Libre opinion - Potentiel biogazier du Québec: l’exemple de la Suède

En réponse à ses objectifs de réduire des gaz à effet de serre (GES), de valoriser ses déchets organiques et d’encourager la production du seul carburant véritablement écologique, le gouvernement du Québec subventionne depuis 2008 l’implantation d’usines de biométhanisation, une force de gaz naturel renouvelable issu de nos déchets organiques (non fossile). Or, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC, voir irec.net) a publié récemment une étude sur ce secteur dont l’angle d’analyse et le ton général s’avèrent étonnants. Il faut considérer davantage celle-ci comme une demande d’aiguillage du programme plutôt que comme un portrait réel du développement de la filière de biométhanisation au Québec. L’IREC tient uniquement compte des données actuelles (dans trop de cas indisponibles) sans tenir compte des diverses considérations d’une filière complexe et naissante au Québec.

 

À titre d’exemple, l’IREC fonde son calcul du potentiel biogazier sur les conditions actuelles de développement de la filière et selon les conditions exigées par le gouvernement du Québec. Ce calcul du potentiel gazier et organique de l’IREC tient uniquement compte de la situation actuelle plutôt que « potentielle ». Or, il suffirait que le ministère du Développement durable, de l’Environnement de la Faune et des Parcs (MDDEFP) élimine la norme de l’utilisation maximale de 10 % de déchets agricoles dans les biodigesteurs municipaux pour que le potentiel change du tout au tout.


Similitudes importantes

 

L’IREC aurait gagné à évaluer plutôt le potentiel biogazier du Québec en le comparant à celui de la Suède, les deux ayant des similitudes importantes du point de vue de leurs ressources naturelles et de la taille de leur population. En 2011, la production annuelle de biogaz et de biométhane en Suède était de 135 millions de mètres cubes par an et devrait atteindre près de 300 millions de mètres cubes par an en 2015 (Biogas portalen, portail suédois d’information sur le biogaz et le biométhane, voir biogasportalen.se). La Suède développe actuellement la reméthanisation des déchets forestiers par gazéification. Energigas Sverige indique que le potentiel pourrait atteindre alors un total théorique qui se situerait à plus de 7000 millions de mètres cubes, soit plus que la consommation actuelle de gaz naturel au Québec. Loin de rejeter la filière de biométhane, le Québec ferait bien de considérer également le développement de la gazéification, une fois les usines de biométhanisation bien implantées.

 

L’étude s’interroge aussi sur la proximité des usines alors que cela ne pose aucun problème. L’accès aux intrants organiques de la MRC des Maskoutains (Saint-Hyacinthe) n’est pas de la même provenance que celui des MRC Vallée-du-Richelieu et Beauharnois (exemples cités dans l’étude). De plus, il est logique d’avoir des biodigesteurs distincts pour les déchets organiques (Varennes) et les boues des eaux usées (Mont-Saint-Hilaire). Dans le premier cas, le digestat s’avère de très haute qualité pour l’agriculture alors que le second devrait être réservé à des usages non agricoles, comme le recommande, entre autres, l’industrie laitière en Suède.

 

Rappelons que la biométhanisation est une filière naissante au Québec, ce qui explique sans doute l’apparence de désorganisation et la non-disponibilité de certaines données pour l’instant. Par ailleurs, la production d’énergie est une responsabilité fort récente des municipalités, ce qui multiplie d’autant les possibilités « d’essais et erreurs ». C’est ce qui explique également la profusion de modèles théoriques de rentabilité, dont seuls certains mèneront à un projet réel.


Nouvelle concurrence

 

La conclusion vantant le compost semble expliquer le sens de l’étude. L’arrivée de la biométhanisation menace cette industrie qui, de l’avis même de l’IREC, a souvent eu mauvaise presse… et auxquels certains échecs ont apporté des fondements légitimes. On peut comprendre alors leur inquiétude et la nécessité de décrier une nouvelle concurrente, d’autant plus que celle-ci permet aussi la production de carburant écologique qui peut remplacer le gaz de schiste et le mazout en transport.

 

L’étude a toutefois son mérite dans le fait qu’elle met au jour la nécessité d’avoir un portrait global actuel de la filière de biométhanisation, y compris au niveau économique, et ce, afin de s’assurer que celle-ci se développe adéquatement et plus rapidement.

7 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 25 novembre 2013 09 h 39

    Le bio-GNV – Une option à exploiter

    « la production de carburant écologique qui peut remplacer le gaz de schiste et le mazout en transport »

    Avec sa religion du tout électrique dans les transports, le gouvernement du Québec fait probablement fausse route, délaissant des options beaucoup plus intéressantes. Le GNV (gaz naturel pour véhicule) et plus particulièrement le bio-GNV (gaz issu de la biométhanisation et revalorisation des déchets organiques) font partie de ces options.

    Si seulement on regardait du côté des technologies existantes (le rail et le trolleybus), le choix de l'électricité serait justifié. Or, on préfère les mirages – voitures individuelles et autobus rechargeables – et des biogaz, il n'en est pas question.

    Prenons le cas de l'autobus. Si l'option n'était pas viable, on n'assisterait pas à une progression marquée et constante du nombre de véhicules au GNV, et ça, dans pratiquement toutes les parties du monde (on ne peut pas en dire autant de l'autobus électrique rechargeable, condamné au statut de prototype ou de petit véhicule d'appoint dans des parcs d'attraction). Il faudrait d'ailleurs surveiller le cas des États-Unis, où le boom des gaz de schiste pourrait amener les villes à se tourner vers la motorisation GNV et non électrique.

    • Sylvain Auclair - Abonné 25 novembre 2013 09 h 54

      Vive le transport électrique ferroviaire, et le chauffage au gaz vraiment naturel!

    • J-Paul Thivierge - Abonné 25 novembre 2013 13 h 00

      Si on en profitait pour produire le maximum de biométhane Québécois et l'injecter dans le réseau de Gazmétro au lieu de produire de l'électricité dont on a de grands surplus.
      ( H-Q doit payer 10¢ du KWh à www.innovente.ca pour de l'électricité non requise.)

  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 25 novembre 2013 10 h 58

    Un modèle à suivre pour nous au Québec !


    Tu as mille fois raison, Kim, de nous le rappeler.

    À mon avis, seule notre détestable ignorance « collective » des extraordinaires réalisations économico-écologiques de ce tout petit pays de 10 millions de Scandinaves (vivant au nord de l'Europe) nous empêche de nous en inspirer - à titre de l’un des « meilleurs au monde » - pour l’imiter au MAX !

    Écolosociétalement,

    Daniel Clapin-Pépin
    Écologiste humaniste altermondialiste coopérativiste postcapitaliste
    Professeur de gestion + éthique + comptabilité environnementales
    Département des sciences comptables
    École des sciences de la gestion
    UQAM

  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 25 novembre 2013 11 h 24

    Une nouvelle industrie au Québec?

    Bonjour,

    Bien sur que la fabrication de biogaz est rentable s’il s’agit d’un commerce intégré; c’est-à-dire qu’il compte de toutes les étapes qui sont;

    1° la recollection domestique, commercial et industrielle ainsi que les déchets dangereux ou radioactifs médicaux ou industriels.
    2° Le triage, la réparation et le recyclage
    3° le traitement biologique et le recyclage des eaux et lixiviés
    4° la séparation, la récupération des métaux lourds précipités
    5° L’incinération et l’inertisation au plasma et à la silice les matières dangereuses.
    6° la disposition permanente par stockage.
    7° la production, la récupération, le traitement et la commercialisation du gaz naturel (biogaz).

    C’est un commerce de haute technique où le Canada est un pionnier et propagateur de ces techniques dans le monde.

    Bonne chance.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 25 novembre 2013 13 h 04

      Selon moi c'est un non sens illogique de continuer à inciter ainsi l'utilisation du biométhane
      quand le Québec doit en importer de l'ouest pour 2 G$ par année
      Utiliser le biométhane pour chauffer au lieu de produire de l'électricité dont on a de grands surplus.

      H-Q doit payer 10¢ du KWh à innovente pour de l'électricité non requise. [www.innovente.ca]

  • René Pigeon - Abonné 26 novembre 2013 14 h 28

    Productions ET utilisations des biogaz rentables

    Je crois que les évaluations de l’IREC sont justes en qui touche la production. La contribution des bio-méthanes sera sans doute marginale. Mais ce ne serait pas une erreur d’investir dans des filières marginales si la production ET l’utilisation des bio-méthanes étaient rentables en comparaison avec les solutions de rechange qui s’offrent aux étapes de production ET d’utilisation. Ce n’est pas du tout le cas !
    Les filières de production du combustible : Épandre les résidus solides sur les sols agricoles après un traitement aussi peu couteux que le compostage est plus utile et rentable que d’effectuer une transformation complexe qui engendre des pertes importantes comme la fermentation en plusieurs gaz : le méthane, le CO2 et autres gaz inutiles. En revanche, la fermentation est plutôt nécessaire pour valoriser les résidus liquides comme le fumier de porc.
    Les filières d’utilisation du combustible : Chauffer au biogaz sans purification complète des gaz inutiles (autres que le méthane) pour des usages qui consomment été comme hiver afin de ne pas exiger un couteux stockage est plus efficace et rentable que compresser pour alimenter des véhicules spécialement modifiés pour consommer un gaz. Construire un réseau de ravitaillement pour un gaz comprimé est aussi inefficace que couteux. Par contre construire un réseau de ravitaillement pour le gaz liquéfié est efficace et rentable pour les véhicules qui consomment beaucoup et circulent sur des trajets qui minimisent le nombre de postes de ravitaillement et qui maximisent le débit s’écoulant à travers ses équipements beaucoup plus couteux que ceux que l’on construit pour le ravitaillement en carburants liquides ; exemples : les camions interurbains sur le corridor Québec-Chicago, les traversiers, les locomotives, les taxis.
    Il faut valoriser les matières premières en effectuant le minimum de transformation. L’électricité est attrayante pour les transports moins parce que le Québec a un surplus mais plutôt parce qu’elle