Libre opinion - La laïcité, une garantie d’égalité pour les minorités sexuelles

Les soi-disant « inclusifs » ont été critiqués dans le présent débat sur une charte de la laïcité du fait qu’ils ne parlent jamais des minorités sexuelles, mais uniquement des minorités religieuses et ethniques dans leur vision de la diversité au Québec. Les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles, transgenres (LGBT) ont pourtant tout à gagner de l’affirmation de la laïcité qui a permis l’affirmation de leurs droits. Elles sont aussi très préoccupées par le retour du religieux dans les affaires de l’État, que ce soit avec l’infiltration des intégristes religieux dans le Parti conservateur au pouvoir à Ottawa, ou avec les accommodements religieux dans nos lois ou organismes publics et parapublics. Et pourtant, dans l’analyse de nos soi-disant « inclusifs », c’est le silence radio sur ces enjeux. Il faut toutefois admettre que ces enjeux sont difficiles à concilier avec la défense tous azimuts des privilèges religieux dont ils se font les croisés.

 

Et quand ils s’improvisent en la matière, c’est, semble-t-il, pour étaler leur ignorance. C’est ce qu’on retrouve dans la tribune libre de Rémi Bourget, le président-fondateur de Québec inclusif, « Un combat pour la liberté », où il tente de convaincre les lecteurs et lectrices que de refuser le port de signes religieux par des éducateurs et éducatrices en garderie serait du même ordre que de refuser d’avoir des homosexuels comme éducateurs. Comparant l’homophobie et la soi-disant islamophobie, il pose la question : « Sur le fond, existe-t-il une différence entre la première et la deuxième ? »

 

Il est pathétique de devoir répondre à cette question. Eh bien oui, Monsieur Bourget, il y a une différence sur le fond. L’orientation sexuelle n’est pas un choix, pas plus que le sexe, l’origine ethnique ou la couleur des yeux. La religion, les idées politiques, la langue, elles, font l’objet d’un choix. On ne peut pas, contrairement à ce que semblent croire les parlementaires russes, faire la propagande de l’homosexualité, mais on fait la promotion de sa religion ou de ses idées politiques. L’orientation sexuelle n’est pas chargée idéologiquement. On trouve des gais de toutes idéologies, idées politiques ou religions. Et contrairement à vos clichés méprisants, les gais ne portent pas tous « des chandails roses, des V-neck, des pantalons arc-en-ciel ».

 

Par contre, les religions sont chargées idéologiquement et elles ont parfois des représentations vestimentaires. La preuve en est que les principales religions se sont toutes exprimées contre les droits des LGBT jusqu’en Cour suprême du Canada. Compte tenu de leur sexisme, de leur homophobie et de leur transphobie rampantes, on peut donc légitimement s’inquiéter de la banalisation de la représentation de différentes religions qui servent de motivations pour attaquer les droits LGBT, comme ce fut le cas à Pointe-Claire contre le couple Thibault-Wouters. Souhaite-t-on que les services publics servent à faire la promotion (passive ou active) de telles idéologies porteuses de discrimination et de haine ? Non. Au contraire. Nous croyons qu’il faut imposer un devoir de réserve aux employées et employés de ces services.

 

Vous dites aussi qu’« à l’heure actuelle, les droits fondamentaux sont tous égaux entre eux ». Devons-nous vous rappeler que l’orientation sexuelle ne figure nulle part dans la Charte canadienne des droits et libertés, contrairement à la Charte québécoise ? C’est l’interprétation des tribunaux qui a élargi la notion de sexe à l’orientation sexuelle. Vous conviendrez, j’espère, que si la contre-révolution conservatrice atteint ses objectifs, si les religions homophobes continuent de gagner du terrain au sein de la population, la composition de la Cour suprême pourrait changer et cette interprétation pourrait être révisée sans le moindre changement constitutionnel. Alors de dire que « les droits fondamentaux sont tous égaux », c’est un grossier mensonge puisque la liberté de religion, elle, est garantie noir sur blanc dès les premiers articles de la Charte canadienne.

 

Devons-nous aussi vous rappeler qu’en vertu du Code criminel canadien, certains sont déjà plus égaux que d’autres dans l’expression de leurs convictions ? Puisqu’en vertu de l’article 319.3.b du Code criminel (qui n’est pas près d’être modifié), on peut tenir des propos haineux à l’égard des LGBT en se réfugiant derrière ses « textes religieux » ? Nous devons, nous, vivre avec cet accommodement fait aux religions qui nous méprisent et qui attaquent notre dignité chaque jour de notre vie. Est-ce votre conception de l’égalité des droits ?

 

Alors, votre comparaison ne tient pas la route. La meilleure garantie de nos libertés, c’est l’affirmation de la laïcité de l’État. Cette neutralité doit être reflétée par les employées et employés de l’État, et elle impose un devoir de réserve quant à l’expression de ses croyances religieuses, tout comme cela s’impose déjà pour les convictions politiques ou autres, a fortiori quand les croyances religieuses affichées sont porteuses de discriminations, voire de haine à l’égard de certains groupes identifiables comme les « homosexuels ». La laïcité, encore à parfaire et que cette Charte ne réalisera pas complètement, c’est pour nous la meilleure garantie de nos droits, de notre liberté et de notre réelle égalité.

 


Ont signé ce texte: Daniel Baril, Michel Bazinet, Djemila Benhabib, Michelle Blanc, Lise Boivin, Stéphane Casselot, Éric Debroise, André Delcambre, Manon Deschênes, Richard F Desrosiers, Nathalie Di Palma, Jean Fortin, Johanne H. Gaudreault, Christian S. Généreux, Yvon Goulet, Maggye A. Gravel, Paul Haince, Claude Jodoin, Laurye Hanson, Marc Labrèque, Mathieu Laca, Philippe Laplante, Bernard LaRivière, Serge Jean Laviolette, Jean-Pierre Lord, Louise Mailloux, Jaque Parisien, Pierre Perreault, Daphné Poirier, Fouratia Rakia, David Rand, Pierre A. Renaud, Stephen-Guy Sévigny, Réjean Thomas, Gaétan Vaudry, et plus de 1400 autres signataires solidaires!

 

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

50 commentaires
  • Claude Verreault - Inscrit 7 novembre 2013 04 h 00

    Vous avez raison sur le fond...

    ...mais à une nuance près. Seules les langues maternelles ne font pas l'objet d'un choix; les langues secondes font toutes l'objet d'un choix, obligé ou volontaire.

    • Stéphane Laporte - Abonné 7 novembre 2013 13 h 11

      Un choix obligé? Ce n’est pas comme un oxymoron ça?

  • Catherine Paquet - Abonnée 7 novembre 2013 04 h 32

    Il n'y a pas de liens entre la laïcité de l'État et le port de signes religieux.

    Un État peut très bien déclarer et affirmer sa laïcité et ne pas intervenir sur la question des signes religieux. On peut mème soutenir que ce serait la meilleure façon de respecter l'esprit etla lettre des Chartes québécoise, canadienne et Onusienne.

    • Marc Lacroix - Abonné 7 novembre 2013 09 h 14

      Pensez-y un peu M. Paquet, votre commentaire serait-il une simple pétition de principe ? Quant à l'esprit des chartes, il faut réaliser que la vision qu'on a de celles-ci n'est pas impartiale et dénuée de préjugés; la vision anglo-saxonne n'est pas la vision française, la question est de savoir quelle est la vision qui nous correspond le plus !

    • André Chevalier - Abonné 7 novembre 2013 09 h 40

      Interdire les symboles religieux chez les employés de la fonction publique est une excellente façon d'affirmer la laïcité de lÉtat. On peut même soutenir que ce serait la meilleure façon de respecter la volonté du peuple nonobstant ce que disent les Chartes québécoise, canadienne, onusienne et toutes les élites intellectuelles patentées donneuses de leçons.

    • Claude Smith - Abonné 7 novembre 2013 09 h 42

      Vous sous-estimez l'influence que peuvent avoir les symboles dont font
      partie les signes religieux. J'en veux pour preuve l'usage qu'en font les agences de publicité. En d'autres termes, les signes religieux ne sont pas neutres.

      Claude Smith

    • M D - Inscrit 7 novembre 2013 12 h 17

      Monsieur Paquet, j'ai une très bonne expérience des réalités de la fonction publique du Québec. Je peux vous garantir que depuis 20 ans, certains bénéficiaires des services de l'État essaient d'obtenir les services des personnes qui correspondent à leur conviction religieuse. Par exemple, certains hommes qui ne veulent pas être servis par des femmes, ou des femmes qui ne veulent pas être servis par des hommes. J'imagine très bien qu'avec une généralisation des signes religieux ostentatoires, le problème serait encore plus grand, il y aurait des files d'attente devant telle personne qui arbore telle conviction, ou devant tel autre, car elle n'arbore pas telle conviction. On parle dans cet article des religions qui m'éprisent les homosexuels, pensez-vous que ces derniers seraient heureux d'être servi par des fonctionnaires qui arborent le signe d'une religion qui veut leur annihilation? Bref, la tour de babel n'est pas une solution, seul la neutralité apparente garantie la paix pour tous.

    • Gilles Théberge - Abonné 7 novembre 2013 12 h 56

      Il n'y a pas de lien monsieur Paquet, entre Dieu et le port d'un foulard, d'un turban ou d'un caluron. Il n'y a aucun dieu qui exige un code vestimentaire.

      Il y a par contre des religieux, et exclusivement des hommes notez-le, qui imposent ces comportements à des ouailles aujourd'hui encore, comme c'était le cas dans la société dans laquelle je suis né, et dans laquelle vous êtes né.

      Mes grands mères devaient se couvrir la tête pour entrer à l'Église. Mes grands mères se faisaient admonsester par un curé quand il jugeait qu'elles n'avaient pas assez d'enfants.

      Un jour on a compris que c'était de la foutaise. Et aujourdhui on a inventé cette nouvelle balloune des droits fondamentaux pour nous dire qu'on est des racistes et des xénophobes parce qu'on veut que la religion demeure dans la sphère privée?

      Parce qu'on ne veut pas qu'après avoir été mise dehors, les religions réinvestissent de nouveau la sphère publique en rentrant par la porte arrière?

      Quant à l'Islamisme, cela a été démontré amplement, notamment par Keppel, qu'il n'y a pas de distance, aucune distance, entre la religion et le politique. Ça ne vous dit rien ça?

      Et le pire c'est qu'il y a des Québécois pour jouer à ce jeu.

    • Brian LeCompte - Inscrit 7 novembre 2013 17 h 45

      Quand des factions intégristes religieuses prônent des principes et valeurs contre l'égalité, quand elles prônent l'intolérance et l'exclusion, je pense qu'il n'est pas excessif d'interdire leurs symboles dans les échanges entre l'État et ses citoyens.

      Depuis un siècle, le civil nous libère du religieux. Le divorce, la contraception, l'homosexualité, l'égalité des sexes, etc., démontrent le fossé qui se creuse entre la société civile évolutive et les croyances religieuses immuables.

      En effet, je crois qu'il n'est qu'une question de temps avant que nous soyons obligés d'hiérarchiser ces droits pour concilier le fossé entre les libertés civiles de tous et les diverses croyances de quelque-uns qui s'y oppose foncièrement. C'est dans cette optique que je trouve la démarche du gouvernement péquiste moderne et avant-gardiste, même si elle n'est pas inédite (France, Allemagne, Pays-Bas, etc).

  • Martin Simard - Inscrit 7 novembre 2013 06 h 33

    Changer de poste

    Désolé, mais j'ai changé de poste. J'étais tanné d'écouté la même "tune". D'ailleurs, je crois qu'il n'y a plus personne de très intéressé par ce sujet. En rajouter donnera assurément de la nausée.

    • Claude Smith - Abonné 7 novembre 2013 09 h 33

      Désolé M. Simard, je suis encore très intéressé par le sujet.

      Claude Smith

    • Stéphane Laporte - Abonné 7 novembre 2013 13 h 12

      En publiant cette réaction, vous en ajoutez tout autemps M.Simard.

  • Marc Lacroix - Abonné 7 novembre 2013 07 h 00

    La question du choix !

    Cette question se révèle fondamentale, je peux choisir ma religion, quant à mon orientation sexuelle je ne peux que choisir de la révéler ou non, je ne la choisis pas, je — la subis. Je m'explique mal qu'on puisse prétendre que les droits ne puissent être hiérarchisés, car tout dépendant de "ma religion" je peux considérer la femme comme devant se soumettre à son mari, ou je peux décider que la sodomie est passible de mort, car elle est un "crime devant Dieu". Comme nous le voyons, l'idée de placer la religion dans les premiers articles de la charte canadienne vient balayer l'idée que tous les droits sont égaux !

    Nous oublions dans nos discours que la mentalité "anglo-saxonne" a fortement teinté notre conception de "droits et de libertés" et que les premiers colons européens venus coloniser l'Amérique étaient "des chrétiens" souvent puritains, anglicans... catholiques et si les "catholiques" étaient plutôt portés à favoriser l'uniformisation des croyances sous la férule du pape, les protestants en général rejetaient "l'uniformisation" et la considérait comme une forme de "tyrannie" d'où l'emphase sur "les droits religieux" qui vient semer la pagaille dans les autres droits. Comme nous le voyons, parler "d'égalité des droits" devient — une grossière simplification — de la question des droits.

    Cette simplification tient non seulement de la myopie de pensée, mais en démontre l'incohérence. Non seulement, le droit de choisir et de pratiquer sa religion n'est pas "égal" aux autres, il hiérarchise les autres droits — ça va mal au pays de la — prétendue égalité ! C'est pour se débarrasser de ce carcan religieux que notre société doit opter pour une stricte laïcité. En fait, ce sont les valeurs que se donne la société qui devraient régenter nos vies et la plupart des valeurs sont partagées par les différentes visions religieuses et laïques. Choisissons nos valeurs de société et laissons la religion dans l'espace privé !

    • M D - Inscrit 7 novembre 2013 12 h 23

      J'adhère à votre texte monsieur Lacroix, et j'ajouterai que si il y a une paix apparente au Canada malgré cet imbroglio de la charte canadienne, c'est uniquement parce que les tribunaux ont pris le relais pour mettre un peu d'ordre là dedans. Par conséquent, nous avons confié la démocratie à une pognée d'individu du système judiciaire.

  • Mohamed Lotfi - Inscrit 7 novembre 2013 07 h 05

    Je signe aussi!

    Je partage entièrement l'esprit de ce texte et je me permet de le signer aussi!
    On vient au monde avec une identité sexuelle.
    Par contre, on ne vient pas au monde religieux, on le devient.