Libre opinion - Prospectus en français: une grande victoire!

Comme le disait Winston Churchill après la bataille d’Angleterre : « Jamais autant de gens n’ont dû autant à si peu. » Si, dans le cas qui nous occupe, cette citation peut sembler par trop emphatique, la victoire remportée par le président de l’Association canadienne des juristes-traducteurs (ACJT), Me Louis Fortier et ses alliés s’inscrit très certainement dans cette logique.

 

En effet, l’annonce, par le ministre québécois des Finances Nicolas Marceau, du maintien du statu quo sur l’article 40.1 de la Loi sur les valeurs mobilières (LVMQ) envoie le message clair que le Québec entend conserver tous ses moyens de protection et de promotion de son identité, de sa langue et de sa culture malgré les fortes pressions exercées constamment par des intervenants des milieux financiers.

 

Depuis l’automne 2011, avec la patience, la détermination et le courage d’un Ralph Nader qui défendrait le français dans le domaine financier au Québec, Me Fortier a, presque seul, mené et incarné le combat contre l’intimidante AMF et les partisans d’un soi-disant modèle de résumé européen en vigueur en France.

 

Pour s’opposer à ce projet, ce discret et efficace jurilinguiste a informé et réuni trois ordres professionnels, cinq associations professionnelles de langagiers ainsi que de nombreux autres intervenants. […]

 

Un dangereux précédent évité

 

Quelle est l’importance de l’article 40.1 de la LVMQ ? Adoptée en 1983, cette disposition oblige les émetteurs procédant à un appel public à l’épargne à établir leur prospectus et leurs documents d’information continue en français ou à les faire traduire de l’anglais vers le français.

 

En comparaison de la nomination d’un entraîneur unilingue anglophone au Canadien de Montréal, son éventuelle abrogation n’a pas suscité de bruyantes manifestations dans les rues ! Et pourtant, il s’agit d’un des nombreux fils de notre couverture linguistique, qui risque de se détricoter irrémédiablement si on ne la rapièce pas de temps à autre.

 

Si le cabinet d’avocats Dentons, pour son propre compte ou pour celui de petits courtiers, avait eu gain de cause, les francophones du Québec auraient dû se contenter d’un résumé en français de quelques pages d’un prospectus en anglais de plus de plusieurs dizaines de pages pour prendre une décision éclairée en matière de placements.

 

L’abrogation de l’article 40.1 aurait créé un dangereux précédent et mis à mal une grande partie de l’industrie langagière puis, par le fait même, détruit ou menacé de nombreux emplois de l’industrie du savoir. Ultérieurement, elle aurait pu justifier le retranchement d’autres articles vitaux de la Charte de la langue française sous le même prétexte fallacieux de développement économique.

 

Maintenant que cette bataille est gagnée, il convient de souligner le travail du député de Sherbrooke, M. Serge Cardin, et de son attaché politique, M. Sébastien Aubé. Contrairement à leur parti, ces messieurs furent les seuls à être immédiatement convaincus de l’absolue nécessité d’agir et de faire barrage aux prétentions de Dentons et de l’Autorité des marchés financiers.

 

Malgré cette victoire, la lutte pour la sauvegarde et la promotion du français au Québec se poursuit. Si les Québécois ne veulent pas disparaître, ils doivent toujours faire preuve de vigilance et ne jamais baisser la garde. N’oublions jamais que dans le dossier linguistique, notre pire ennemi, ce n’est pas les anglophones, mais bien nous-mêmes.

14 commentaires
  • Éric D'Alo - Inscrit 6 août 2013 08 h 08

    Si les Québécois ne veulent pas disparaître, il doivent faire l'indépendance! Point!

    • Nicolas Bouchard - Abonné 6 août 2013 10 h 03

      +1 à votre commentaire M. D'Alo

    • Laurent Desbois - Inscrit 6 août 2013 13 h 08

      Aussi utile que le bilinguisme d'Ottawa!!!!

      « Le meilleur amendement à la loi 101, c’est la souveraineté. » Camille Laurin

  • Claude Kamps - Inscrit 6 août 2013 09 h 45

    Le monde de l'argent

    est international et pour pouvoir faire un choix éclairé il faut savoir l'anglais la langue des affaires internationale...
    Le français, comme l'allemand, l'italien ou le chinois sont des langues de beauté de la littérature et des textes de l'ONU qui y précise encore des fois des nuances qui n'existent pas dans les autres langues.
    Je suis de ceux nombreux qui aiment les résumés en français, mais pour plus de précision et surtout de peur que la traduction soit vite faite, je vais lire et décortiquer la version originale en anglais des affaires.
    Une victoire qui nous prive de plus de 100 occasions d'affaire par mois si nous ne faisons qu'en français nos investissements et qui en fait favorise Toronto ou Newe York...

    • Gilles Théberge - Abonné 6 août 2013 12 h 12

      S'il peut y avoir des erreurs de traduction dans le document complet présenté aux investisseurs, il peut y avoir des erreurs de traduction dans le résumé monsieur Kamps...

      Et si les traductions sont vite faites, c'est déjà un signe qui peut faire douter du sérieux de cette proposition d'affaire.

      Et justement les nuances c'est ce qui fait la précision d'une langue. La nôtre étant fort nuancée, je n'arrive pas à comprendre votre raisonnement. À moins que cvotre avis ne soit qu'un simple résonnement à cette idée de la soit-disant supériorité de la langue anglaise, qui est galvaudée sur toutes les tribunes.

      Et soit dit en passant monsieur Kamps, le français est langue officielle et a force d'interprétation à L'ONU.

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 août 2013 13 h 15

      Ça, c'est parce qu'on le veut. Si les Chinois, les Japonais, les Arabes ou les Allemands se tenaient debout, l'anglais prendrait une solide débarque.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 6 août 2013 20 h 42

      Le monde de l'argent est international, il parle donc toutes les langues et non pas une seule.

      Au Québec on fait des affaires principalement en français. Il est donc normal et obligatoire que les institutions financières qui font affaire avec les Québécois le fassent en français.

      Rassurez-vous, les entreprises compétentes sont au fait que de bouder la langue officielle du Québec, c'est mauvais pour leurs affaires.

      Vous pouvez donc vous débarasser du complexe d'infériorité linguistique et exiger le français, qui a force d'interprétation légale au Québec.

      Votre argent est donc en sécurité, parce que si le produit financier ne correspond pas au texte en français, vous serez dédomagé.

  • Gilles Théberge - Abonné 6 août 2013 12 h 05

    C'est très inquiétant

    Ce qui m'inquiète dans votre lettre, c'est ce passage. Vous dites : « Contrairement à leur parti, ces messieurs (le député Cardin et son attaché politique monsieur Aubé)furent les seuls à être immédiatement convaincus de l’absolue nécessité d’agir et de faire barrage aux prétentions de Dentons et de l’Autorité des marchés financiers.».

    C'est grave s'il n'y a qu'un seul député péquiste qui se soit inquiété et qui ait agi... Pourquoi pensez-vous que de plus en plus de gens désertent le PQ? Parce qu'on ne sait plus très bien où il se loge.

    J'entendais ce matin le commissaire aux langues officielles monsieur Fraser qui ne se contenait plus de voir qu'à Sherbrooke, aux «Summer Canadians Games), le monde de Sherbrooke se fend en 72 pour que les anglais n'apprennent pas un maudit mot de français pendant leur séjour ici. Tout le monde est bilingue. C'est à dire que les québécois parlent anglais. Monsieur Fraser va bientôt s'évanouir tant l'émotion est grande.

    Et pendant ce temps, le troupeau de députés péquistes laisse passer les trains en matière de langue, en machouillant son foin.

    C'est quoi une mentalité de colonisé...?

  • Frédéric Lacroix - Inscrit 6 août 2013 12 h 35

    Une victoire?

    Nous avons seulement évité un recul.

    Ironique de voir que de ne pas reculer est maintenant considéré comme une victoire au Québec...

    • Djosef Bouteu - Inscrit 6 août 2013 20 h 48

      C'est quand même moins pire que les analystes fédéralistes du recensement de 2011 qui essaiyaient d'avoir l'air convainquants en se félicitant que le français régresse légèrement moins vite que prévu, et qu'il fallait donc se rendormir sur cette «victoire» que fut d'agoniser moins vite qu'attendu.

      Là on «s'épargne» collectivement une régression majeure. En effet, le français a failli être relégué à une place de décoration, de fioriture réduite à l'insignifiance en investissement au profit de l'anglais seul qui aurait pu s'exprimer là où ça compte d'un point de vue légal.

      Quand on sait que le prestige et donc la vitalité d'une langue dépend principalement de l'étendue de ses champs d'usage, c'est très important.

  • Daniel Gagnon - Abonné 6 août 2013 13 h 45

    Soyons des preux!

    Monsieur Cyr, excellent de citer notre ami Winston!

    Voici une citation d'un de ses discours sur la France, radiodiffusé le 19 mai 1940:

    « Armez-vous et soyez des preux. Soyez tout prêts pour le conflit, car mieux vaut périr au combat que d'avoir sous les yeux le déshonneur de notre nation! »

    Restons fiers de notre langue, ne cédons pas aux chantages divers.

    Soyons vigilants et courageux! C'est Churchill lui-même qui nous le dit!