Libre opinion - Pour l’assurance d’une autonomie: la nutrition

On nous répète constamment qu’avec le vieillissement inéluctable de la population les coûts de santé vont exploser. Comme si la courbe des coûts allait suivre la courbe d’augmentation des « vieux ». Mais qu’en est-il de toutes les données probantes qui nous indiquent les voies à suivre pour un vieillissement en santé. Les oublie-t-on pour faire rouler « l’économie de la maladie » ?

 

Les deux éléments majeurs contribuant à un « beau » vieillissement sont connus : l’exercice et l’alimentation. J’irai plus loin cependant. Je parlerai de nutrition plutôt que d’alimentation.

 

Mon expérience de plus de trente ans dans le réseau de la santé m’a amenée à constater que le rôle des nutriments est soit inconsidéré, soit banalisé. Ce n’est pas parce qu’une personne « mange bien » qu’elle comble ses besoins en nutriments. La nutrition est absente de l’équation même si elle est considérée comme un acquis. C’est ainsi que je vois (trop) souvent des patients avec un bas statut en vitamine B12 ou en vitamine D; ou, au contraire, avec trop de vitamine D ou de calcium dans le sang, car on a appliqué un protocole sans tenir compte des apports et des médicaments du patient ; que je m’inquiète de l’effet des médicaments sur des nutriments, et il y en a beaucoup ; que je « devine » une carence en nutriment par le seul comportement ou par les symptômes du patient ; que je me bats pour traiter une carence précocement avant qu’elle ne s’aggrave ; que j’essaie de défaire des conseils inadéquats et même nuisibles ; que je réajuste des suppléments, prescrits ou non, qui dépassent les apports maximaux tolérables (AMT). Je pourrais continuer longtemps.


Carence en B12

 

Pour ce qui est de la seule vitamine B12, Santé Canada nous dit que 10 à 30 % des personnes âgées ont un faible statut en B12 et que cette vitamine devrait être fournie par des aliments enrichis ou des suppléments, à partir de 50 ans. Une carence en B12 entraîne de la démence et des problèmes cardio-vasculaires. Le hic, c’est qu’on ne s’entend pas sur la valeur « normale » de B12. Pendant qu’on s’obstine sur celle-ci, 45 % des patients que je vois ont une B12 « possiblement » non optimale. En tout cas, ils en ont les symptômes.

 

Pour la vitamine D, un patient aura la chance d’en recevoir (trop parfois) s’il a un diagnostic d’ostéoporose. Un déficit d’apport de plusieurs années ne rentre pas dans le protocole. Pourtant, il en a certains symptômes.

 

On sait depuis longtemps que les taux de malnutrition sont élevés chez les aînés. Le présent Groupe de travail canadien sur la malnutrition nous le dit encore. La perte de poids est un élément majeur de cette malnutrition. Le poids est une donnée qui coûte peu à récolter, mais qui dit beaucoup. Pourtant, des aînés ayant perdu beaucoup de poids (pour quelque raison que ce soit !) qui ne sont pas dirigés vers une nutritionniste et des patients hospitalisés rarement pesés sont deux réalités encore très présentes en 2013, alors que c’est la base. Imaginez comment on peut être loin de se soucier des carences possibles en nutriments et de leurs symptômes. Quand on le fera, on aura oublié qu’il y a longtemps, les nutritionnistes en parlaient déjà.

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