Libre opinion - Réponse respectueuse aux «Janette»

«En ce moment, le principe de l’égalité entre les sexes me semble compromis au nom de la liberté de religion », écrivent les Janette dans leur manifeste. Or, opposer le droit à l’égalité à celui de la liberté de conscience est une faute. Un droit est un principe indivisible qui ne souffre ni l’opposition ni la subordination à un autre droit. En un mot comme en cent, il n’y a pas plus de hiérarchie de droits que de conflit de droits. Les droits se nourrissent et se fécondent les uns les autres : on les défend les uns ET les autres, on ne les conditionne pas les uns aux autres. Qu’il y ait un lien entre la sécularisation des mentalités et l’avancement des droits de la femme, nul ne le conteste, les clergés des trois religions révélées s’étant accaparé la condition de la femme depuis le péché originel : « Par elle, le mal est entré dans le monde » (Les Écritures).

 

Le Québec est, aujourd’hui, une des démocraties les plus avancées au chapitre des droits des femmes, comme d’ailleurs d’autres démocraties occidentales. Pourtant le Québec, comme le Canada et d’autres démocraties, ne jouit d’aucune législation laïque. Sous la Troisième République (1870-1940), l’État français avait instauré la laïcité la plus combative et la plus efficace qui soit : pourtant, durant cette période, la femme française subissait les mêmes entorses à l’égalité que la femme québécoise assujettie aux dogmes de l’Église. C’est dire qu’on ne peut conditionner les droits des femmes à la laïcité de l’État. La polygamie est interdite en Occident non pour cause de laïcité mais parce qu’elle est foncièrement inégalitaire. Thérèse Casgrain n’a jamais parlé de laïcité, elle n’en est pas moins la pionnière et la championne - et quelle championne ! - de la lutte pour les droits des femmes. Doit-on comprendre que Françoise David (et d’autres femmes avec elles) est contre les droits des femmes parce qu’elle ne partage pas la même conception de la laïcité de l’État ?

 

La liberté et l’égalité de tous devant la loi fondent la laïcité, elles ne lui sont pas exclusives. En conditionnant la cause des femmes à la laïcité de l’État, on affaiblit l’une et l’autre, on les relativise et on les banalise. Enfin, dire que la Charte des valeurs est une charte des femmes, pour les femmes, c’est un peu cavalier (sauf votre respect, Mesdames !) : la laïcité est la prise en charge par l’être humain (hommes et femmes) de ses lois et de ses institutions. Sans compter que l’homme est et doit être aussi engagé dans la lutte pour les droits (tous les droits) de la femme ! Pour rappel, le plus grand féministe de l’histoire est un homme : François Poullain de La Barre (1647-1725). Son ouvrage principal De l’égalité des deux sexes et de l’importance de se débarrasser des préjugés a inspiré nulle autre que Simone de Beauvoir, qui avait repris dans Le deuxième sexe la fameuse affirmation de Poullain : « L’intelligence n’a pas de sexe. »

 

Ni la femme ni l’homme n’ont le monopole de la laïcité : on rend un mauvais service à l’idée de laïcité en la réduisant à un auxiliaire de la cause des femmes, comme on rend un mauvais service à la cause des femmes en la conditionnant à la laïcité de l’État.

49 commentaires
  • Michel Bouchard - Inscrit 18 octobre 2013 01 h 39

    Une personne est un être humain.

    Une personne ( mot féminin ) est un être humain ( mot masculin ) . J'y vois une égalité d'une part comme de l'autre.

    • Patrick Lépine - Inscrit 18 octobre 2013 10 h 08

      Que faites-vous des "personnes morales" que sont les entreprises et corporations?

      "Êtres humains" elles aussi?

  • Jocelyne Lapierre - Inscrite 18 octobre 2013 02 h 57

    Mais qui parle de charte des femmes?!

    M. Haroum emploie un ton très paternaliste our faire un discours qui trahit son agacement à l'effet que des femmes expriment leur appuie à la charte qui veillera à la neutralité religieuse de l'État, la religion étant source d'asservissement, particulièrement pour les femmes. L'égalité des sexes ne peut êtee garanti sans la mise en place D'un état laïc. M. Haroum donne lui-même des exemples d'hommes qui ont tourné le dos à la religion pour s'affranchir et revendiquer des droits... et il dit maintenant aux femmes que la laïcité de l'État ne servira pas leur cause? Que de confusion et de contradiction...

    • Denis Marseille - Abonné 18 octobre 2013 10 h 25

      Il est trop facile de discréditer les propos en les traitant de paternaliste. Vous parlez de confusion, vous n'aidez pas à clarifier les choses... au contraire.

      La laïcité n'est pas seulement une affaire de femmes et le réduire à ça est une erreur trop véhiculée présentement. La laïcité place l'état et tout l'appareil étatique en dehors de toutes considérations religieuses. Autrement dit, l'état ne se contraint pas de la morale divine.

      Mais même hors de la morale divine, les femmes ne sont pas à l'abris de la morale des misogynes. C'est cela que l'auteur veut dire d'après moi.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 18 octobre 2013 10 h 37

      Monsieur Marseille, vous me prêtez des propos que je n'ai pas dit, et oui.

      Monsieur Haroum a écrit, et je cite, "Charte des femmes". Or, nul part, j'ai lu ou entendu qui que ce soit, à part lui, attribuer un tel nom à la Charte.

      Son message n'a nul autre but que de discrédité le discours des féministes qui rappellent au public l'importance de maintenir un État laïc et d'en assurer sa pérennité en adoptant une charte à cet effet, pour garder la religion séparée de l'État, la religion étant l'instrument qui a servi non seulement à asservir les populations et les contrôler, mais à reléguer les femmes dans un rôle de citoyenne de deuxième classe.

    • Denis Marseille - Abonné 18 octobre 2013 10 h 51

      L'auteur réplique aux janettes. Celles-ci ont comme argument principal que la charte est L'OUTIL afin de préserver l'égalité homme-femme.

      L'auteur leur dit que les femmes ne sont pas complètement à l'abri des misogynes même avec une charte des valeurs. Où a-t-il péché?

      Etes-vous certaine qu'il essaie de discréditer le discours féministe?

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 18 octobre 2013 11 h 04

      Oui, monsieur Marseille, car monsieur Haroum a créé de toute pièce l'expression "Charte des femmes", créant une diversion, et montrant son incompréhension du lien entre le maintien d'un État laïque et l'égalité des sexe (gardant séparés l'État et la religion, cette dernière étant l'instrument ayant servi à asservir les populations et reléguer les femmes aux rang de citoyennes de second ordre).

    • Michel Gagnon - Inscrit 18 octobre 2013 12 h 47

      Le dialogue entre Madame Lapierre et M. Marseille nous donne une autre version des «deux solitudes».

      Par ailleurs, je suis bien d'accord que la laïcité ne garantit pas de façon absolue qu'il n'y aura aucune entorse au principe de l'égalité homme-femme. Mais autant, dans notre société, tout gouvernement ou organisation qui a des positions discriminatoires basées sur le sexe ou l'orientation sexuelle est fortement dénoncé, autant ça semble inacceptable de dénoncer les grandes religions qui ont pourtant de telles positions. Pourquoi une entreprise, fonctionnant clairement et ouvertement avec des positions discriminatoires basées sur le sexe ou l'orientation sexuelle, ne devrait-elle pas être tolérée au nom du sacro-saint principe de liberté qui ne doit pas être hiérarchisé avec celui de l'égalité homme-femme?

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 18 octobre 2013 14 h 07

      Non, je ne dis pas n'importe quoi, monsieur Marseille, car ce titre à grande sensation médiatique de très mauvais goût n'est pas le mien; il est celui de La Presse, un article dont je n'ai jamais eu vent.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 18 octobre 2013 14 h 09

      Monsieur Gagnon,

      "Mais autant, dans notre société, tout gouvernement ou organisation qui a des positions discriminatoires basées sur le sexe ou l'orientation sexuelle est fortement dénoncé, autant ça semble inacceptable de dénoncer les grandes religions qui ont pourtant de telles positions."

      Vous avez mis le doigt sur le "bobo", sur ce qui est viscéralement ressenti comme une grande injustice.

    • Denis Marseille - Abonné 18 octobre 2013 15 h 45

      «Non, je ne dis pas n'importe quoi, monsieur Marseille, car ce titre à grande sensation médiatique de très mauvais goût n'est pas le mien; il est celui de La Presse, un article dont je n'ai jamais eu vent.»

      «Monsieur Haroum a écrit, et je cite, "Charte des femmes". Or, nul part, j'ai lu ou entendu qui que ce soit, à part lui, attribuer un tel nom à la Charte. »

      «Oui, monsieur Marseille, car monsieur Haroum a créé de toute pièce l'expression "Charte des femmes", »

      Vous pourriez avoir la décence de confirmer que ce n'est pas M. Haroun qui a ''créé'' l'expression.

      C'est le titre de la lettre de madame Bertrand dans la Presse du 15 octobre 2013.

    • André Michaud - Inscrit 18 octobre 2013 16 h 02

      Pourquoi la charte n'en veut qu'au femmes musulmanes et leur foulard , mais ne parle pas de hommes qui portent la barbe pour des raisons religieuses tout aussi ostentatoire...? Bizarre de façon de défendre l'égalité des sexes !!

    • Johanne St-Amour - Abonnée 18 octobre 2013 19 h 04

      L'article auquel vous faites référence M. Marseille ne parle pas de charte DES femmes, mais POUR les femmes. Ce n'est pas pareille du tout! Et les Janette mentionnent bien que l'égalité leur semble compromise au nom de la liberté de religions.

    • Denis Marseille - Abonné 18 octobre 2013 22 h 34

      «L'article auquel vous faites référence M. Marseille ne parle pas de charte DES femmes, mais POUR les femmes. Ce n'est pas pareille du tout! Et les Janette mentionnent bien que l'égalité leur semble compromise au nom de la liberté de religions.»

      Voici ce que dit M. Haroun: « Enfin, dire que la Charte des valeurs est une charte des femmes, pour les femmes, c’est un peu cavalier...»

      Il fait ici référence aux propos des janettes. La charte est pour tout le monde et pas seulement pour les femmes. C'est dans ce sens que M. Haroun s'exprime. D'après moi il n'y a rien de paternaliste ni de misogyne dans ce fait.

      Le discours des janettes repose essentiellement sur des impressions et ce n'est pas parce que c'est madame Bertrand qui le dit que c'est vrai. Selon madame Bertrand, aucune femme n'aurait le droit de porter le Hidjab. Même sur la rue. La charte n'a jamais parlé de cela. Et vous qu'en pensez-vous?

  • Nancy Leblanc - Inscrite 18 octobre 2013 05 h 26

    Un état laïque

    Nous étions presque parvenues à un vivre-ensemble dans un état laïque et nous y persévèrerons!
    Les pseudo-féministes qui acceptent, sous prétexte de pseudo-libertés individuelles, de se laisser insidueusement emberlificoter pour ultimement avoir à se soumettre à une pseudo-religion politico-hégémonique peuvent chanter leur bel opéra du côté gauche de la bouche.

    Il sera bientôt trop tard pour réagir. C'est la Charte de la dernière chance, les filles!

    En passant, ce que Françoise David veut d'abord partager avec les femmes que nous sommes, c'est n'importe quelle conception de la laïcité de l’État, en autant que ça lui fait gagner des point dans son seul objectif qui est de remplacer un jour madame Marois. Dommage pour elle parce qu'elle n'en a pas l'étoffe.

    • André Michaud - Inscrit 18 octobre 2013 16 h 03

      Pour avoir travaillé 35 ans dans la fonction publique, je peux vous assurer que l'état est déjà laique.

    • Michel Gagnon - Inscrit 18 octobre 2013 16 h 33

      À M. Michaud:

      Moi aussi j'ai travaillé 35 ans dans la fonction publique, et justement, on veut que l'État demeure laïque.

  • André Chevalier - Abonné 18 octobre 2013 06 h 12

    Les droits n'ont pas la même valeur

    «Or, opposer le droit à l’égalité à celui de la liberté de conscience est une faute. Un droit est un principe indivisible qui ne souffre ni l’opposition ni la subordination à un autre droit.»

    Le principe d'égalité des droits est tout à fait gratuit.

    Il est inclus dans la charte universelle pour la seule et unique raison que les diverses sociétés qui ont élaboré cette charte n'auraient jamais pu s'entendre sur une hiérarchisation compte tenu de la diversité des us et coutumes de chaque pays. Il revient donc à chaque société homogène dont la québécoise de les hiérarchiser.

    Le principe d'égalité des sexes doit avoir préséance sur la liberté d'une religion telle que la religion musulmane qui nie ce principe.

    Une musulmane militante n'a pas sa place au Conseil du statut de la femme!

  • Philippe Duval - Inscrit 18 octobre 2013 07 h 02

    Ça part mal

    «En ce moment, le principe de l’égalité entre les sexes me semble compromis au nom de la liberté de religion », écrivent les Janette dans leur manifeste. Or, opposer le droit à l’égalité à celui de la liberté de conscience est une faute.

    liberté de conscience *pour* liberté de religion. (on parle de foi ici?)
    l’égalité entre les sexes *contre* liberté de conscience.

    Ça part vraiment mal comme raisonnement. M. Haroun êtes-vous né en 800 et avez trouvé une machine à voyager dans le temps pour nous hanter?

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 18 octobre 2013 07 h 49

      Monsieur Duval, vous cernez bien le problème. Imaginez combien la tâche sera difficile à "accommoder raisonnablement" ceux et celles qui les revendiquent au nom de leur religion, sans compromettre les droits de liberté de conscience des autres, et sans faire un pied de nez à l'égalité des sexes.

      Si l'État que ses représentants s'enfoulardent ou arborent d'autres signes religieux, cet État n'est pas laïc. Point barre. Car c'est même faire du prosélytisme pour le compte de ces religions et faire fi des moeurs de la société québécoise qui étaient silencieusement devenus la norme au terme de longues batailles.

    • Denis Marseille - Abonné 18 octobre 2013 11 h 05

      Faites une recherche sur Sam Haroun monsieur avant de le traiter d'arriéré.

      M. Haroun est un ardent défenseur de la laïcité et ne mérite pas votre condescendance.

    • Philippe Duval - Inscrit 18 octobre 2013 12 h 26

      @M. Marseil.

      J'ai fait mes devoirs. Je jure par tous les saints que je dénoncerai Abraham à la DPJ parce que son fils a du être traumatisé pour la le reste de sa vie.

      Je ne défend pas les valeurs défendues par M. Haroun. J'aime mieux celle qu'on s'est données à la fin des années soixantes.

      Ces valeurs sont bien plus grandes que celles des lumières en Europe et celle d'un gars brillant dau Ier millénaire mais totalement dépassé aujourd'hui par la recherche et la science.

    • Denis Marseille - Abonné 18 octobre 2013 13 h 05

      «Je ne défend pas les valeurs défendues par M. Haroun. J'aime mieux celle qu'on s'est données à la fin des années soixantes.»

      Ce sont les mêmes!

      C'est vrai que Haroun, ça sonne pas trop pur laine de la fin des années soixante par exemple.

    • Loraine King - Abonnée 18 octobre 2013 13 h 55

      Pour Jocelyne Lapierre - pas besoin d'imaginer, prenons des faits. Le gouvernement de la Saskatchewan avait proposé que ses commissaires aient le droit de refuser de célébrer un mariage entre des conjoints de même sexe si celà allait à l'encontre de leur religion, proposition que la Cour suprême de la Saskatchewan a rejettée. Nul besoin d'avoir un turban ou un foulard sur la tête pour avoir des principes religieux! Ce qui importe c'est que l'agent de l'état agisse non pas selon ses principes religieux mais selon la règlementation gouvernementale.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 18 octobre 2013 14 h 02

      Excellent exemple, madame King. Je suis certaine qu'il y en a des milliers d'autres, mais qui sont tues et étouffées avec force.

    • Philippe Duval - Inscrit 18 octobre 2013 14 h 09

      J'avais 6 ans M. Marseil lorsque la société s'est débarrasé de croyances bizarres et vieillit.

    • Denis Marseille - Abonné 18 octobre 2013 15 h 47

      «J'avais 6 ans M. Marseil lorsque la société s'est débarrasé de croyances bizarres et vieillit.»

      Ouin... Pis!