Libre opinion - Monsieur Labeaume, donnez l’exemple

Je suis citoyen de la Ville de Québec. Comme contribuable, je suis donc interpellé par la croisade dans laquelle vous vous êtes lancé en vue de réformer les régimes de retraite de vos employés municipaux.

 

Le 10 novembre dernier, sur les ondes de Radio-Canada, à l’émission Les coulisses du pouvoir, vous déclariez : « C’est le plus gros problème financier de toutes les villes du Québec… J’ai décidé de le prendre de front… Comment peut-on accepter que la classe moyenne à Québec, dont les deux tiers ne possèdent pas de fonds de pension, paie la totalité de ceux des employés de la Ville, incluant les déficits passés? C’est une totale injustice. »

 

D’emblée, je souscris à votre démarche. C’est un fait indéniable que les employés de la Ville, tout comme ceux de plusieurs autres, jouissent de conditions de travail qui dépassent de 30 % à 35 % celles offertes aux employés de l’État québécois avec lesquels ils devraient pourtant être à parité, sinon tout près. Sur le plan social, un tel déséquilibre est malsain.

 

Dans le but d’optimiser vos chances de succès, je crois sincèrement que vous devriez d’abord vous faire le chef de file pour que soient révisées en profondeur les conditions de travail auxquelles vous avez droit comme élu municipal. En effet, ce que vous dénoncez et déclarez injuste en rapport aux employés municipaux s’applique tout autant et même davantage aux élus des municipalités. Je m’explique. D’abord, vous bénéficiez d’un régime de retraite, le RREM, qui requiert de votre municipalité une contribution de 20,75 % de votre salaire. De plus, tout comme les 14 élus qui viennent de cesser leur vie politique, vous aurez droit à une généreuse allocation de départ au terme de la vôtre.

 

Avec les élus provinciaux et les juges de la Cour du Québec, aucun autre groupe de salariés n’a droit, au Québec, à des conditions de retraite et de départ aussi généreuses ; vous êtes dans une classe à part. Celles de vos employés ne font pas le poids en comparaison.

 

Autre point majeur, vous estimez que les employés devraient financer leur régime de retraite à parts égales avec la Ville, ce qui n’est pas une demande déraisonnable ; les employés de l’État sont assujettis à un tel partage depuis 1982.

 

Par contre, en ce qui concerne votre propre régime, vous y versez une cotisation qui représente 6,15 % de votre salaire et financez ainsi à peine 23 % des coûts. Si vous deviez vous appliquer ce que vous demandez à vos employés, votre cotisation serait majorée à 13,45 % de votre salaire. Seriez-vous prêt à renoncer à 7,3 % de votre salaire pour être sur le même pied que vos employés ?

 

En conclusion, je réitère que vous devriez d’abord « prendre de front » vos propres conditions de retraite et de départ avant d’agir ainsi envers celles de vos employés. En donnant l’exemple, vous vous rendrez crédible à la fois envers vos employés et vos citoyens et, surtout, vous aurez laissé un modèle ainsi qu’un héritage de grande valeur à tous les citoyens du Québec ; nous en avons bien besoin par les temps qui courent.

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