Libre opinion - Après 2013, quelques raisons d’espérer…

Quelques raisons d’espérer, c’est le titre d’un documentaire qui relate la vie d’un pionnier de l’écologie au Québec et dans le monde, le professeur Pierre Dansereau. Dans Le Devoir en 2001, le journaliste Louis-Gilles Francoeur dira de lui qu’il avait « une vision d’un optimisme indéfectible, malgré une lucidité décapante des défis du XXIe siècle ».

 

Or, des raisons d’espérer, j’en cherche beaucoup au moment de faire le bilan de l’année qui s’achève. J’aimerais bien retrouver la même vision d’optimiste que Dansereau, mais les signaux sont plutôt décourageants. Cela fait plus de 15 ans que je contribue à ma façon à la dynamique du mouvement environnemental québécois. 2013 a passablement éprouvé ma motivation. Puisque je patauge en pleine crise de la quarantaine, j’aimerais croire que mon regard sur les choses est simplement assombri par les doutes que j’entretiens sur moi-même. Malheureusement, je suis loin d’être le seul à être aussi pessimiste.

 

En effet, au-delà de leurs petites et grandes victoires, et en dépit des progrès notables qui ont été accomplis dans plusieurs secteurs grâce à leurs actions, les environnementalistes constatent qu’ils ne parviennent malheureusement pas à provoquer les changements d’attitudes et de comportements qui sont nécessaires pour infléchir les tendances destructrices de l’activité humaine. Conséquemment, rien ne change, les ressources naturelles s’épuisent à un rythme insoutenable, la pollution s’étend et la crise climatique s’amplifie. Les conditions d’existence sur la Terre sont de plus en plus menacées.

 

Un collègue me faisait remarquer à juste titre que les environnementalistes sont en quelque sorte victimes du mythe de Cassandre : ils ont raison, mais sont incapables de convaincre les autres. […] Que faire alors ? Pour ma part, je refuse d’abdiquer. Je refuse de trouver normal le fait que l’être humain s’enlise dans la voie de l’autodestruction sans réagir. Je pense que l’humanité vaut plus que ça.

 

Albert Jacquard, décédé en septembre, m’a beaucoup inspiré par sa sagesse et sa foi profonde en la capacité de dépassement des êtres humains, dans la mesure où ils apprennent à vivre ensemble, plutôt que les uns contre les autres. En visionnant l’enregistrement de la conférence qu’il avait prononcée il y aura bientôt 10 ans pour le RNCREQ, j’y ai puisé un peu d’espoir.

 

Référant à la métaphore d’Hubert Reeves, pour qui nous sommes des « poussières d’étoiles » — ce qui n’est pas tout à fait faux lorsqu’on se regarde strictement sous l’angle physique de la chose —, Jacquard prétend qu’il serait bête de se limiter à une telle comparaison. L’être humain, aboutissement de près de 4 milliards d’années d’évolution vers toujours plus de complexité, a forcément des aptitudes plus grandes que le reste du monde vivant. Jacquard relève en outre deux inventions qui placent l’humain dans une classe à part :

 

L’homme a inventé le « surhomme ». Il est capable d’être plus que lui-même grâce à sa capacité de communiquer, d’apprendre, de se développer et d’interagir avec l’autre. En s’ouvrant à l’autre, à la communauté, il crée un être nouveau et décuple ses capacités.

 

L’homme a aussi inventé « demain ». […] Personne ne peut dire ce que sera demain. Mais grâce à cette invention, l’homme a la capacité de réfléchir à l’avenir. Conséquemment, il peut « mettre le présent au service du futur ». Il peut faire des projets, il peut choisir la direction à donner, non seulement à sa propre existence, mais à celle de l’humanité entière.

 

L’illustrateur et cinéaste Frédéric Back est un autre grand humaniste qui nous a quittés en 2013, la veille de Noël. Comme Dansereau et Jacquard, lui aussi a su porter un message écologique empli d’espérance. Dans son oeuvre oscarisée L’homme qui plantait des arbres, d’après le récit de Jean Giono, il a mis en images des paroles qui s’avèrent être une formidable source d’inspiration : « Quand je pense qu’un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi, pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que malgré tout, la condition humaine est admirable. »

 

Back dira quant à lui : « Nous ne devons pas nous sentir faibles ou démunis devant l’ampleur du défi. Par nos choix, par nos actes quotidiens, nous influons tous sur les destinées de la planète bleue. Nos gestes, bons ou mauvais, sont comme des arbres que nous plantons : chacun un jour portera des fruits. Notre pouvoir est ainsi beaucoup plus grand que nous ne le croyons, et notre responsabilité d’agir est proportionnelle à ce pouvoir. »

 

Voilà donc quelques raisons d’espérer. Espérer que l’être humain mettra un jour ses extraordinaires capacités au profit d’un projet permettant de corriger les iniquités croissantes dans le monde et qui rendra possible un avenir moins sombre que le futur que j’entrevois. Et si on plantait quelques arbres nous aussi ? À vos pelles !


Philippe Bourke - Directeur général, Regroupement national, des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ)

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