Libre opinion - La SRC de Québec n’a d’yeux que pour Labeaume

Notre vie politique est rythmée par les élections, moment où la volonté des citoyens s’exprime par les urnes pour choisir ses représentants. D’ici aux élections qui auront lieu au début du mois de novembre, les médias nous présenteront des reportages dans le but de nous faire réfléchir aux principaux enjeux de notre société et chercheront sans doute à nous donner des clés de décryptage pour comprendre les événements qui jalonnent la vie municipale. Dans ce contexte, il semble nécessaire d’interpeller la Société Radio-Canada (SRC) de Québec sur sa volonté de respecter les normes et pratiques journalistiques qu’elle s’est données. Nous avons observé, au cours des dernières années, des pratiques qui nous inquiètent lorsqu’il est question du traitement de la vie politique municipale de Québec.

 

Pour illustrer notre propos, nous analyserons le traitement journalistique des enjeux liés à la collusion à Québec. Lors des bulletins de nouvelles de la semaine du 2 au 6 septembre, il a été question de la reprise des travaux de la commission Charbonneau où l’on a fait état de la présence de la collusion. L’un des impacts a été la démission du représentant de « l’Équipe » Labeaume, M. François Paulhus. Dans une entrevue, le premier magistrat de la Ville a dit qu’il avait été une victime des firmes ayant signé des contrats avec l’Administration municipale et que les citoyens de Québec « s’étaient fait fourrer ». Rappelons que, dans le cadre du bulletin de nouvelles diffusé le 9 février 2013, on nous avait présenté la position du premier magistrat de la Ville : ce dernier affirmait avec certitude qu’il n’y avait pas de collusion à Québec. Le reportage était tel que l’on présumait que ce qui était avancé était conforme à la réalité. Mais alors, pourquoi n’a-t-on pas examiné le comportement des firmes de génie-conseil à Québec ? Est-ce que l’on supposait que les firmes, présentes à la fois à Québec et à Montréal, avaient deux types d’éthique, une s’appliquant spécifiquement à la Ville de Québec et une autre au reste du Québec ?

 

Interrogations

 

Le traitement journalistique de la question de la collusion soulève de nombreuses interrogations. Nous nous demandons pourquoi les divers enjeux entourant la collusion n’ont pas été traités par la SRC. Par exemple, quelles sont les règles d’attribution des contrats à la ville de Québec ? Quelle est la latitude de la Ville par rapport à la « règle » du plus bas soumissionnaire ? Quel est le rôle du vérificateur général ? Pourquoi n’a-t-on pas fait l’historique des mesures supposément mises en place pour lutter contre la collusion ? Pourquoi n’a-t-on pas questionné des experts en dehors des médias ? Et les partis politiques constituant l’opposition ? D’après le traitement journalistique qui a été fait, le fonctionnement de l’administration municipale se résumerait aux déclarations de « l’Équipe » Labeaume ? Y a-t-il eu alors une véritable démarche journalistique autour de cette question délicate ?

 

Comprenons bien que le propos de notre lettre ne se résume pas à la capacité de la SRC de prendre une position critique face à l’administration municipale. Nous nous interrogeons davantage sur le traitement journalistique au regard de la qualité et de l’objectivité de l’information. Dans ce contexte, nous nous demandons comment les citoyens de la ville de Québec peuvent porter un jugement éclairé sur les divers enjeux de la vie politique municipale. Il convient à cet égard de rappeler les normes et pratiques journalistiques qui sont présentées sur le site Web de la SRC. On y précise que la mission de la SRC est « d’informer, de révéler, de contribuer à la compréhension d’enjeux d’intérêt public et d’encourager la participation des Canadiens à notre société libre et démocratique ». Lorsque l’on regarde le bulletin de 18 h, on peut légitimement se demander comment la SRC réussira un tel tour de force si elle ne revoit pas de façon sérieuse sa façon de « faire de l’information ».


Mario Léonard et Jean Rousseau - Québec

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

4 commentaires
  • Jean-Yves Bernard - Abonné 30 septembre 2013 06 h 59

    Non seluement j'abonde dans votre sens, mais j'ajoute qu'il n'y a pas besoin d'être un analyste critique pour constater que depuis l'élection de Régis Labeaume, la SRC est à la remorque de ses innombrables déclarations et ceci, sans aucun esprit critique. La complaisance de la salle de nouvelle pour les faits et gestes de «son» maire (ses grippes, ses voyages, ses humeurs) la transforme en simple porte-voix du plus populiste de nos élus locaux. Il faut croire que la domination des radios-poubelles dans la région a une infleuence irresistible.

    JY Bernard

  • Jean Boucher - Inscrit 30 septembre 2013 11 h 18

    Un Labeaume amélioré pour faire changement ?

    Durant ce temps le parti de l'opposition Démocratie Québec, dont candidat à la mairie est un ex humoriste de la télé-communautaire, ne parle que d'améliorer le programme et les réalisations d'un maire aux médias puissants.

    Il n'y a pas de nouveau choix possible. On est encore pris avec lui pour quatre ans. S'il fallait en plus que Coderre soit élu ! On mérite mieux que ça.

  • André Michaud - Inscrit 30 septembre 2013 12 h 40

    Question de perception

    Contrairement à vous , nous sommes beaucoup à trouver que les média sont plutôt très critique envers M.Labeaume, et remplacent l'opposition presque inexistante contre notre maire.

  • Rodrigue Guimont - Inscrit 30 septembre 2013 13 h 45

    L’information radio-canadienne


    La Société Radio-Canada, section Québec, n’est présentement qu’un nid de fédéraliste! (pour paraphraser P.E.Trudeau qui affirmait, jadis, que Radio-Canada n’était qu’un «nid de séparatistes»).

    Soulignons simplement, en exemple, le dernier reportage d’un journaliste de Radio-Canada (Ouimet) qui avait déniché en Ontario une mère de famille insatisfaite des services offerts au Québec et qui avait déménagé dans cette province «pour plus de services» pour son enfant autistique sévère: «jamais je ne retournerai au Québec» a-t-elle ajouté, sous-entendu que l’Ontario prenait soin des handicapés mentaux plus que le Québec.

    Ce journaliste, a-t-il jamais envisagé qu’il se pourrait fort bien que des individus et leurs familles viennent ou reviennent au Québec parce que la vie est moins chère ici, les hypothèques moins élevées, la vie plus agréable et moins onéreuse et que les services gouvernementaux sont moins coûteux que dans la province voisine? Jamais de la vie…