Libre opinion - Urgence climatique : et la viande?

«Le péril climatique s’accentue », « il est minuit moins cinq » et « il y a urgence d’agir » : on juxtapose les mises en garde en montrant du doigt le laxisme des politiques publiques.

 

L’inaction des gouvernements en matière de lutte contre les changements climatiques est honteuse. Mais j’ai tout de même été surprise de constater que, des articles publiés dans Le Devoir autour du récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), aucun ne mentionnait l’enjeu de l’alimentation. Pourtant, chacun d’entre nous a la possibilité d’agir concrètement contre les changements climatiques. Certes, on peut prendre le vélo pour aller travailler, mais on peut surtout réduire drastiquement sa consommation de protéines animales.

 

En utilisant les mêmes méthodes de calcul que le GIEC, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture évalue les émissions liées à l’élevage à 7,1 gigatonnes d’équivalent de CO2 par année, soit 14,5 % des émissions anthropogéniques (contre 13 % pour l’ensemble des transports individuels et collectifs). Rien de nouveau là-dedans. Le lien entre la production animale et le réchauffement climatique est établi depuis plusieurs années et si rien n’est fait, le pire est encore à venir. On prévoit en effet qu’avec l’augmentation de la population, la demande pour la viande et les produits laitiers devrait connaître une hausse de 70 % d’ici le milieu du siècle.

 

Changer nos habitudes alimentaires est probablement le moyen individuel le plus simple et efficace que nous ayons pour diminuer nos émissions de CO2. On parle souvent d’acheter local pour des raisons environnementales. Pourtant, le transport ne compte que pour 11 % des émissions liées à la production de nos aliments. C’est plutôt le type d’aliment et la façon dont il est produit qui ont une incidence sur l’empreinte écologique de nos assiettes.

 

Être végétalien une journée par semaine aurait plus d’impact qu’acheter local tout le temps (et il n’est évidemment pas interdit de faire les deux !). C’est une réalité encore méconnue : produire un kilo de boeuf ou de fromage génère respectivement 27 et 13,5 kilos de CO2. En comparaison, produire des alternatives végétales comme le tofu ou les lentilles n’émettra que deux kilos et 0,9 kilo de CO2.

 

Concrètement, cela signifie qu’un simple changement dans nos habitudes alimentaires pourrait avoir des effets plus importants sur le réchauffement climatique que toutes les initiatives coûteuses qu’on essaie de mettre en place depuis des années. Une équipe de l’Université de Lancaster a publié l’an dernier une étude montrant qu’une transition des Britanniques vers une alimentation végétarienne ou végétalienne réduirait de 22 à 26 % leurs émissions de GES. Ce n’est pas rien !

 

On le sait, nous sommes rétifs aux changements, et tout particulièrement lorsque cela concerne notre assiette. Pourtant, manger de façon responsable en intégrant de plus en plus de repas végétaliens est beaucoup plus facile et agréable qu’il n’y paraît. Nous n’avons pas besoin d’attendre que nos gouvernements sortent de leur inertie pour bouger, on peut le faire dès maintenant. C’est peut-être notre seule chance.


Élise Desaulniers - Auteure de Je mange avec ma tête (Stanké 2011) et Vache à lait (Stanké 2013)

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21 commentaires
  • Paul Sven - Inscrit 9 octobre 2013 00 h 43

    CO2

    Peut-être qu'en remplaçant lun steak par des lentilles il y aura moins d'émission à la source, mais combien plus à la sortie ? Car ne l'oublions pas, nous sommes aussi des émetteurs de GES ;-)

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 9 octobre 2013 13 h 50

      Ce vieux problème a une solution. Plusieurs peuples l'ont résolu en ajoutant des herbes. En Occident, la sariette remplit ce rôle depuis longtemps.

    • Marc-André Fortier - Abonné 10 octobre 2013 13 h 29

      Je mange des légumineuses régulièrement et elles ne causent pas plus de flatulences qu'un autre aliment. Il s'agit effectivement d'un mythe et d'une question d'adaptation de notre système qui avec toutes les cochonneries qu'on lui donne à bouffer a quelques difficultés...

  • Guy Lafond - Abonné 9 octobre 2013 06 h 55

    Notre vaisseau spatial devient-il de plus en plus exigu?


    Une réflexion de Madame Desaulniers qui donne encore plus de contexte aux défis qui nous attendent et qui attendent nos enfants.

    L'ONU devra-t-elle promouvoir de nouvelles politiques internationales pour restreindre progressivement notre croissance démographique mondiale?

    Au détriment des autres espèces, l'être humain prend-t-il trop de place dans cette arche de Noé?

    Gérer nos économies, soit. Mais ne devrions-nous pas gérer nos écosystèmes d'abord?

    Rétablir et gérer un équilibre planétaire va nous demander de réfléchir et décider de plus en plus en fonction des prochaines générations et non plus en fonction des prochaines élections.

    • Julie Carrier - Inscrite 10 octobre 2013 12 h 12

      Tout à fait..!

    • Marc-André Fortier - Abonné 10 octobre 2013 13 h 34

      Monsieur Lafond (je serai surpris si mon commentaire est accepté), nous sommes partie intégrante de cet écosystèmes et comme pour toutes les autres espèces animales, il existe des processus de sélection auxquels nous avons peut-être échappé depuis quelques décennies mais qui sont toutefois toujours bien existants.

      Occasionnellement une pandémie fait son oeuvre et redresse quelquepeu le contexte, ce fût le cas pour l'épidémie de peste noire. Nous ne sommes pas à l'abris de la maladie ou de caprices du climat...

  • Jacques Morissette - Abonné 9 octobre 2013 09 h 30

    Croissance économique illimitée, mon oeil!

    Oui, de plus en plus de besoin en énergie, avec l'Inde et la Chine qui sont maintenant entrées dans la course. Pendant ce temps, nous n'avons qu'une seule planète pour fournir en énergie tout ce mode qui en aura de plus en plus besoin. Un très bon documentaire de Alan Gore, l'ère de la stupidité parle de tout ça. Alors qu'on nous dit que la croissance économique est illimitée. Ce qui est archi faux!

    • Julie Carrier - Inscrite 10 octobre 2013 08 h 07

      Al Gore peut-être..?

  • André Savard - Abonné 9 octobre 2013 09 h 53

    Un point crucial

    En effet, il est incompréhensible que les analyses sur le réchauffement climatique négligent tant de mettre la lumière sur nos habitudes alimentaires. Le magazine l'Express écrivait la semaine dernière que l'on tue 65 000 000 000 d'animaux chaque année, des animaux d'ailleurs ravalés au rang d'objets de production.

  • Yvan Dutil - Inscrit 9 octobre 2013 11 h 52

    Un bémol

    Effectivement, éliminer la viande rouge et le fromage a un gros impact sur la production à la source. Cependant, si on considère l'ensemble des processus qui permettent de se nourrir l'effet est beaucoup plus faible.