Libre opinion - N’oublions pas le népotisme

On parle beaucoup de la corruption désormais légendaire à la Ville de Montréal, mais on parle malheureusement beaucoup moins de son petit frère, le népotisme.

 

En tant qu’ancienne employée au centre d’appels de la Ville de Montréal (2008-2010), j’ai été témoin d’irrégularités flagrantes dans la dotation, et ce, à l’encontre de la réglementation interne. Après mon départ, j’en ai informé la Commission de la fonction publique municipale, qui m’a donné raison. À ce moment, le service venait de fermer pour rouvrir ailleurs avec du tout nouveau personnel, et ce renouvellement était une très bonne chose.

 

Le centre d’appels avait engagé des diplômés d’université à des postes d’agents de communication sociale auxiliaires qui requéraient une 5e secondaire, et des personnes sans études à des postes de cadres superviseurs qui requéraient un baccalauréat. Non seulement quatre de nos superviseurs sur cinq n’avaient pas d’études (dont un qui savait à peine écrire), mais plusieurs d’entre eux n’avaient pas reçu la formation et n’avaient pas d’expérience d’agent de communication sociale. Certains superviseurs nous donnaient avec insistance des consignes en contradiction avec notre formation. Un de nos superviseurs, plus honnête que les autres, a rapidement démissionné en me confiant : « Je trouvais que je n’avais pas de crédibilité, puisque je ne savais pas faire votre travail. » Mon directeur syndical d’alors m’a expliqué qu’il s’agissait de cadeaux pour services obtenus. Cette situation créait une ambiance telle que des plaintes de harcèlement ont commencé à fuser de toute part.

 

À nous, les diplômés, la Ville faisait miroiter des possibilités d’avancement. « Vous êtes la pépinière de la Ville », nous avait-on promis lors du discours de bienvenue. Au bout de trois ans de ce régime, la plupart de mes collègues et moi nous sommes rendus à l’évidence : les chances d’avancement étaient quasi nulles et au moins deux d’entre nous sur une demi-douzaine ont démissionné avant que le patron de ce service lui-même ne le fasse.

 

Pour le citoyen, contribuable, cela signifie des employés incompétents et du gaspillage de ressources humaines. Et l’exemple que je donne ici n’est pas un cas isolé. J’ai signalé un chef de division en dehors de mon service qui me paraissait sous-qualifié. Une fois de plus, la commission m’a donné raison. Heureusement, l’embauche à la Ville a depuis été centralisée au capital humain. Mais est-ce que cela garantit qu’il n’y a plus de personnel sous-qualifié et qu’il n’y aura plus de népotisme à la Ville ? Que compte faire la nouvelle administration pour corriger et prévenir cette gangrène qui a rongé la qualité de notre fonction publique et des services municipaux de Montréal ?

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2 commentaires
  • Sébastien Paquin - Inscrit 8 novembre 2013 04 h 11

    ...

    «Que compte faire la nouvelle administration pour corriger et prévenir cette gangrène qui a rongé la qualité de notre fonction publique et des services municipaux de Montréal ?»

    Rien.

  • Michel Vallée - Inscrit 8 novembre 2013 12 h 34

    Le népotisme… Sous un vocable familier, on appelle ça du piston…


    Être pistonné pour obtenir un boulot est souvent une terrible injustice.

    Je me rappelle avec amertume, étant jeune, des camarades aussi peu qualifiés que moi à l’époque, et qui pourtant décrochaient des emplois rémunérateurs simplement grâce aux influences familiales, alors que je faisais figure d’idiot avec mon emploi intérimaire digne d’un forçat payé au salaire minimum.

    À l’époque, la fonction publique était un bel exemple de népotisme (je songe notamment à la SAQ, à Poste-Canada, ainsi qu’aux services municipaux de la voirie). Le privé n’est pas en reste non plus, car de mon temps c’était les liens familiaux qui avaient préséance sur l’embauche à la Pratt & Whitney.