Libre opinion - Le Canada est un «corps étranger» que l’attentisme ne saurait retirer

Monsieur Lisée, vous avez fait la semaine dernière une sortie médiatique très surprenante qui laissait miroiter un retour à un discours public plus indépendantiste au Parti québécois (PQ). Dans une mêlée de presse, vous avez affirmé essentiellement deux choses. D’abord, que les Québécois se considèrent de plus en plus comme souverains. Ensuite, que les Québécois prennent de plus en plus conscience que le fédéralisme canadien est comme un « corps étranger », une structure qui nuit à leur développement et qui les empêche de prendre des décisions conformes à leurs intérêts.


Du discours aux actes

 

Tant mieux si les Québécois cheminent psychologiquement vers l’indépendance politique. Tant mieux s’il leur apparaît de plus en plus urgent de sortir du carcan canadien. Je ne pourrais pas être plus en accord avec eux là-dessus. Tant mieux également si vous, Monsieur Lisée, utilisez votre visibilité médiatique pour faire la promotion de ces idées. C’est ce qu’il faudrait faire chaque jour. C’est ce qu’il aurait fallu faire sans relâche depuis dix-huit ans.

 

Si cette sortie annonçait une reprise en charge réelle du projet d’indépendance du Québec, je m’en réjouirais sans retenue. Je ne ménagerais aucun effort pour y contribuer et pour appuyer une telle démarche. La volonté d’Option nationale de faire l’indépendance est sincère et se trouve au-delà de toute attitude partisane. Nous sommes d’ailleurs le seul parti politique à avoir inscrit dans ses statuts qu’advenant le cas où un autre parti politique nous rejoindrait sur cette question, nous proposerions la collaboration, voire même la fusion à nos membres. Bien qu’on nous ait accusés de diviser le « vote indépendantiste », nous sommes là pour le recréer. Rappelons qu’à ce jour, nous sommes le seul parti qui s’engage clairement à faire l’indépendance dans un premier mandat. Lorsque le PQ et Québec solidaire auront renoué avec l’audace et la franchise sur la question indépendantiste, nous marcherons avec eux sans hésitation. Le Québec peut compter sur nous.

 

Cela dit, il faudra beaucoup plus que quelques sorties sporadiques suggérant les bienfaits de l’indépendance du Québec pour nous convaincre que vous êtes sérieux dans votre démarche. Comment croire qu’il ne s’agit pas simplement d’une manoeuvre électoraliste pour éviter de perdre encore plus d’appuis chez les indépendantistes ? Vous avez le fardeau de la preuve. Une opération de communication publique ne suffira pas.

 

Appel à la cohérence

 

Monsieur Lisée, j’en appelle à votre cohérence politique. Vous avez la responsabilité, devant le peuple québécois, de faire en sorte que votre parti prenne l’engagement clair de réaliser l’indépendance dans un prochain mandat. En cultivant l’attente du « moment opportun » pour déclencher un référendum, votre parti envoie le message à la population que le moment présent n’est pas le bon moment, que nous ne sommes pas actuellement capables de nous gouverner nous-mêmes et que la liberté peut attendre. Cette posture est profondément pernicieuse pour le peuple québécois. Elle affaiblit son courage et lui inspire un sentiment d’impuissance. Nous ne pouvons la tolérer.

 

Le moment opportun pour faire l’indépendance, c’est toujours il y a vingt ans. Mais le deuxième moment opportun, c’est maintenant. L’appui à l’indépendance est en ce moment plus élevé qu’il ne l’était avant que Jacques Parizeau n’enclenche le processus référendaire de 1995, et ce, malgré le fait qu’on ait pratiquement arrêté de porter sérieusement le projet depuis. Les jeunes de 18 à 35 ans n’ont jamais eu l’occasion de voter au sujet de l’indépendance. Il y a du travail à faire auprès de cette frange de la population, puisque nous avons laissé nos adversaires les convaincre qu’il s’agissait d’une vieille question. Cependant, notre expérience démontre qu’il suffit d’en parler de façon argumentée, franche et décomplexée pour soulever l’enthousiasme des jeunes envers l’indépendance. Ils nous suivront si nous avons l’audace nécessaire à la réalisation d’un tel projet. Le moment opportun est quelque chose que l’on doit créer et non attendre. C’est notre courage qui inspirera celui de la population.

 

Les militants du Parti québécois qui tiennent le fort du mouvement indépendantiste sans relâche depuis plus de quarante ans méritent que leurs leaders fassent preuve d’un courage qui soit à la hauteur de leur lutte. Si le PQ refuse de prendre des engagements clairs quant à son mode d’accès à l’indépendance, il devra au moins jouer franc jeu et expliquer pourquoi.

36 commentaires
  • Caroline Moreno - Inscrit 16 décembre 2013 05 h 24

    Le Québec est un pays

    M. Zanetti,

    Le Québec est un pays : Il possède un territoire, une langue, une population, un gouvernement, des lois, des ressources naturelles, etc.

    Démontrez que vous n'êtes pas un attentiste et déclarez l'indépendance. N'importe qui peut le faire.

    Et passons à l'étape suivante, beaucoup plus exaltante.

  • François Ricard - Inscrit 16 décembre 2013 06 h 07

    Parlant de cohérence, M. Zanetti, votre jupon dépasse.

    Lors des élections complémentaires dans Viau et Outremont, vous et vos candidats avez déclaré votre opposition à la charte de laicité proposée. Pourtant cette charte, dans sa conception même, est un rejet probant du multiculturalisme canadian.
    À la lumière des événements de la dernière année, il semble bien que l'ON, en perdant Jean-Martin Aussant, a perdu sinon son âme au moins beaucoup de crédibilité, surtout en ce qui concerne le domaine économique.
    Vous avez peut-être l'intention de faire l'indépendance dans un premier mandat...qui surviendra sûrement dans la semaine des quatre jeudis.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 16 décembre 2013 13 h 31

      D'imposer une théocratie serait aussi totalement opposée au multiculturalisme, mais ça n'en ferait pas une proposition à suivre pour autant.

      Est-il possible de défendre le parti québécois au point de nuire à l'indépendance qui a présidé à son fondation? Au moins, votre jupon ne peut dépasser : il n'y a rien par-dessus.

    • François Ricard - Inscrit 16 décembre 2013 16 h 16

      M. Lamy-Théberge,
      je suis membre de l'ON depuis décembre 2011.
      Mais pour moi, la patrie passe avant tout parti. Et je crois que l'ON a vécu. Peut-être vivotera-t-elle pour un certain temps? Mais ce n'est ni dans sa direction ni dans son contenu actuels que nous allons découvrir les éléments qui vont nous conduire à l'indépendance.

    • Jean Lépine - Inscrit 16 décembre 2013 20 h 12

      Monsieur Ricard.
      Vous n'êtes pas un inconnu...pour moi.Et je n'aime pas que vous ajoutiez ce mot à votre nom."Gabrielle Roy, une biographie" dont vous êtes l'auteur, est d'une très sensible intelligence. Je lisais avec attention vos interventions sur divers blogues depuis longtemps.Sauf pour le vote utile lors des dernières élections (j'ai voté PQ),je partageais vos points de vue.Je ne saurais dire à quel point cette dernière intervention me réjouit. Depuis sa position sur la charte" l'ON a vécu"!.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 16 décembre 2013 21 h 29

      @M. Ricard. Je parviens pas dans ce cas à saisir votre critique, basée sur l'opposition à la Charte. Peut-on baser un élan vers la souveraineté, puisque c'est bien d'un élan dont l'option aurait besoin, sur un projet aussi peu rassembleur et qui est plus basé sur le rejet d'un traumatisme, le tant honni multiculturalisme, plutôt que sur des principes progressistes?

      La souveraineté basée sur le simple nationalisme, qui est la carte présentement jouée par le parti québécois, me semble être une trahison de l'idéal à long terme, et je m'y oppose totalement. C'est paradoxalement cette ouverture politique d'Option Nationale à toutes les orientations politiques pour autant qu'elles soient subordonnées au projet souverainiste qui me fait douter de leur survie, l'indépendance n'étant clairement pas l'enjeu numéro un. Ils ont à tout le moins le mérite d'être clair et d'en faire la promotion, même maladroitement.

      Je crois que vous avez raison de dire que "ce n'est ni dans sa direction ni dans son contenu actuels que nous allons découvrir les éléments qui vont nous conduire à l'indépendance", mais cela s'applique pour tous les partis souverainistes actuellement représentés à l'Assemblée Nationale.

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 16 décembre 2013 07 h 11

    Complexe d'infériorité généralisé

    Avant même de parler d'indépendance, ce dont le peuple québécois a besoin est de croire en lui, de regagner sa fierté et de réaliser son potentiel immense. Cela commence par un changement d'attitude, un apprentissage de son histoire et un enseignement rigoureux de la langue et de la culture. Des années de politique multiculturelle ont fait perdre le nord et le sentiment de former une nation à juste titre, à un tel point que nombreux sont ceux qui ne voit aucun problème à ce qu'on nous considère comme une minorité parmi tant d'autres, plutôt que comme un des peuples fondateurs.

    Pour ceux qui ne comprenne pas à quel point le "french bashing" est rampant dans le Canada anglophone, allez vivre et travailler à Toronto ou à Calgary.

    Pour qu'une nation forme un pays, faut-il encore que ses citoyens soient fiers et confiants en eux-mêmes, et croient vraiment que leur revendication de leur reconnaissance en tant que nation est légitime.

    Pour ma part, j'observe partout au Canada les ravages de la politique du multiculturalisme, une politique de droite, tout comme les religions, qui crée des divisions profondes entre les nombreux groupes ethniques, communautaires, et même les encourage.

    Le pays est encore très jeune, et je crois que nous devons nous tourner vers le vieux continent pour en tirer des leçons précieuses et ne pas répéter les mêmes erreurs.

    Le désir d'être reconnu comme peuple distinct, possédant sa propre langue et culture, était légitime et n'aurait pas empêcher le Québec de faire partie du Canada, un idéal à nos yeux qui se traduit en affront du pouvoir anglophone en place sur la scène politique, et la politique du multiculturalisme a veillé à la discréditation de l'idée d'une nation québécoise.

    • France Marcotte - Abonnée 16 décembre 2013 11 h 45

      Merci de considérer d'abord la population dans cette question contrairement à M. Zanetti qui semble croire que tout se joue dans l'attitude des présumés leaders d'opinion que la population ignare suivrait ou non selon leur habileté à la manipuler.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 16 décembre 2013 13 h 50

      @ Mme. Lapierre. Concernant la fierté et autres sentiments nationalistes, vous semblez convaincue 1. de leur absence 2. que leur présence est un préalable à une démarche d'indépendance 3. que leur promotion passe par au Québec "par un changement d'attitude, un apprentissage de son histoire et un enseignement rigoureux de la langue et de la culture".

      Très franchement, je trouve cette conception plutôt paradoxale, bien que ce paradoxe soit constitutif de l'"identité" québécoise depuis des décennies : tout en renforçant nos institutions depuis des décennies, nous avons encore ce sentiment que nous méritons mieux. Je dis cela sans parti pris, mais j'observe que le mantra "nous sommes un peuple pas de colonne" est l'introduction convenue de nombreuses opinions politiques.

      Ce peut être pour s'opposer au multiculturalisme, comme dans votre cas, ou pour ridiculiser la gauche, ou pour un appel au rejet du néolibéralisme ou pour fermer les portes à l'immigration.

      Toujours ce mantra, auquel il est implicite que seule une politique déterminée pourra s'opposer. Parler de sentiment d'infériorité permet du coup de justifier le besoin de passer outre aux contraintes démocratiques, le peuple étant aveuglés par la propagande, ce qui explique la stagnation.

      Or, dans le cas précis du nationalisme, qui foisonne depuis des décennies au niveau de l'enseignement de l'histoire; du français pour tous dans les écoles publiques, sauf pour la minorité historique; au niveau culturel, comment peut-on toujours percevoir ce sentiment d'infériorité?

      Déjà, inclure dans l'argumentaire ce qui est dit à Toronto me parait inutile.

      Ensuite, comme s'exprime la fierté que vous appelez? Par l'imposition étatique de certaines normes sociales ou par leur appropriation par les divers groupes de la population? La première option implique l'homogénéité, la seconde est plus différenciée. Bref, je nous crois confiants, mais inconscients.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 16 décembre 2013 14 h 26

      Tout à fait, monsieur Marcotte.

    • Bernard Plante - Abonné 16 décembre 2013 14 h 54

      @ M. Marcotte,

      Bien entendu, en démocratie c'est la population qui décide! Je ne vois pas comment vous pouvez prétendre que M. Zanetti aurait dit le contraire.

      Les leaders politiques ont toutefois un rôle à jouer qui devrait consister, pour ceux du PQ, à promouvoir le projet de pays. Pourtant, ils ne le font quasiment jamais, ce qui n'est certainement pas de nature à en favoriser l'avancement!

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 16 décembre 2013 15 h 50

      Bonjour monsieur Lamy-Théberge, beaucoup de questions pertinentes! Je suis moi-même très agacée par le fait que le peuple québécois est constamment dénigré, et surtout de voir que nombreux sont ceux qui en semble convaincus. Tant que nous serons une nation dans un pays, ce sentiment d'être en territoire occupé, d'être sous la tutelle d'une majorité écrasante régnera et il y aura lieu de confronter l'hostilité et le French bashing, fort malheureusement, et de militer pour nos institutions, notre langue et notre culture.

      J'aimerais préciser que je m'oppose à la politique du multiculturalisme comme forme de gouvernance, et non à une société hétérogène.

      Je ne peux malheureusement élaborer sur les nombreuses questions que vous avez soulevées, mais je peux à tout le moins affirmer que de prendre acquis notre place en tant nation, et de croire que la pérennité de notre langue, de notre culture est assurée et acquise est ce que je qualifie d'inconscient, tout comme de prendre pour acquis la liberté, la démocratie.

      On peut être fédéraliste ou indépendandiste, et être contre le néolibéralisme ou s'opposer aux politiques d'immigration.

      Soit dit en passant, je suis consciente pour ma part que l'indépendance du Québec n'est pas gagnée par un simple référendum ou une élection. Je ne crois pas du tout que le reste du Canada, ou du moins le gouvernement fédéral rendra la tâche aussi facile... insconscients, oui je dirais à ce niveau.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 16 décembre 2013 21 h 43

      @ Mme. Lapierre. Je ressens toujours ce malaise à l'idée de dénigrement, puisqu'elle nous place sur la défensive, comme si nous devions nous justifier. Pas au sens où le dénigrement serait "réel : simplement, nous exacerbons ces effets en introduisant sa critique constamment. Il est possible d'être critique sans que cela ne relève du dénigrement. Au contraire, une critique constructive implique la confiance en la possibilité de changer, ce qui est nié par l'accusation de dénigrement.

      En outre, cela conduit à cette obsession de l'histoire perçue comme un instrument de la conscience nationale. Comprenez-moi bien : ce peut être un instrument, de nombreux nationalismes pas toujours vertueux l'ont démontré, mais ça me semble opposé aux principes d'émancipation qui sont à mon sens liés à un projet politique porteur. On ne peut lire l'histoire du Québec en simplifiant sa trajectoire, en glorifiant quelques héros équivoques et en balisant frauduleusement sa complexité.

      Je viens de lire des discours de Papineau dans lesquels il couvre d'or le Roi Georges III d'Angleterre. La Conquête a produit de multiples bouleversements qui ne se résument pas dans la dichotomie entre un Avant béni et une Oppression nouvelle. En l'absence de visées positives articulées, cette propension à revenir au Mythe ne permet pas de mettre en place un projet qui saurait rassembler les forces vives de notre société.

      Pour conclure provisoirement, il reste à mieux comprendre ce qui concrètement à fonctionner pour le mieux des habitants de ce pays dans le contexte des dernières décennies. Ce qui gagne des votes pour un parti n'est pas toujours ce qui à long terme donne des résultats pour la population. C'est la même chose pour la défense de la langue.

      Le Québec a de nombreuses compétences dont il peut se servir pour le mieux : c'est un autre mythe paralysant que de toujours mettre nos échecs sur le dos du Canada.

  • Michel Thériault - Inscrit 16 décembre 2013 07 h 29

    Merci !

    Merci monsieur Zanetti.

    • Gilles Théberge - Abonné 16 décembre 2013 12 h 38

      je dirais plutôt, non merci monsieur Zanetti...

  • Sylvain Auclair - Abonné 16 décembre 2013 07 h 57

    Ce n'est pas non plus...

    Ce n'est pas non plus en faisant élire un caquéfliste* dans un comté péquiste qu'on fera avancer la souveraineté, monsieur le chef d'Option national.

    *de CAQÉFL: Coalition Avenir Québec - Équipe François Legault.