Libre opinion - Donnons une chance au square Viger

Le 26 août paraissait dans Le Devoir un article sur le square Viger, ce « mal-aimé de l’art public », mais surtout sur deux des oeuvres qu’il abrite, l’Agora et le Mastodo. Je suis de ceux qui militent aux côtés du RAAV, de la famille Daudelin et d’Héritage Montréal (entre autres) contre le démembrement partiel du square avec le déplacement d’une ou de ses oeuvres. Mais surtout, je suis de ceux qui militent contre sa démolition entière.

 

Un espace public ne peut pas être considéré comme un bureau quelconque dans une tour sans nom dont on souhaite refaire la décoration. Un parc, ce n’est pas un espace clos, hermétique, à l’accès contrôlé comme un celui d’un sas spatial. Un espace public est un espace ouvert, lié de toutes parts à son environnement, au passé de son quartier, à ses habitants présents, à l’avenir de sa ville. Il en est dépendant, comme il y contribue. C’est une relation à double sens. On ne peut exiger qu’à lui seul un espace public soit plus vivant et chaleureux que son environnement immédiat. On ne peut pas faire vivre un espace public alors que son quartier se meurt.

 

Les bouts de quartier autour du square Viger ont longtemps été désinvestis de la Ville et des Montréalais. Le square n’a fait qu’accorder les battements de son coeur avec le reste de son environnement. Voilà le mal dont il souffre ! Ce n’est pas d’avoir en son sein une fontaine au potentiel meurtrier, ou d’avoir accueilli quelques mal-en-point. C’est d’avoir été délaissé par les autorités et les citadins. Je ne leur reproche rien : d’autres parties de la ville doivent être retapées, et on a rarement Saint-Denis -Viger ou Berri -Saint-Antoine comme destination. Seulement, personne ne connaîtrait Central Park aujourd’hui si on avait détruit ce parc, alors que ses rues avoisinantes étaient peu recommandables. Le square Viger n’est pas fermé sur lui-même, c’est son environnement immédiat qui manque d’air.

 

Mais avec le CHUM, avec l’éventuelle reconversion de l’hôtel Viger (quand et comment ?), avec l’énorme flux de patients et d’employés, de touristes et de résidents, le square Viger a droit à ce qui se rapproche d’une transfusion de sang. Du sang neuf.

 

Sans investir des millions pour un redesign, sans avoir besoin de tout démolir et d’entreprendre un (autre) chantier dans le secteur, on peut, à peu de frais, encourager les Montréalais à venir dans ce square et à en tomber amoureux. On l’a fait ailleurs, et dans d’autres villes. En faisant de simples modifications, comme installer des chaises colorées, les passants autrefois indifférents s’attardent aux lieux et se les approprient. Avec ses pergolas, sa verdure, ses recoins et ses grands espaces, le square Viger présente tous les attraits d’un espace public, qui encourage les amours de bancs publics comme les plus grandes pétarades artistiques. Les employés de l’hôpital pourraient venir y finir leur livre sur leur heure du midi, les gens pressés pourraient, après le travail, y acheter des fleurs (au kiosque à fleurs prévu dans les plans de Daudelin), les cinéphiles pourraient venir voir une projection en soirée (sur le mur également prévu à cette fin).

 

Et c’est sans parler de la valeur artistique du site. Car le parc entier a été conçu comme une oeuvre d’art, avec comme pièces centrales l’Agora et le Mastodo. Toutes les grandes villes du monde donneraient cher pour avoir un Quartier des spectacles. Mais peu auront, dans cinq, dix ou quinze ans, un espace public construit à l’époque moderne, aussi audacieux et créatif que le square Viger. On ne peut le détruire, on ne peut le démembrer.

 

J’appelle les organismes et institutions du quartier (dont le CHUM, le Cirque Éloize, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, les propriétaires de la gare Viger) à quitter le mode passif (c’est-à-dire de donner comme consigne à leurs employés d’éviter le square, ou d’attendre que le square prenne de la valeur pour investir dans son immeuble). Je les appelle à passer en mode actif, soit à investir le square Viger par leur présence, par la tenue d’événements pour leurs clients et employés. J’appelle l’arrondissement et la Ville à passer au mode actif, c’est-à-dire à considérer le square Viger pour son potentiel actuel et à avoir une vision humaine pour ce secteur qui a grand besoin d’être défini.

 

Le square Viger est un magnifique espace public, qui n’a jamais eu la chance de se réaliser à son plein potentiel. Soyons raisonnables et soyons fous : donnons une chance au square Viger de vivre, donnons une chance aux Montréalais de jour et aux Montréalais de toujours de le découvrir, donnons une chance aux oeuvres d’art de perdurer.

 

Et pour commencer, allons y faire un tour.

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3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 30 août 2013 09 h 28

    Peine perdue

    Que l'on récupère les oeuvres d'art qui s'y trouvent, oui, mais essayer de "sauver" cet espace dans sa forme actuelle c'est peine perdue. Cet ensemble brut bétonné n'est tout simplement pas accueuillant, quoiqu'en pensent ses concepteurs : voilà le problème, c'est un "concept" plutôt qu'un espace de repos, de jeu, ou de flânage convivial, et la population a voté avec ses pieds en le boudant.

  • Cédrick Monette - Abonné 30 août 2013 13 h 09

    Pas de presse...

    Ce site est en plein centre d'un pôle de développement : Le nouveau chum, la nouvelle vie de la gare viger et on parle en plus d'un possible reccouvrement de cette partie de l'autoroute Ville-marie. Il serait alors possible de permettre à ce site de se greffer à une nouvelle vision pour ce quartier. Cette espace public doit rester, mais on se doit de l'aménager.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 30 août 2013 13 h 37

    Irréaliste

    Les Montréalais fréquentaient le Carré Viger jusqu'à sa destruction pour laisser passer l'autoroute. Ce qu'on en a fait est une horreur sans nom. Lorsqu'on sort dehors on aime aller au parc pour voir des arbres, de la verdure, entendre les oiseaux, voir les petites familles se promener avec leur progéniture. Or, rien de tout cela n'est possible à cet endroit. Tant de béton révulse. En été il fait chaud et en hiver c'est laid. On dirait des latrines soviétiques à ciel ouvert. Il faut revoir ce concept au complet. D'ailleurs M. Viger avait cédé à la ville cet espace à la condition ezpress qu'il resterait à jamais ce qu'il était : un lieu planté d'arbres et d'arbustes, un parc quoi !