Libre opinion - Histoire : la consultation invisible…

Saviez-vous que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) sollicite votre avis au sujet de la réforme de l’enseignement de l’histoire nationale au primaire et au secondaire ? Tout porte à croire que non.

 

Le 2 septembre, la ministre Marie Malavoy annonçait son intention de réformer l’enseignement de l’histoire. De plus, elle déclarait : « On veut écouter la population, qui a des choses à dire. C’est un enjeu qui concerne tout le monde. » Cette consultation publique est hébergée sur le site Web du MELS depuis le 11 novembre, et ce, jusqu’au 13 décembre.

 

Le MELS dispose d’une foule de moyens pour inviter la population sur son site Internet : publicité et avis dans les médias ; compte Twitter ; points de presse ; une annonce à l’Assemblée nationale ou sur un site Internet comme Portail Québec. Or, à ce jour, le seul moyen employé par le MELS pour rejoindre le grand public est l’envoi d’un communiqué de presse daté du 8 novembre. Seul Le Soleil a relayé le communiqué.

 

Les médias nationaux ont passé outre au lancement de la consultation. Dès lors, un minimum de publicité aurait été nécessaire pour aviser les Québécois. Autrement dit, pour la consultation sur l’histoire, le gouvernement a dépensé deux millions de moins en frais publicitaire que pour le projet de la charte. Pourtant, la publicité sur la charte a été « payante » : on a recueilli 26 305 commentaires. Sans publicité, combien en recueillera le MELS ?

 

Au-delà du budget publicitaire, il aurait été facile pour le MELS d’annoncer gratuitement sa consultation à ses 3710 abonnés sur Twitter. On refuse de le faire. Cette semaine, le responsable m’a fait savoir que la diffusion du communiqué de presse permettait d’obtenir l’attention désirée. Un communiqué relayé par une seule journaliste !

 

Contrairement à d’autres consultations publiques, celle sur l’enseignement de l’histoire a été invisible durant la session parlementaire qui a pris fin vendredi. Aucun député — et au premier chef Marie Malavoy — n’a parlé de cette consultation en point de presse ou à l’Assemblée nationale.

 

Enfin, le MELS aurait pu s’inspirer de la dernière consultation publique sur l’enseignement de l’histoire qui a été dirigée par l’historien Jacques Lacoursière en 1995. Mandatés par le PQ, Lacoursière et son groupe de travail ont organisé des audiences publiques qui ont été publicisées dans six quotidiens. Selon le rapport Lacoursière, la publicité a porté ses fruits : « La présence constante du public au cours des journées d’audience et les demandes de renseignements reçues tout au long des travaux du groupe de travail témoignent du grand intérêt que la population porte à l’amélioration de l’enseignement de l’histoire. »

 

Pendant 28 jours, le MELS s’est efforcé de rendre invisible sa consultation publique sur la réforme de l’enseignement de l’histoire. Cette stratégie aura vraisemblablement des conséquences sur le nombre de commentaires recueillis. Néanmoins, il vous reste jusqu’à vendredi pour participer. Vous auriez sûrement aimé le savoir plus tôt.


Raphaël Gani - Étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université Lava
Lettre envoyée le 8 décembre

 

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5 commentaires
  • Normand Ouellet - Inscrit 13 décembre 2013 08 h 31

    Interpréter : Faire parler les faits


    La terre tourne sur elle-même et gravite sur un axe autour du soleil. Nous avons ainsi un jour de 24 heures et une année de 365,25 jours. L’histoire devient simple et limpide dans les situations de consensus. Remarquez que nous pouvons avoir tous torts et faire consensus!

    Toutefois, plusieurs controverses ou incertitudes existent quant au sens à donner aux faits. Les conflits et les guerres ou les changements climatiques en sont des exemples. Dans ces cas, les gagnants de la guerre ou les puissants de ce monde seront ceux qui donneront la version officielle de l'histoire. Ainsi, l'interprétation des faits forge l'histoire et l'idée qu'il n'y ait qu'une vérité universelle est malmenée.

    C’est pourquoi, malgré le registre des faits, plusieurs croient que l'histoire est un construit de la réalité qui est rarement neutre et objectif car les idéologies et les intérêts donnent des ambiances aux faits pour construire l’histoire. Nous avons donc plusieurs versions des évangiles modernes! De plus, on capte certains faits et on en ignore d’autres selon notre perception. Le registre des faits est malheureusement toujours partiel.

    Dans notre société pluraliste, il devient de plus en plus difficile de partager la même interprétation des faits. C'est pourquoi l'enseignement de l'histoire aux futurs citoyens suscite tant de controverse. L'éducation est devenue une programmation.

    L’analyse des controverses est fort instructive pour décoder les divers partis pris sur les enjeux de notre monde et sur la puissance des acteurs en présence. Le débat sur la « Charte de la laïcité » est un autre exemple d’une controverse. La guerre idéologique consiste à convertir le plus de sujets possibles à une culture ou à une vision du monde qui devient alors, la perception majoritaire de la réalité construite. C'est en quelque sorte une sorte une guerre de religions ou d’idéologies. Tout comme Hollywood, plusieurs réseaux font un travail superbe pour nous divertir avec des histoires.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 13 décembre 2013 09 h 05

    Manifestement, ils ne voulaient pas trop attirer l'attention

    "Cette semaine, le responsable m’a fait savoir que la diffusion du communiqué de presse permettait d’obtenir l’attention désirée."

    Voilà! Tout s'explique.

  • Christophe Horguelin - Abonné 13 décembre 2013 10 h 24

    Et bonne chance pour trouver l'endroit où s'exprimer sur le site du MELS! Le communiqué annonçant la consultation ne donne que la page d'accueil du site. Si quelqu'un trouve, affichez-le ici.

  • Patrick Lépine - Inscrit 14 décembre 2013 09 h 59

    Du caractère "publique" du Ministère...

    Lorsqu'un ministère comme le MELS se croit obligé de crypter l'adresse de participation à ce qui se voudrait une consultation "publique", il y a de sérieuses questions à se poser.

    C'est pourtant ce que l'on découvre en observant le code informatique utilisé en guise d'adresse courriel.

    Est-ce pour déjouer les visées de l'opposition libérale? Est-ce pour éviter de devoir enregistrer d'ennuyeux propos avancés par les citoyens?

    Est-ce qu'il ne s'agit pas plutôt de fraude à l'encontre de ceux-ci?