Libre opinion - L’électrification ne peut attendre

Dans son texte «L’électrification des transports, fausse bonne idée à court-circuiter» (Le Devoir du 15 octobre), Pierre-Olivier Pineau fait valoir que l’électrification des transports devrait attendre, le temps de favoriser d’abord le transport actif et collectif. Je suis tout à fait d’accord avec l’idée de valoriser ce mode de transport. Cependant, il me semble que l’analyse de Monsieur Pineau est plutôt simpliste.

 

Son premier argument tient à ce qu’aucune diminution des GES ne résulterait de l’intégration de 300 000 véhicules de plus sur les routes du Québec, puisque le nombre de véhicules total augmente sans cesse. Mais l’augmentation aura lieu, électrique ou pas. Mieux vaut donc favoriser des voitures électriques. De l’aveu même de Monsieur Pineau, c’est une économie annuelle de 3,29 tonnes de GES par voiture. Une réduction de l’augmentation, c’est déjà un pas dans la bonne direction. Il est donc faux de croire que l’électrification n’aide en rien.

 

Ensuite, Monsieur Pineau compare le prix des voitures électriques à celui des voitures à essence (de 10 000 $ à 20 000 $ de plus, selon lui, par véhicule), et indique qu’en bout de course, puisque les compagnies automobiles sont étrangères, on n’aura pas retenu d’argent au Québec. Or, chaque année, la différence de prix des véhicules électriques et à essence diminue et, chaque année, le prix de l’essence augmente. Le tableau est donc loin d’être aussi noir que le prétend Monsieur Pineau. Ce « coût » supplémentaire diminue chaque année, et sera vraisemblablement rentable dans quelques années. De plus, l’argent ne va pas qu’aux étrangers puisque le Québec tire plutôt bien son épingle du jeu en matière de développement de véhicules électriques (ex. : Nova Bus, Bombardier).

 

Enfin, Monsieur Pineau semble négliger les coûts de santé liés au smog et à la pollution atmosphérique en général, qui ne sont pas produits par les automobiles électriques.

 

Il est évident que l’objectif premier devrait être de diminuer le parc automobile et favoriser le transport actif et collectif. Cependant, nous ne pouvons remettre à plus tard l’électrification des transports, du moins pas sur la base des arguments avancés par Monsieur Pineau. La phrase trop facile « il sera toujours temps plus tard » n’est plus de mise. À chaque mise à jour sur les changements climatiques, la sonnette d’alarme sonne plus fort, et les conséquences, plus coûteuses.


Pierre-Luc Morneau-Lépine - Montréal

16 commentaires
  • Patrick Lépine - Inscrit 17 octobre 2013 01 h 11

    Si Ford avait écouté monsieur Pineau...

    Si Henri Ford avait écouté monsieur Pineau en son temps, il est assuré que nous n'aurions jamais entendu parlé de lui aujourd'hui...

    Mais des penseurs diplômés des "HEC" auront toujours un avis très autoritaire sur toute transaction qui sort du cadre budgétaire ou actuariel qu'ils se sont échafaudés...

    • Yvan Dutil - Inscrit 17 octobre 2013 08 h 23

      La différence est que Henry Ford ne subventionnait pas d'autres entreprises avec son argent.

  • François Beaulé - Inscrit 17 octobre 2013 07 h 19

    Monsieur Pineau a pourtant été clair

    M. P-L M-Lépine n'a pas saisi le sens du texte de P-O Pineau. Réduire l'augmentation des émissions des transports n'est pas un objectif satisfaisant. Il est possible de faire mieux en entreprenant des changements importants dans le développement de l'habitat qui est en lien direct avec le transport. Voilà ce qui devrait être la priorité et non pas l'électrification des transports. L'électrification des transports est présenté comme étant «la» solution par le gouvernement, ce qui est un leurre. La priorité devrait être l'évolution de l'habitat et du mode de vie. Nos urbanistes restent muets alors qu'ils devraient jouer un rôle d'animateur pour favoriser cette révolution nécessaire.

    • Jean Richard - Abonné 17 octobre 2013 10 h 43

      Peut-être que M. Pineau n'a pas été assez clair, ce qui ne l'empêche pas d'avoir raison. Ce que M. Pineau a tenté de dire pourrait, sur le plan environnemental, se résumer ainsi (en y ajoutant quelques chiffres omis) : le Québec s'est fixé un objectif de réduction des émissions de GES à 20 % sous le niveau de 1990. Pour y arriver à partir de maintenant, en 2013, on doit retrancher près de 12 Mt d'équivalent carbone de nos émissions. Les transports contribuant à ces émissions pour 43,5 % du total, étant ainsi le plus gros contributeur, c'est à ce secteur qu'il semble pertinent de devoir s'attaquer.

      L'électrification des transports, telle que présentée par le gouvernement du Québec, comporte des investissements massifs dans le secteur des transports individuels (et seulement de vagues mentions des transports en commun, et rien pour le transport des marchandises). Ces investissements massifs visent à faire rouler 300 000 voitures électriques sur les routes du Québec en 2020. Or, sans autres mesures draconiennes (absentes du plan d'électrification des transports), la présence de ces 300 000 véhicules électriques ne viendra pas diminuer le parc automobile conventionnel (au pétrole) mais simplement ralentir la croissance de ce parc. Bien loin de réduire les émissions de GES, ces 300 000 véhicules ne feront que ralentir la croissance de ces émissions.

      Les objectifs sont clairs : on doit viser une RÉDUCTION des émissions de GES et non simplement un ralentissement de leur croissance. Le plan d'électrification des transports individuels n'entraînera pas une réduction mais simplement un ralentissement de la croissance. Les sommes colossales qu'on se prépare à y investir seraient donc plus profitables ailleurs, y compris dans les transports en commun, même non électrifié (coïncé dans un bouchon avec 80 personnes entassées à bord, un autobus, qu'il soit diesel ou électrique, ne séduira pas tout le monde).

    • Jean-Yves Arès - Abonné 17 octobre 2013 12 h 31

      Monsieur Richard, s'il n'y a pas plus de voitures électriques il n'y aura alors que plus de voitures au pétrole, et donc plus de GES.

      Il est contre-productif d'élaborer des visée trop idéalistes, particulièrement quand celles-ci attaque directement la liberté des citoyens (habitation et transport). Les dernières élection Australienne, ou le gouvernement sortant a été expulsé du pouvoir pour cause de mesures non-acceptées par le public, le prouve bien.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 octobre 2013 08 h 03

    Le problème

    Le problème avec les véhicules tout-électriques c'est que leurs promoteurs s'attendent à ce que notre gouvernement, dont le budget est déjà serré, les subventionne. Que l'on adopte des politiques qui les encourage, mais à condition qu'elles ne coûtent rien à notre gouvernement, d'accord. Par ailleurs, le véhicule hybride est, à court et moyen terme, plus réaliste.

  • Denis Boucher - Inscrit 17 octobre 2013 08 h 28

    Mauvais chiffre

    De plus, M. Pineau fait une erreur de calcul. Le montant d'incitation alloué à l'achat d'un véhicule est en place afin de mousser les ventes. Dès qu'il y aura plus d'acheteur, le prix de ses voitures vas diminuer. Il est donc faut de calculer ces montants à long terme.

    • Ian Jaquier - Inscrit 17 octobre 2013 11 h 25

      Quand on fait des prévisions, on utilise les chiffres qu'on a sous la main. Surtout quand ils sont plus conservateurs que la réalité.

  • Jean Richard - Abonné 17 octobre 2013 11 h 09

    Son épingle du jeu ?

    « De plus, l’argent ne va pas qu’aux étrangers puisque le Québec tire plutôt bien son épingle du jeu en matière de développement de véhicules électriques (ex. : Nova Bus, Bombardier). »

    Les voitures ? Il faut avoir la mémoire courte pour avoir déjà oublié l'échec de l'industrie de l'automobile au Québec. Vous souvenez-vous de la SOMA, qui assemblait des Peugeot et des Renault quelque part à Saint-Bruno-de-Montarville ? Réussite ? Non, échec ! Peugeot s'est vite retirée et Renault, alors société publique, a étiré l'élastique puis a emboîté le pas.

    Et Hyundai, à Bromont ? L'immense usine est toujours là, mais il y a longtemps que le géant coréen n'y construit plus rien.

    Au mieux, on peut encore se souvenir de GM à Boisbriand, qui a, comme les deux autres, fermé ses portes et transporté la fabrication des Camaro sous d'autres cieux, après avoir pourtant profité des largesses de l'état, toujours prompt à distribuer des bonbons pour attirer les constructeurs automobiles.

    Va-t-on maintenant rêver de devenir un grand pays producteur de bagnoles électriques, après trois échecs en un demi-siècle ? Ceux qui vous font miroiter que nous partons avec trois longueurs d'avance ignorent-ils que les Chinois, les Japonais et les Français, entre autres, ont déjà parti le bal il y a quelques années ? Vous pouvez toujours rêver en couleur si ça vous amuse.

    Et les véhicules lourds ? Bombardier Transport, dont le siège social est à Berlin, n'a rien développé au Québec depuis belle lurette. Son unique usine de voitures de métro à La-Pocatière fabrique des caisses d'acier auxquelles on greffe des éléments venus d'ailleurs (Europe principalement). Idem pour Novabus, qui n'a aucun trolleybus à son catalogue, et dont l'autobus hybride (diesel-électrique) consommerait davantage (de gazole) qu'un Irisbus européen. On a donc des croûtes à manger...

    • André Le Belge - Inscrit 17 octobre 2013 18 h 35

      Et les trolleybus fabriqués par Volvo, les Wellington 500 et 340 qu'est-ce qu'on en fait? On pourrait les monter chez Novabus. Mais on objectera qu'il faudrait tirer les lignes de cables, etc, etc. Je me dis que lorsqu'on a été capable de tracer des lignes à Haute tension de 720 000 Volts, je suppose qu'on est capable de tracer des lignes cables de trolley soutenus par des perches. Non?