Libre opinion - La vieillesse: notre avenir à tous!

Le 2 décembre 1969. Un vieil édifice en bois, au coeur d’un magnifique village du Témiscouata, est la proie des flammes. Ancien hôtel transformé en maison de chambres, le bâtiment est une perte totale.

 

Cette nuit-là, « Le Repos du vieillard » deviendra le repos éternel pour trente-huit résidents âgés. Parmi eux, mon grand-père Ludger Roy. Un fier bûcheron de plus de 70 ans, droit et fort comme les arbres qui l’ont accompagné toute sa vie. Les noisettes qu’il gardait sous son lit de fer, dans des boîtes à chaussures, et qui faisaient notre régal lors de nos visites estivales, seront un souvenir que je conserverai de cette « cellule » dans laquelle il dormait.

 

Cette « chambre » était tout près de l’escalier extérieur au bout de l’édifice et bien qu’il ne fût pas un des « patients » attachés à leur lit pour cause de démence, mon grand-père n’a pas survécu à cette catastrophe. On l’aurait, semble-t-il, vu à l’extérieur du bâtiment au tout début de l’incendie. Est-il retourné à l’intérieur pour aider ses colocataires ou pour chercher le peu de biens qu’il avait conservé précieusement ? Nous ne le saurons jamais. La seule certitude que nous aurons, c’est que cet édifice n’aurait jamais dû héberger nos « vieillards ». Pas seulement parce qu’il était vétuste. Mais parce qu’il était mal administré.

 

Celui qui sera accusé et condamné pour avoir mis le feu au bâtiment était lui-même un des soixante-dix résidents, homme à tout faire « bénévole »… Un « irresponsable » ; mais d’autres étaient tout aussi irresponsables des conditions d’hébergement et de l’absence de service aux résidents dans le besoin. Un « nique-à-feu » et une « machine à faire de l’argent ».

 

Exploitation des plus démunis de notre société ; face cachée d’une société où vieillir est une tare et où on peut faire de l’argent avec la misère des autres. Cette tragédie aura sans doute servi à accélérer la mise en place de centres d’accueil publics pour les personnes âgées au Québec.

 

Elle aura aussi secoué le monde des foyers et hospices privés par la mise en place de normes d’inspections municipales et gouvernementales. À partir de 1970, les conditions d’hébergement, de soins et de services publics ont permis d’améliorer grandement la vie de nos personnes âgées.

 

Quarante-quatre ans plus tard, nous voici avec une autre tragédie dans une résidence de personnes âgées. Trente-deux aînés disparus à L’Isle-Verte. La communauté, tissée aussi serrée qu’à Notre-Dame-du-Lac, s’en remettra malgré les cicatrices indélébiles que laissera cette tragédie.

 

Je souhaiterais que, tout comme lors de l’incendie de 1969, tous ces morts servent à déclencher une réflexion sur la place de nos aînés dans la société. Et pas juste pour savoir s’il faut des gicleurs et plus de personnel dans nos résidences pour aînés. Cela me semble des mesures qui vont de soi et auraient déjà dû être appliquées depuis longtemps.

 

J’avais 16 ans quand mon grand-père est mort tragiquement. Une colère m’habite depuis. Une colère envers notre laisser-aller collectif, envers des politiciens incapables de soutenir les années de fin de vie de la population ; une colère envers ces exploiteurs de la misère, de la vieillesse, de la fragilité de ces corps usés. « Parquer » nos aînés dans des résidences mouroirs, fussent-elles belles, accueillantes et sécuritaires, constitue envers eux un mépris de leur apport collectif, de leurs capacités intellectuelles et artistiques.

 

Cacher la vieillesse sous le tapis n’empêchera personne de vieillir. Vieillir, c’est l’avenir de tous. Autant préparer une meilleure place dans la société à ce qui nous attend tous et toutes !

3 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 janvier 2014 07 h 26

    La rage

    Je sens bien la juste rage qui vous habite M. Roy.

    Tous nous pourrions ressentir une rage semblable devant toutes les injustices de ce monde. À nos vieux, à nos jeunes, aux femmes, aux hommes et contre ceux qui ne font rien pour l'arrêter, ou qui se sentent au dessus des malheurs des autres, ou qui ne se sentent pas concernés, ou qui disent ne pas avoir assez de pouvoir pour changer les choses, ou qui en ont trop pour vouloir les changer.

    Oui, la rage pourrait nous habiter tous jusqu'à être consumé par l'intérieure totalement, mais ce serait abdiquer devant tout ce qui reste à faire.

    Transformons cette rage en mouvement. L'Univers n'est que mouvement et l'avenir est long !

    Bon courage.

    PL

  • Michel Blondin - Abonné 28 janvier 2014 11 h 36

    CORPS GLACÉS, CORPS CENDRÉS

    Train fou
    Corps cendrés
    Infernale mollesse
    Feu fou, corps de glace
    Corps cendré, encore
    Tragédies sans nom, cruauté.

    J’étais là, non de corps
    Mais de tripes tordues,
    Des clés perdues de l’imaginaire
    Protégeons d’eux-mêmes
    Les fous que nous sommes.

    J’ai vu, ce qu’on ne voit,
    Ce qu’on n’entend.
    Noirceurs mortelles des silences
    Sommeils par la faucheuse de vie
    Espaces perdus, perdure
    Vol de temps, tristesse éperdue,

    J’ai tout vu, sans trop regarder
    Ne pas péter ma bulle de Floride
    Pas trop savoir, pour loi,
    Pas trop y croire, pour soi.
    Préserver le gardien de ma bulle.

    Je n’ai rien senti, sans trop y croire
    De mes ancêtres calcinés,
    Racine de mes feux-peines
    Tabla Rasa de nos histoires
    Par l’illusion des coupes feu,
    J’aimerais croire nos certitudes infantes

    Je ne veux pas voir,
    À l’aube de la vie en désespoir
    Ceux qui ont le courage
    De vouloir vivre, encore
    Espoir embelli, rosé

    Qu’ai-je fait des miens
    Une voie ferrée vers la mort
    De l’espérance, du désir
    Tordu d’alarme tranquillisante
    Ma bulle insolidaire de ma vie
    De ma crisse de vie.

    Je n’ai immensément rien fait
    Figé par l’erreur de l’horreur
    Couper par mes gicleurs
    Me turlupine par ailleurs
    Pas de feu dans ma tour,
    Gardiens sauvent mes identités

    Je me tais, me tu à me dire,
    Dans un bruit sourd de la croyance,
    Au silence, sans sens, de la certitude
    Meurs, au fond, l’impénétrable vie,
    Origine indicible de nos angoisses.
    On va tous y passer, ai-je entendu!

  • Johanne Bédard - Inscrite 31 janvier 2014 22 h 13

    Bravo Louis Roy !

    J'ai écrit un commentaire cette semaine sur le même sujet. J'abonde plus que tout à fait dans le même sens que vous. Mais notre minorité à penser comme nous, indiffère les plus jeunes, les jeuneset d'autres aussi. Les jeunes qui sont à l'âge où l'on se sent éternel, invincible, fort, énergique, indestructible, n'ont aucune, mais aucune envie d'entendre parler de ce qui ne les concerne pas, « les vieux », et tout ce qui concerne ceux-ci. La nouvelle maladie des années 2000 est l'âgisme.

    Malheureusement, nous sommes aux prises avec une société qui carbure seulement à ce qui est beau, branché, techno, esthétique ; ils ne veulent surtout pas voir la « laideur » de la vieillesse. J'exagère ? Non, allez marcher sur la rue Mt-Royal qui s'est prolongée à la rue Masson. Ils ne nous regardent pas, nous ignorent, et si vous avez le malheur de vous adresser à eux pour obtenir une information, ou parce que vous voulez leur signifier qu'ils vous ont bousculés parce qu'ils ont le nez collé sur gadget techo, c'est l'indifférence totale, ou on vous envoie promener.

    Bien sûr, il existe des plus jeunes et des jeunes qui font preuve de respect, de savoir vivre et qui ne se prennent pas au sérieux. Ils ont compris ce qu'était le civisme. Ouf !

    Nous ne prenons pas soin de ceux qui ont bâti le Québec. Ceux qui ont travaillé de sueur et de labeur pour que nous ne manquions de rien, que nous soyons éduqués, que nous soyons instruits. Et nous, nous les « stockons » dans des bâtisses impersonnelles en série, souvent privées et leurs miniscules avoirs enrichissent les requins du gain.

    Lorsque vous dites : «...Exploitation des plus démunis de notre société ; face cachée d’une société où vieillir est une tare et où on peut faire de l’argent avec la misère des autres. », ce sont des paroles criantes de vérité ! Mais, voilà, la vérité on ne veut pas l'entendre.