Libre opinion - Chère Francine, tu resteras longtemps dans nos mémoires

Chère Francine, on ne dit jamais assez toute notre affection aux personnes que l’on apprécie. Tu es partie, mais tu me permettras de te redire une dernière fois tout le respect et l’amitié que je te porte.

 

Tu nous as quittés, mais sache que ton souvenir demeure et qu’on ne t’oubliera pas de sitôt. Impossible de ne pas se rappeler une femme si distinguée, une combattante si déterminée, une personne d’une telle dignité. Et puis, comment pourrait-on oublier cette amitié que tu nous as accordée si généreusement, sans compter.

 

Je me souviens de cette émotion, de cette indignation qui t’étreignait, lorsque tu étais placée devant l’injustice. Indignée devant l’hypocrisie, la mesquinerie ou l’indifférence, tu l’es demeurée jusqu’à la fin, toujours dans l’élégance, avec cet humanisme sans pareil.

 

Tu n’as pas ménagé tes efforts pour représenter le Québec partout dans le monde. Peut-être n’ai-je jamais pris de meilleure décision que celle de te confier le dossier des Affaires étrangères pour le Bloc québécois. Tout au long de ces années, je savais qu’en t’ayant à mes côtés, nous ne serions jamais pris au dépourvu, jamais cyniques, toujours du côté de la dignité et de l’humanisme sur les questions internationales.

 

Tu es devenue une merveilleuse ambassadrice du Québec, maîtrisant chacun des enjeux dans ses moindres détails, tissant une toile de contacts internationaux sans équivalent dans le mouvement souverainiste. Tu étais presque devenue membre honoraire du Conseil de l’Europe. À Ottawa, tous les membres du corps diplomatique te connaissaient et peu de personnalités auront projeté une image aussi juste et positive du Québec et du mouvement souverainiste.

 

Tu as brillamment incarné la passion que nous avons pour le Québec, pour ce projet ambitieux d’en faire un pays. Lorsque l’heure de la bataille sonnait, tu ne donnais pas ta place, ta détermination tranquille atteignant immanquablement la cible. Pourtant, je sais pertinemment que nos adversaires politiques t’appréciaient, eux aussi. À la fin de ta carrière politique à Ottawa, tu faisais l’unanimité, autant qu’une telle chose soit possible.

 

Ton dernier combat politique se sera transformé en héritage. Ce combat pour que les êtres humains que nous sommes puissent avoir le droit de mourir dans la dignité est en train de se matérialiser à l’Assemblée nationale. Par un hasard magistral, tu nous as quittés quelques heures après l’adoption du projet de loi de Véronique Hivon en commission.

 

Ce que je retiendrai de toi, par-dessus tout, c’est bien ce mot : dignité. Tu t’es battue toute ta vie pour que les travailleurs les plus humbles soient traités avec équité, respect et justice. Tu as d’ailleurs été la première femme à être élue au comité exécutif de la CSN, en tant que première vice-présidente. Tu fus coordonnatrice des négociations dans le secteur privé, toi qui venais du secteur public. Une femme qui dirigeait les négociations des gars de la métallurgie et des pâtes et papiers ! On peut vraiment dire que tu en as ouvert des portes pour les femmes.

 

Tu t’es battue pour que les citoyens des pays pauvres soient traités avec dignité. Tu t’es même battue pour que les prisonniers afghans soient traités avec dignité. Et finalement, tu t’es battue sans relâche pour que les personnes en fin de vie puissent vivre dignement jusqu’à la fin. Et tout au long de ces luttes, tu t’es toujours comportée, je le répète, avec cette grande dignité qui te caractérise.

 

Depuis quelques jours, la tristesse m’a envahi. Il nous faut réaliser et accepter que tu ne seras plus là, avec ton sourire et ce regard plein de vie et de passion. Avec le temps, la tristesse va s’estomper et faire place à la mémoire.

 

Chère Francine, je veux que tu saches que j’ai apprécié chaque minute passée à tes côtés et que tu resteras longtemps dans nos mémoires.

 

Salut !


Gilles Duceppe - Ex-chef du Bloc québécois

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2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 20 janvier 2014 09 h 57

    Une vie debout

    Admiration, reconnaissance et gratitude fort bien justifiées.

    Une vie pleinement vécue, debout face aux indignités, debout pour la dignité et l'autonomie, honore toute une vie. Madame Lalonde, votre vie vous honore admirablement !

    Pour vous remercier, nous ferons héritage des valeurs qui vous ont fait vivre. Votre vie fut un succès. On a déjà écrit que la mort n'était pas un échec; le seul échec, ce serait de ne pas avoir vécu pendant que l'on était en vie. Votre vie fut pleine de vie audacieuse, engagée et généreuse. La société s'y est abreuvée et s'y abreuvera encore longtemps. Merci+++.

    Merci M. Duceppe pour vos dires.

  • Normand Murray - Inscrit 20 janvier 2014 11 h 58

    Une grande dame.

    Merci pour votre travail acharné et votre écoute sincère de vos concitoyens.Vous avez été un model d'intégrité votre passage resteras à jamais gravé dans nos mémoires. Merci beaucoup M.Lalonde.