Libre opinion - Il était une fois, les avocats…

Il était une fois, il y a 2500 ans, une petite ville nommée Athènes. Dans cette ville, la loi reconnaissait trois sortes de personnes : les citoyens, les métèques (les commerçants étrangers) et les esclaves. Elle réservait le pouvoir aux seuls citoyens. Cette loi était tellement évidente qu’elle était jugée par les citoyens comme éternelle. Ce qui ne plaisait ni aux métèques, ni aux esclaves.

 

Il était une fois, il y a 2000 ans, une petite ville nommée Rome. On y trouvait déjà plusieurs avocats célèbres. L’un d’eux, Cicéron, nous a laissé des plaidoiries célèbres. La loi considérait toujours qu’il était normal d’avoir des esclaves. Les avocats arrivaient à justifier que ceux-ci soient utilisés dans le cirque pour satisfaire le goût du sang des citoyens de Rome. Les avocats avaient un argument imparable pour justifier l’existence de cette loi. Elle plaisait aux empereurs et aux dieux.

 

Il était une fois, il y a 330 ans, la France du roi Soleil. Dans ce pays, la loi sur les esclaves était devenue si détaillée qu’elle comptait 60 articles. Un de ces articles traitait des esclaves fugitifs. Lors d’une première fuite, l’esclave avait les oreilles coupées. Lors d’une deuxième, on lui coupait le jarret. La troisième fuite lui valait la peine de mort. Et pour les avocats, la loi était la loi, même si elle était dure (« Dura lex, sed lex »). Ainsi en avait décidé le roi. Le roi de droit divin. Tout ce qu’il édictait était parole de Dieu.

 

Puis, il était une fois, il y a 225 ans cette semaine, la Révolution française. Le peuple, excédé par les lois iniques et injustes du roi l’envoya à la Bastille. Beaucoup de juges et d’avocats eurent aussi droit à la guillotine pour avoir défendu et appliqué des lois iniques et injustes. Cinq ans plus tard, la Révolution promulgua une loi abolissant l’esclavage. Pour les révolutionnaires, le droit divin et éternel n’existait pas. C’était le peuple qui devait voter les lois. C’était le peuple qui était le souverain et définissait le droit.

 

Cette nouvelle loi ne mit pas fin immédiatement à l’esclavage dans le monde, mais elle marqua le début de sa fin.

 

Toutefois, cette conception du peuple souverain ne plut pas à tout le monde. Et certains travaillèrent très fort pour transférer sans qu’il y paraisse le pouvoir du peuple aux juges et aux avocats.

 

Il était une fois, il y a quelques jours, le Québec. Le peuple souverain désirait adopter une loi sur les valeurs québécoises. Mais c’était sans compter sur les avocats qui accusent maintenant le peuple de vouloir changer une loi éternelle décrétée par Dieu en 1982.

 

L’histoire n’est jamais écrite d’avance. Qui, du peuple ou des avocats, aura le dernier mot ? L’avenir le dira.


Robert Cadotte - Montréal

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