Savoir ce que font vraiment nos appareils numériques

Une vaste coalition d'organismes et d'individus de tous les horizons, dont FACIL a l'honneur de faire partie, a décrété que le 11 février serait une journée internationale de protestation contre l'espionnage de masse de la National Security Agency (NSA) et autres agences de renseignement comparables. Le choix du 11 février permet de commémorer à la fois l'anniversaire du décès tragique du militant Aaron Swartz et celui de l'importante victoire contre le liberticide projet de loi américain SOPA, il y a deux ans, en février 2012. (Voir https://thedaywefightback.org.)

La situation au Canada

Où en sommes-nous aujourd'hui au Québec et au Canada dans le dossier de la surveillance de masse?

En octobre 2013, nous apprenions que le Centre de la sécurité des télécommunications Canada (CSTC) a espionné le Brésil main dans la main avec la NSA et en novembre de la même année nous découvrions que le Sommet du G-20 de Toronto était sous surveillance directe de la NSA. Le 30 janvier dernier, le bulletin des nouvelles du soir de la CBC nous apprenait qu'à l'été 2012 le CSTC a intercepté les communications et suivi les mouvements de simples voyageurs connectés au Wi-Fi d'un aéroport situé en sol canadien. On nous dit que le CSTC testait alors un nouveau logiciel d'espionnage développé avec l'aide de la NSA.

Heureusement, plusieurs actions sont déjà en cours pour réaffirmer notre droit inaliénable à la vie privée et tenter d'apporter un remède au problème de l'espionnage de masse. En février 2013, la députée de Blainville-Terrebonne, Charmain Borg, a déposé le projet de loi privé C-475 pour réformer les lois fédérales sur la protection de la vie privée. Depuis octobre 2013, OpenMedia.ca mène une campagne d'appui à la poursuite lancée par la British Columbia Civil Liberties Association (BCCLA) contre le CSTC pour violation du droit constitutionnel à la vie privée des personnes vivant au Canada. Le 28 janvier dernier, un rapport spécial du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada recommandait de nouvelles mesures de vérification et de contrôle pour renforcer la protection de la vie privée et la supervision des activités de renseignement. La mobilisation s'intensifiera au courant de l'année 2014, qui sera décisive.

Les moyens de savoir

Si la réforme de certaines lois et institutions est nécessaire, elle ne suffira pas à nous protéger contre la surveillance de masse de l'État et des grandes entreprises technologiques. À titre de citoyens consommateurs de produits et de services numériques, nous avons aussi des choix à faire. Ou nous continuons à être insouciants et irresponsables en consommant sans poser de questions tous les nouveaux gadgets et services numériques d'Apple, Google, Facebook, Microsoft et cie, qui facilitent la collecte massive de nos données par les agences d'espionnage du monde, ou alors nous décidons de nous donner les moyens de savoir ce que font vraiment nos appareils numériques en soutenant le développement d'alternatives basées sur le logiciel libre et les réseaux décentralisés.

FACIL croit qu'il est temps d'agir et invite les citoyens à consulter le dossier sur la vie privée de son site Web pour savoir comment ils peuvent dès maintenant reprendre le contrôle de leurs données.

***
Le CA de FACIL: Fabián Rodríguez, président; Antoine Beaupré, vice-président; Éric Beaurivage, secrétaire; Martin Chénier, trésorier; Luis Molinié, Diane Mercier, Omar Bickell, Claude Coulombe, Mathieu Gauthier-Pilote, Frédéric Côté et Immanuel Guilea,  administrateurs.

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4 commentaires
  • André Lemay - Inscrit 11 février 2014 08 h 31

    Si tout ça n'était que d'hier

    Voici une citation tirée de : http://reseau.echelon.free.fr/reseau.echelon/

    "En 1948, pendant la Guerre Froide, les États-Unis et le Royaume Uni passent un pacte connu sous le nom d'UKUSA qui consistait à recueillir des informations militaires sur l'Union Soviétique. C'est à partir de cela que le Réseau ECHELON est né. Par la suite, trois autres pays ont rejoint l'alliance UKUSA : Le Canada, L'Australie et la Nouvelle-Zélande. Depuis la fin de la Guerre Froide, le but du système a été réorienté : désormais, ce sont les informations économiques et privées qui intéressent ce gigantesque système d'espionnage fonctionnant à l'échelle planétaire. Aujourd'hui, c'est nous qui sommes visés..."

    Pour pouvoir se faire une meilleure idée de l'envergure de la chose, je suggère à tous ceux et celles que ça intéresse de visionner ce documentaire : http://www.youtube.com/watch?v=7tnMkHi8Po0 quitte à valider les identités de ces gens et les informations qu'ils nous donnent afin de pouvoir avoir sa propre idée de l'urgence ou non de demander des comptes, pas des "métasornettes" comme celles, trop faciles qui nous sont servies par nos "représentants".

    André Lemay

  • François Dugal - Inscrit 11 février 2014 08 h 37

    La solution

    La solution pour ne pas être suivi à la trace par la NSA et sa cohorte de sous-fifres, c'est de ne pas avoir de téléphone cellulaire.
    Dans un temps jadis pas si lointain avant l'invention du cellulaire, la terre tournait et nous vivions tous une vie normale.

  • Mathieu Gauthier-Pilote - Inscrit 11 février 2014 10 h 15

    Ne pas avoir de cellulaire est insuffisant

    Malheureusement, ne pas avoir de cellulaire n'est pas suffisant pour échapper à l'espionnage de masse. En toute probabilité, il existe au moins une personne que vous connaissez qui a des renseignements sur vous dans son ordinateur (mobile ou pas) et même si ce n'était pas le cas, vous visitez certainement des sites appartenant à des organisations capables d'identifer les personnes et de les pister (Google, Facebook, Apple, Microsoft, etc.).

    Pour ne pas être dans les dossiers des agences de renseignement, il faut éviter d'utiliser les TIC et ne fréquenter que des personnes qui agissent comme vous.

    Bref, en pratique ce n'est pas possible pour la plupart d'entre nous, donc il faut changer les lois, les institutions et faire les choix technologiques qui s'imposent (individuellement et collectivement).

  • Robert Henri - Inscrit 11 février 2014 11 h 47

    Ne pas avoir de cellulaire est insuffisant

    Ne pas avoir de cellulaire, pas d'Internet, par de courrier ni de courriel ou bien avoir tout ça en retirant la géolocalisation et en n'envoyant rien que vous ne voudriez pas que d'autres que vos destinataires sachent. On peut aussi vivre en forêt sans électronique... Le seul moyen «à peu près sur».