Libre opinion - Des exagérations à propos du transport de matières nucléaires

Dernièrement, un certain nombre d’articles publiés s’évertuent à propager de fausses informations sur les risques associés au transport de matières nucléaires, qui, selon moi, sont grandement exagérés. Les auteurs se fient aux renseignements d’organisations sans vocation scientifique, comme le Regroupement pour la surveillance du nucléaire, et je me vois contraint de réagir du point de vue d’un organisme de réglementation à vocation scientifique.

 

Les préoccupations et les peurs exprimées par les collectivités à l’égard du transport de matières dangereuses sont valides, surtout après l’accident survenu à Lac-Mégantic. Je tiens d’ailleurs à offrir mes plus sincères condoléances aux résidants de Lac-Mégantic. Je veux également ajouter que cette tragédie ne doit pas être passée sous silence et que les responsables doivent prendre leurs responsabilités. Cet événement tragique ne doit pas servir à susciter la peur et à diffuser des informations erronées.

 

Laissez-moi vous assurer qu’un conteneur homologué pour le transport de substances nucléaires n’est en rien comparable à un wagon transportant du pétrole. Les conteneurs utilisés pour transporter de l’uranium hautement enrichi (UHE) liquide doivent être conformes aux exigences du Règlement sur l’emballage et le transport des substances nucléaires de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN). Pour être homologués, ces conteneurs sont soumis à des tests rigoureux au cours desquels on simule des conditions de transport normales et hypothétiques. Cela inclut une épreuve de chute libre de neuf mètres, des tests de perforation et une épreuve thermique de 800 °C durant lesquels aucune perte de confinement ne doit être détectée. Notre site Web, suretenucleaire.gc.ca, contient des renseignements à ce sujet ainsi que des vidéos saisissantes et instructives qui expliquent les tests effectués sur les conteneurs homologués pour le transport de matières nucléaires.

 

Ce qu’il faut retenir, c’est que le gouvernement du Canada s’est engagé à renvoyer l’UHE usé aux États-Unis d’ici la fin de 2018.

 

Prudence et circonspection

 

Les envois d’UHE à l’état solide ont commencé en 2010 et la CCSN veille à ce que ce soit fait en toute sûreté afin de préserver la sécurité des Canadiens et de protéger l’environnement. L’UHE à l’état solide et liquide ne sera pas transporté dans le même conteneur. L’UHE liquide sera envoyé dans des conteneurs conçus spécialement à cet effet et conformes aux exigences nationales et internationales en matière de sûreté et de sécurité.

 

Je suis convaincu que vos lecteurs seront d’accord avec le fait qu’il est nécessaire de trouver un équilibre entre la transparence et les besoins de sûreté et de sécurité. Je souligne qu’il faut absolument assurer la sécurité opérationnelle lorsqu’il est question des quantités de matières transportées et de l’itinéraire. C’est pourquoi nous devons user de circonspection quant aux renseignements que nous divulguons.

 

J’invite la coalition des maires du Québec à se rendre à la CCSN. Nous nous ferons un plaisir de discuter de vos préoccupations, de vous présenter notre cadre de réglementation rigoureux et les processus et procédures de sécurité que doit respecter Énergie atomique du Canada (EACL) pour obtenir un permis.

 

En guise de conclusion, laissez-moi vous dire que le Canada a un excellent bilan de sûreté en ce qui concerne le transport des substances nucléaires. De plus, en vertu du Règlement sur le transport des marchandises dangereuses de Transports Canada et des règlements de la CCSN, tout envoi de matières fissiles (comme l’UHE) exige l’établissement d’un plan d’intervention d’urgence vérifié par ces deux organisations.

 

La CCSN ne compromettra jamais la sûreté. Nos titulaires de permis doivent démontrer qu’ils ont pris des mesures pour protéger l’environnement, préserver la santé et la sécurité des personnes et maintenir la sécurité nationale.


Michael Binder - Président et premier dirigeant, Commission canadienne de sûreté nucléaire

11 commentaires
  • Jacques Boulanger - Inscrit 10 août 2013 04 h 11

    Le vol est moins à craindre que l'attentat

    Quand on pense que des talibans illettrés et sans ressources sont capables avec une simple bombe artisanale d’éventrer un char Abrams, il y a tout de même lieu de s’inquiéter.

    Par bonheur ces convois ne passeront pas par la réserve québécoise. Est-ce que je me trompe ?

    • Yvan Dutil - Inscrit 10 août 2013 09 h 37

      À ce que je sache les talibans n'ont jamais éventré un char Abrams, mais de véhicule de combat légers beaucoup moins blindés. En passant, face aux mines improvisées le véhicule le plus résistant de la flotte de l'armée canadienne est le camion de transport. En effet, il est tres haut sur roue, et comme l'effet d'une bombe diminue au cube de la distance, l'impact des explosions y est beaucoup moindre.

      En théorie, des militants isamistes équipés d'armes antichar pourraient peut-être résussir à perce le container avec un coup direct. Cependant, aucune attaque de ce type n'a jamais été faite par quelques groupes théroristes que ce soit (les militants islamistes sont largement minoritaire) en occident au cours des 59 dernières années.

  • Zohra Joli - Inscrit 10 août 2013 09 h 07

    "Tout ce qu'il faut retenir..."

    Tout votre article ne nous apprend rien de neuf ni de rassurant.on a déjà entendu tout ce blabla concernant les tests pour la sécurité et cela n'a pas empêché des accidents graves à répercussions irréversibles , et presque éternelles quand il s'agit de radioactivité, de se produire. Et tous ceux qui s'inquiètent ne sont pas des ignorants mais souvent des gens qui travaillent dans ce domaine justement monsieur Binder !"Ce qu'il faut retenir c'est que le gouvernement du Canada s'est engagé à envoyer UHE aux EU d'ici 2018" C'est tout ce qu'il faut retenir ?? P.us important que la sécurité de vos citoyens et de la planète ?

  • André Michaud - Inscrit 10 août 2013 09 h 59

    Merci!

    Merci M. Binder d'aller au delà de la peur et des préjugés et de remette les pendules à L'heure! La peur paralyse, la connaissance dirige une action sensée et sécuritaire.

  • Daniel Gagnon - Abonné 10 août 2013 10 h 29

    Même pas irradié pour deux sous!

    Le problème c'est l'imputabilité du gouvernement conservateur qui échappe à toute critique et toute sanction. Comment faire confiance dans le dossier nucléaire, après les négligences et le laxisme observés à Lac-Mégantic?

    Par exemple, on ne sait pas trop quel détergent miracle a pu utiliser la commissaire aux conflits d'intérêt et à l'éthique Mary Dawson pour blanchir le ministre conservateur Christian Paradis. Vraiment des taches d'huile et de pétrole lourd ça ne part pas si facilement que ça! Imaginez le nucléaire! Imaginez la radioactivité! Nous en aurions pour des siècles, sinon des millénaires pour nettoyer le site d'une catastrophe!

    Toute la Chaudière a été éclaboussée, 180 kilomètres de cours d'eau jusqu'au fleuve à Lévis, et ce n'est pas encore tout nettoyé, tout blanchi... et le ministre Paradis de s'en est sorti blanc de blanc! Même pas irradié pour deux sous!

  • Normand Lemyre - Inscrit 10 août 2013 11 h 19

    Des normes très minimales

    Je m'y connais très peu en normes et nucléaire, mais à vue de nez, vos exemples de normes me semblent très minimaux: test de hauteur de 9 mètres, alors que certains passages sont à plus de 30 mètres (ponts, ravins); test de chaleur de 800°C=1500°F, alors qu'on exige 2000°F pour une simple cheminée de foyer.
    Sans compter que les normes doivent être d'autant plus élevées que le danger qu'elles prétendent contrôler est plus élevé. Or un déversement de liquide UHE est certainement plus dangereux qu'un déversement de pétrole brut!
    En conclusion, vous m'avez inquiété plus que je ne l'étais.