Libre opinion - Les joueurs de tennis avant les joueuses!

Samedi soir 10 août, Radio-Canada télédiffusait, en direct de Toronto, la demi-finale féminine de tennis à la Coupe Rogers entre Serena Williams et Agnieszka Rdawanska, respectivement première et troisième au classement mondial. On assistait à un match enlevant avec de longs échanges palpitants lorsque, au cours de la deuxième manche, le commentateur sportif annonce abruptement que cette télédiffusion est interrompue pour permettre celle de la demi-finale masculine entre Rafael Nadal et Novak Djokovic, qui commence. Et vlan !

 

J’ai d’abord pensé que c’était la chaîne francophone CBFT qui interrompait la diffusion du tournoi des femmes se déroulant à Toronto pour diffuser celui des hommes à Montréal. Mais non ! La chaîne anglophone CBMT faisait de même ! Ainsi, Radio-Canada nous faisait savoir que le tournoi féminin était secondaire, qu’il s’agissait d’un simple amuse-gueule, avant le plat principal, avant le « vrai » tournoi de la Coupe Rogers, soit le masculin, bien entendu !

 

On est en droit de se demander pourquoi Radio-Canada n’a pas simplement diffusé en différé de 20, 30 ou 40 minutes le match des hommes, le temps que le match des femmes se termine ? Qu’y avait-il donc de si urgent à interrompre la télédiffusion du match des femmes pour diffuser celui des hommes ? Non, Radio-Canada nous fait savoir sans équivoque que le volet féminin est secondaire. Ah ! la faveur qu’il nous fait de l’avoir même partiellement diffusé.

 

Pour le loisir ?

 

Ce constat n’est-il pas d’ailleurs corroboré par le montant des bourses et le pointage octroyés respectivement au gagnant (547 300 $ + 1000 points) et à la gagnante (426 000 $ + 900 points) ; au finaliste masculin (268 350 $ + 600 points) et à la finaliste féminine (213 000 $ + 620 points) ; aux demi-finalistes (respectivement 135 060 $ et 104 700 $), aux quart de finalistes (respectivement 68 680 $ et 49 040 $), 3e tour (respectivement 35 660 $ et 23 730 $), 2e tour (respectivement 18 800 et 12 200 $) et 1er tour (respectivement 10 155 $ et 6400 $) ?

 

Tout le monde sait bien que les joueuses de tennis de ce niveau font de ce sport leur passe-temps, alors que les hommes, eux, y travaillent pour gagner leur vie et qu’ils ont tout plein de frais connexes (équipements, transports, salaires des entraîneurs, nutritionnistes, masseurs, etc.) à assumer pour exceller et arriver au sommet. Il en coûte forcément moins aux femmes : les membres de leur équipe font probablement du bénévolat, ou alors ils exigent un salaire moindre (ce sont peut-être des femmes ?). Dans un tel contexte, les joueuses de tennis ne méritent-elles pas moins que ces messieurs ?

 

Doit-on se surprendre qu’encore aujourd’hui, en 2013, au Canada, on nous flanque en pleine figure que les femmes sont de moindre importance ? D’ailleurs, en Afghanistan aussi, leur position est secondaire. Ah ! c’est vrai, au moins ici les femmes peuvent y jouer, au tennis ! Franchement, de quoi se plaignent-elles ?


Claire Simard - Laval

25 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 15 août 2013 06 h 54

    Entre gens égaux

    Hier encore, les messieurs ouvraient galamment la porte aux dames, alors que, sur le marché du travail, elles étaient payées moitié moins cher.

    Maintenant on nous claque la porte au nez sous prétexte de prétention à l'égalité...

    Dans mon milieu, les femmes libérées sont galantes, par gentillesse, par civisme et par humanité.

    Envers nos égaux, on a des égards, de la douceur.

  • Claude Bélanger - Abonné 15 août 2013 07 h 06

    Vous avez raison!

    Vous avez raison. Le problème vient de la programmation : il aurait fallu attendre que le premier match soit terminé avant d'entreprendre le deuxième. Ainsi, on n'aurait pas été frustrés de se voir couper un match de finale. Je réfléchissait à la situation au début de la finale des hommes: on aurait pu diviser l'écran et nous permettre de voir les 2 en même temps. Ceci dit, il s'est avéré que le match des hommes était cette fois-ci beaucoup plus serré et relevé, comme l'ont fait remarqué les commentateurs : «un des beaux match de l'année».

  • David Boudreau - Inscrit 15 août 2013 08 h 21

    N'est-ce pas plutôt le fait qu'un Canadien participait à la finale masculine, du jamais vu depuis les années 50?

    • Claire Simard - Inscrite 15 août 2013 13 h 48

      Vous n'avez pas compris: il s'agissait de la DEMI-finale! La SRC a interrompu la demi-finale des femmes pour diffuser celle des hommes entre l'Espagnol Rafael Nadal et le Serbe Novac Djokovic! La demi-finale des 2 canadiens avait déjà eu lieu en après-midi. Ce n'était donc pas par patriotisme mais plutôt par sexisme que le match des hommes a supplanté celui des femmes! Quant à la finale de la coupe, les deux match ont été diffusés en entier mais cette fois, celui des hommes a été légèrement retardé pour permettre aux femmes de terminer leur match.

    • David Boudreau - Inscrit 15 août 2013 14 h 39

      Je reprends mon commentaire qui n'est pas pertinent dans la mesure ou j'ai confondu la demi-finale féminine avec la finale. La demi-finale masculine ne presentait pas de joueur canadien. Personnellement, j'aime voir tous les matchs en entier, autant du côté masculin que féminin. Est-ce un choix sexiste du diffuseur ou est-ce plutôt des impératifs monétaires imposés par les commanditaire en fonction des cotes d'écoutes? Peut-être qu'avant de sauter aux conclusions en prêtant des mots et des intentions, il vaudrait mieux connaître l'explication du diffuseur.

  • Bernard Terreault - Abonné 15 août 2013 08 h 40

    Joueurs canadiens

    Est-ce que tout ça n'a pas aussi à voir avec le fait que des Canadiens étaient parmi les finalistes chez les hommes, une situation bien rare propre à gonfler les cotes d'écoute et donc les revenus publiscitaires du diffuseur?

  • Clyde Paquin - Inscrit 15 août 2013 10 h 35

    Exemple parfait!

    Exemple parfait ici de la lecture erronée d'une situation par une certaine paranoïa féministe. La dénonciatrice de cette dégoûtante domination masculine n'est pas allée bien loin dans ses recherches afin de déterminer la cause réelle derrière la programmation de Radio-Canada. En 2013?! Eh oui, en 2013 la télévision d'État ne peut plus faire le choix de suivre la finale en direct d'un Canadien sans se faire accuser de privilégier "les hommes" et donc d'être sexiste. Il aurait fallu, pour ne pas passer pour sexiste, qu'elle ne diffuse pas le premier Canadien en finale depuis des décennies pour ne pas "discriminer" les femmes?! Que la station de télévision de l'État canadien diffuse le match en sol canadien d'un joueur canadien... j'espère!

    • Sébastien Arcand - Abonné 15 août 2013 12 h 17

      Joueurs canadiens? Je ne savais pas que Nadal et/ou Djokovic étaient canadiens? Mme Simard parle du match entre Williams et Rdawanska qui s'est tenu en soirée samedi, en même temps que la demi-finale opposant Nadal et Djokovic. Qui fait une lecture erronée de ce débat....

    • Audrey Simard - Abonnée 15 août 2013 14 h 06

      Ha oui! La paranoïa féministe! Cet argument vieux comme le monde, martelé de tout temps par tant de réactionnaires, qui, en remettant en question la santé mentale de celles qui osent dénoncer les inégalités entre les sexes, vise à discréditer leur pensée et leurs analyses. Heureusement qu'il y a encore aujourd'hui, dans notre société si avancée et égalitaire, des hommes comme vous M. Paquin pour nous mettre en garde contre ces méchantes et folles féministes, elles qui, en persistant à dénoncer les inégalités et les injustices que vivent les femmes, risquent encore de nous faire progresser vers plus d'égalité entre les humain-e-s.