Libre opinion - Greyhound, ou la négligence glaçante

Lundi 16 décembre 2013. Aéroport de Boston. Le système de chauffage du bus Greyhound 3541 en direction de Montréal ne fonctionne pas. Le chauffeur s’en rend compte et demande de l’aide à des agents de la compagnie, en vain. En gros, il doit respecter l’horaire et n’a pas d’autre choix que de prendre la route comme ça et ses passagers avec lui. Il est minuit.

 

J’attends ce même bus à l’aéroport de Burlington, il est censé passer à 4 h 15, mais à 4 h 50 il n’y a toujours aucun signe dudit bus. Finalement, à 5 h 20 le bus arrive et à ma grande surprise je vois les passagers et le chauffeur accourir à l’intérieur de l’aire d’attente. La jeune femme avec qui j’attendais et moi sommes interloquées et surtout perplexes devant le spectacle qui s’offre à nos yeux. En effet, les passagers sont en train de tripler, voire quadrupler pour certains leurs chaussettes, d’empiler manteau sur manteau, de s’emmitoufler entièrement dans deux écharpes à la fois. Il y a même un homme en train de s’enrouler les pieds de ces cataplasmes chauffants utilisés pour les douleurs musculaires. Le chauffeur nous voyant debout avec nos valises nous demande si nous allons également à Montréal. Nous lui confirmons que oui, et alors il nous explique la situation. En fait depuis Boston, les passagers et lui-même gèlent progressivement au fur et à mesure que le bus se dirige vers le nord. Il nous recommande donc de faire comme les autres passagers et ne pas lésiner sur les couches supplémentaires de vêtements.

 

La jeune femme et moi montons donc dans le bus où les passagers nous accueillent par les mêmes recommandations que le chauffeur et avec une insistance plus prononcée. Nous nous sommes dit qu’ils exagéraient un peu quand même, il ne pouvait pas faire froid à ce point dans un bus. Erreur ! Pas plus de 30 minutes dans ce bus, et ma compagne inopinée de voyage et moi-même étions en train de claquer des dents ! C’était un spectacle irréel de voir cette trentaine de personnes dans le bus en Canada Goose, sac de couchage, écharpes et bonnets jusqu’aux yeux. L’air au sol était glacial, tandis que le transfert du froid par les fenêtres nous forçait à nous resserrer autour de l’allée. C’était ça le plus difficile : être entourés de froid et ne pas pouvoir bouger. Les choses sérieuses ont commencé après avoir passé la frontière canadienne : il faisait -17 degrés Celsius DANS le bus ! Le chauffeur a été obligé de s’arrêter pour se réchauffer, les passagers enlevaient leurs chaussures brièvement pour se dégeler les pieds. Horrible ! Inconcevable ! Heureusement, il n’y avait ni enfants, ni bébés, ni personnes âgées dans ce bus… Je ne sais pas ce qu’il serait advenu d’eux ! Sans aucune exagération ! Je ne comprends pas qu’une compagnie puisse laisser partir un bus sans chauffage en direction du Canada quand la planète entière sait quelles températures sont notre lot quotidien à cette période de l’année. Vraiment, je ne sais pas. Je suis arrivée à Montréal avec les pieds gelés et au moment où je vous écris, mes doigts peinent encore à se réchauffer alors que cela fait 30 minutes que je suis chez moi. Ce voyage, j’en ai encore des frissons. Au propre comme au figuré.


Marie-Claire Asseko - Diplômée en commercialisation, Montréal

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