d’être souverain si toutes les lois touchant à l’économie, la santé, l’environnement, le travail, les mesures sociales, la salubrité des aliments, etc. nous échappent au profit d’intérêts étrangers ?

 

Depuis 30 ans, nos gouvernements, en douce, se dépouillent de leur souveraineté. Il serait temps qu’on fasse ce débat. Il concerne aussi bien les indépendantistes, qui devraient s’inquiéter de ce qui resterait de la souveraineté du Québec en cas d’indépendance, que les fédéralistes, qui devraient s’inquiéter de la perte de souveraineté du Canada. Qui devrait être souverain sur notre territoire ? Le peuple ou des intérêts financiers, souvent étrangers ?

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