Libre opinion - Beaucoup de questions demeurent sans réponse

Il y a une semaine à peine, tous les médias s’alarmaient, avec raison, des découvertes du Vérificateur général du Québec dans les livres comptables de Tourisme Montréal. En plus des malversations dont est soupçonné l’ancien p.-d.g., il subsiste des éléments troublants dans cette affaire qui amèneront, je le souhaite, des éléments de réflexion et de refonte de la gouvernance des organismes à but non lucratif (OBNL) grassement financés par des fonds publics.

 

L’ancien président Jacques Parisien a affirmé sans gêne aux médias que le conseil d’administration n’avait pas un grand intérêt pour la gouvernance. Cette remarque est loin d’être anodine. Les membres du conseil d’administration (CA) de Tourisme Montréal sont des gens d’affaires d’expérience et l’on clame, depuis plusieurs années déjà, que ces « hommes et femmes d’affaires » feront la différence dans les CA d’organismes à but non lucratif pour les soutenir dans leurs pratiques de gestion. (Belle réussite chez Tourisme Montréal !) J’ose croire qu’il ne parlait pas au nom de tous les membres du conseil d’administration.

 

J’enseigne la gouvernance aux OBNL culturels et communautaires depuis plus de dix ans. J’ai été interpellée à plusieurs reprises pour aider des gestionnaires et membres de CA à se sortir de crises financières ou de crises de gouvernance. Je n’ai pourtant pas encore vu autant d’insouciance et de complaisance que ce que j’ai lu et entendu chez Tourisme Montréal. Les bailleurs de fonds auraient-ils toléré ce genre de révélations pour un organisme communautaire ou culturel de moyenne ou petite taille ? Il y a de fortes chances que l’on aurait coupé les vivres de cet organisme !

 

Pourtant, dans le dossier de Tourisme Montréal, il reste encore beaucoup d’explications à donner et de questions à résoudre. En voici quelques-unes en rafale.


Où sont l’impartialité, l’indépendance, la surveillance?

 

Tourisme Montréal reçoit 30 millions d’argent public (la taxe sur les nuitées, n’en déplaise à National, c’est de l’argent public). C’est beaucoup d’argent pour vendre Montréal à l’étranger. C’est peut-être efficace, mais est-ce efficient ? Peut-on avoir accès aux états financiers de Tourisme Montréal… ils devraient, il me semble, être disponibles sur leur site Web, pourtant, on ne les trouve pas.

 

Autre question : pourquoi le ministre a-t-il nommé un membre du CA actuel (partie prenante à l’absence de vigilance) comme président par intérim ? Un membre externe n’aurait-il pas été plus « neutre » ? Comment se fait-il qu’il n’y ait pas eu de comité de rémunération dans un OBNL de cette taille ?

 

Comment peut-on expliquer que rien n’ait été dévoilé par les autres dirigeants ou les auditeurs depuis plus de vingt ans ? Y a-t-il un contrôleur financier dans un organisme qui bénéficie d’un budget de trente millions ? Le stratagème est-il récent ou existe-t-il depuis des années ?

 

Finalement, allons-nous remettre en question les nominations « politiques » des membres de CA de ces organismes ? Comment parler d’impartialité et d’indépendance quand on est choisi par la classe au pouvoir ?

 

Un CA, qu’il soit bénévole ou rémunéré, a des responsabilités et des devoirs, il est le gardien des ressources financières, il a une obligation de surveillance, de vigilance, pas de représentation ou de complaisance.

 

Je souhaite ardemment que cette situation amène nos élus à réfléchir au mode de gouvernance en vigueur dans plusieurs organismes qui n’existent que par le soutien financier très généreux de l’État. Une dernière question : les nominations politiques dans ce type d’OBNL, ça sert à qui ?

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