Libre opinion - Contre l’acharnement thérapeutique

L'une des principales mesures du projet de loi sur les soins de fin de vie est passée complètement sous le radar médiatique alors que c’est la nouveauté qui concerne le plus grand nombre de nos concitoyens et concitoyennes. On a parlé abondamment de l’euthanasie sous la forme de l’aide médicale à mourir qui touchera au maximum 2 % des mourants. On a parlé beaucoup moins des soins palliatifs qui seront utilisés dans une bien plus grande proportion. Mais on n’a pas parlé du tout des directives médicales anticipées qui changeront complètement la planification des soins de fin de vie pour la grande majorité des Québécoises et des Québécois.

 

La plupart d’entre nous n’auront pas besoin de recourir aux soins palliatifs ou à l’aide médicale à mourir dans les années qui viennent, mais nous allons sûrement exercer notre nouveau droit de contrôler la nature et l’intensité des soins qui accompagneront notre fin de vie. Ce contrôle dépasse de beaucoup les démarches actuelles, comme le Testament biologique, qui n’ont qu’une valeur informative et non contraignante pour la famille ou l’équipe médicale. La nouvelle procédure permettra en particulier à chacun, selon sa volonté, de limiter les excès de soins dans la dernière partie de sa vie.

 

L’acharnement thérapeutique existe au Québec. Il n’a pas du tout la même origine que dans plusieurs pays où il est réputé être associé à l’intérêt financier de certains hôpitaux, cliniques ou médecins. Les témoignages entendus par les parlementaires québécois évoquent plutôt deux causes plus reliées à notre culture : la pratique d’une médecine tout orientée vers la lutte contre la mort et la place laissée à la famille et aux proches dans les décisions de prolongement de soins. La médecine québécoise n’est pas encore prête à passer systématiquement des soins curatifs aux soins palliatifs. Et l’on connaît les malaises des familles, malgré les volontés du mourant, quand vient la décision de prolonger ou non l’agonie.

 

Depuis plus de vingt ans, le patient québécois peut refuser tout soin médical même si ce choix provoque son décès à court terme. Ce droit lui permet d’imposer sa volonté à l’équipe médicale autant qu’à sa famille, mais le patient doit être conscient et apte à décider. Lorsque le patient est inconscient ou inapte par suite d’un accident ou d’une maladie, ce droit ne peut pas être exercé. Différents moyens existent pour faire connaître ses intentions, mais ni l’équipe médicale ni la famille ne sont tenues de s’y conformer. L’acharnement thérapeutique est encore bien présent parmi nous.

 

La nouvelle loi, qui vient de passer le dernier test parlementaire avant son adoption, va changer la donne. Chaque personne apte pourra désormais consigner à l’avance sur un formulaire gouvernemental les soins qu’elle autorise ou refuse en cas d’inconscience ou d’inaptitude. Ce faisant, ce formulaire sera obligatoirement consulté et suivi par l’équipe de soins, selon un encadrement très serré.

 

Certaines personnes entendues en commission parlementaire auraient souhaité que l’aide médicale à mourir soit accessible aux malades inconscients, par l’entremise de directives anticipées.

 

La nouvelle loi ne va pas jusque-là : la pleine conscience et l’aptitude d’un patient sont des conditions essentielles et préalables à l’obtention de l’aide médicale à mourir. Toutefois, si quelqu’un veut éviter à son corps de longues années de vie végétative, les directives anticipées lui permettront de refuser à l’avance tout soin médical en vue de permettre son décès naturel sans intervention.

 

Cette nouveauté constitue une avancée très importante qui répond du moins partiellement à une grande inquiétude citoyenne. Je partage cette inquiétude et je vais remplir ce formulaire aussitôt qu’il sera offert. Nous serons sans doute quelques millions à le faire.


Pierre Reid - Député libéral d’Orford. Il a été membre de la Commission spéciale Mourir dans la dignité et il vient de terminer l’étude article par article du projet de loi 52 en commission parlementaire.

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14 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 21 janvier 2014 06 h 07

    Très bonne idée, mais...

    Non à l'acharnement thérapeutique! Une très bonne idée que ce formulaire suggéré. Oui aux soins palliatifs généralisés! Mais Non à l'aide médicale à mourir ou l'euthanasie!


    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 janvier 2014 10 h 14

      Encore une tentative d'imposer vos valeurs religieuses à d'autres personnes.

    • michel lebel - Inscrit 21 janvier 2014 11 h 29

      @ Sylvain Auclair,

      Imposer mes valeurs religieuses!! Moi qui dit que la première valeur à protéger est la liberté, dont la liberté de croire comme de ne pas croire! Imposer mes valeurs à une personne? Jamais!

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 21 janvier 2014 13 h 16

      Monsieur Lebel,
      d'abord, on ne choisit pas de croire ou ne pas croire (je ne peux pas choisir de croire à Odin, même en me forçant bien fort, je continuerais de croire qu'il n'existe pas).
      Ensuite je seconde Monsieur Auclair : il est vrai que vous voulez imposer vos valeurs religieuses dans la législation, aussi bien au sujet de l'aide médicale à mourir qu'au sujet du mariage homosexuel.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 21 janvier 2014 14 h 11

      L'aide médical à mourir doit être demandé par le mourant. Libre a chacun de le demander ou non. L'imposition de valeur serait de ne pas permettre que ce choix soit possible.

    • michel lebel - Inscrit 21 janvier 2014 14 h 14

      @ Mme Collin,

      Avoir une opinion sur un sujet, diable, ça ne veut pas dire que je veux l'imposer! Sinon, tout débat est alors impossible! C'est le législateur qui fait les lois, pas moi, et c'est l'administration publique qui voit à leur application!

      Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 janvier 2014 15 h 50

      Monsieur Lebel,
      Quand vous écrivez: «Mais Non à l'aide médicale à mourir ou l'euthanasie!», vous voulez imposer votre point de vue. Vous voulez que le législateur l'impose à tous.

    • michel lebel - Inscrit 21 janvier 2014 16 h 27

      @ Sylvain Auclair,

      Je ne fais que donner mon opinion! Imposer, mais comment!? Le législateur fera bien ce qu'il voudra!! C'est lui le souverain, pas moi!

      Michel Lebel

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 21 janvier 2014 18 h 46

      Monsieur Lebel, souhaiter que le législateur interdise à tout le monde l'aide médicale à mourir, c'est imposer votre point de vue aux autres. Si vous n'admettez pas l'aide médicale à mourir pour des raisons religieuses, libre à vous de ne pas y avoir recours, mais la garder illégale, c'est imposer à tout le monde ne pas pouvoir y avoir recours.

    • François Beaulé - Abonné 22 janvier 2014 10 h 08

      Dans ce débat, les arguments pour la liberté de choisir l'heure de sa mort, pour les gens gravement atteints d'une maladie incurable, me semblent plus forts que ceux qui s'y opposent. Par contre, j'aime bien lire M. Lebel. Je suis souvent d'accord avec lui, parfois non. Et je déteste les volontés de certains de faire taire l'expression d'opinions différentes des leurs. Le libéralisme a ses défauts mais aussi de grandes qualités auxquelles je suis attaché. À condition que l'expression des opinions se fassent de façon respectueuse. Ce que M.Lebel fait toujours.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 22 janvier 2014 17 h 46

      Personne ici ne s'oppose à ce que s'expriment des opinions différentes des siennes. Nous nous opposons à ce que les croyances religieuses de certaines personnes aient une influence sur les lois qui s'appliquent à tout le monde.

    • François Beaulé - Abonné 22 janvier 2014 22 h 03

      Les croyances ne sont pas que religieuses, Mme Collin. Certains croient à la liberté du marché. D'autres croient que la science peut régler tous les problèmes. Il y a différents types de croyance. Les valeurs des gens sont liées à des croyances religieuses ou non religieuses et ces valeurs influencent les opinions des gens. De plus, l'expression des opinions peut toujours avoir une influence sur les autres, que ça vous plaise ou non. Et c'est tout-à-fait légitime. Les lois sont faites par des gens sensibles aux opinions.

  • Yvon Bureau - Abonné 21 janvier 2014 07 h 50

    Toute ma gratitude à vous

    Monsieur Reid, je vous remercie infiniment pour les quatre années que vous avez passées, avec grande intelligence et avec une telle générosité, au dossier des soins de fin de vie. Toutes vos interventions tant à la Commission sur la question de mourir dans la dignité, à l'audition sur le PL52, à vos interventions au Parlement lors de l'Adoption de principe qu'à l'étude détaillée du PL52, furent soutenues par votre ouverture de cœur et d'esprit, par votre solidarité, par votre compassion. Vos valeurs défendues honorent votre vie parlementaire.

    La Loi concernant les soins de fin de vie qui sera votée prochainement apportera plus se sérénité et de dignité en fin de vie. Pour les mieux-être tant des finissants de la vie que de leurs proches, de leurs soignants et des établissements de soins et de services sociaux. J'espère de tout cœur que la majorité de 25 députés libéraux qui ont voté contre l'Adoption de principe le 29 octobre dernier voteront en faveur. Ils suivront leur conscience, bien sûr, mais après avoir pris conscience surtout que plus de 80% de la population est en faveur de ce Projet de loi.

    Je suis tellement d'accord avec vous, M. Reid: ce Projet de loi est tellement plus que seulement l'aide médicale à mourir. Son esprit : centration sur et respect de chaque personne en fin de vie, de ses valeurs, de ses croyances, de sa liberté ultime.

    Enfin, j'espère que le premier travail de la Commission sur les soins de fin de vie (une création si noble et si nécessaire) portera sur l'intégration de l'Aide médicale à mourir dans les directives médicales anticipées. Au nom de la conservation et de l'augmentation de la paix sociale. Au nom de notre humanité et de notre solidarité.

    Le vote de la future loi sera d’un grand soutient pour les plus de 60 000 personnes qui termineront leur vie cette année, avec plus de sérénité et plus de dignité, respectées jusqu'à leur fin. Et un si grand soutient pour les proches et les soignants et les établissements.

  • Johanne Archambault - Abonnée 21 janvier 2014 17 h 57

    Trois fois

    J'ai eu connaissance de la mort de trois proches à l'hôpital (un cas remonte à quelques années déjà, un autre me touchait de très près). Il n'y a eu d'acharnement dans aucun cas de la part des soignants. Ils ont soulevé la question, et agi en fonction de la réponse. Chaque fois il y a eu du respect et de la bonté. Ils ont l'habitude. Peut-être s'agit-il, pour les malades eux-mêmes et pour leurs proches, de se faire à l'idée et d'effacer les regrets.