Libre opinion - Osheaga : présence et préséance du français?

Montréal rayonne en grande partie grâce à ses festivals. Depuis quelques années, Osheaga apporte un certain vent de fraîcheur dans le paysage culturel estival. Peu d’événements d’une telle envergure accordent autant d’attention à la musique indépendante tout en donnant une voix à la jeunesse.

 

Hélas, employant une formule calquée sur les modèles que sont le Hurricane Festival en Allemagne et Coachella aux États-Unis, lesquels mettent en valeur la culture « indé », essentiellement anglo-saxonne, Osheaga tend à privilégier l’anglais sur le Web, ce qui semble a priori incongru au Québec, où la langue officielle, doit-on constamment le rappeler, est le français.

 

Il suffit de taper l’adresse www.osheaga.com pour constater que cette URL nous mène vers une page en anglais. Pour accéder à la version française du site, il faut ajouter «/FR». Ce désagrément peut paraître anodin, banal, mais on n’a pas à rencontrer pareille hiérarchie en se rendant sur les sites du Festival de jazz de Montréal ou de Fantasia, où l’on est accueilli d’abord en français.

 

Seconds violons

 

À la défense de l’organisation d’Osheaga, on note que les versions anglophone et francophone de la page d’accueil du site sont adéquatement synchronisées. Pourtant, on pourrait déplorer que certaines parties du site, notamment celle des « Forfaits V.I.P. » (www.cidentertainment.com/home/osheaga2013.php), n’ont tout simplement pas été traduites en français.

 

Plus préoccupant encore, Osheaga affiche un parti pris manifeste pour la langue de Shakespeare sur les réseaux sociaux, en particulier sur son compte Twitter. Encore une fois, il faut ajouter «_FR » à «@Osheaga » pour « gazouiller » en français sur le compte du festival. Étant de ce fait moins visible (la simple présence du « _FR » ne suffit-elle pas à faire du fil francophone une sorte de vassal du fil anglophone ?), on dénombre presque deux fois moins d’abonnés au compte @Osheaga_FR qu’à @Osheaga (271 contre 431). Heureusement, le festival semble alimenter équitablement ses deux comptes en nombre de « gazouillis ».

 

Malgré ses efforts pour éviter d’occulter outre mesure la présence du français sur son site et sur les réseaux sociaux, Osheaga participe à sa dévaluation en lui accordant une visibilité moindre qu’à l’anglais. On peut s’inquiéter de ce fait en lisant l’article du 3 août de Marie-Claude Lortie dans La Presse, qui décrit entre autres l’enthousiasme de Denis Coderre, candidat à la mairie de Montréal, qui était visiblement émerveillé par la jeunesse d’Osheaga, « une belle relève », a-t-il dit.

 

Justement, souhaite-t-on que cette relève évolue dans un paradigme linguistique où le français jouerait les seconds violons au profit de l’anglais ? Osheaga est responsable de la présence et de la préséance du français sur la Toile.


Maxime Letendre - Enseignant de français au collégial

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