Libre opinion - Les tablettes, une révolution pour le monde de l’éducation

Il n’y a pas une semaine qui n’apporte son lot de nouvelles données faisant état du nombre croissant et de l’omniprésence des tablettes et des téléphones intelligents. Plusieurs s’interrogent sur ces développements qui transforment notre paysage technologique.

 

En commentant le besoin d’innover en Ontario, la première ministre Kathleen Wynne disait récemment que la réforme du système scolaire de la province est une priorité essentielle pour assurer de bonnes perspectives d’emploi aux générations futures. « Aider les enfants à développer leurs compétences en innovation et en entrepreneuriat va changer les choses d’ici dix ans », indiquait la première ministre.

 

Pour mettre en pratique cette volonté au sein des écoles élémentaires, considérons le potentiel qu’offre la tablette numérique.

 

Les premières tablettes, rappelons-le, datent de moins de trois ans. Depuis lors, elles ont conquis le monde entier en soulevant des questions sur la manière dont tout cela a des répercussions sur nos enfants en général, et sur ceux d’âge préscolaire en particulier. À TFO, nous avons surnommé cette génération de premiers utilisateurs « les tablettistes ».

 

Les experts s’entendent : les tablettes ont fondamentalement modifié la façon dont les plus jeunes parmi nous apprennent. Les parents constatent avec étonnement la manière dont des enfants aussi jeunes que 18 mois s’adaptent instinctivement à la technologie. Certains s’inquiètent de l’intensité du rapport à celle-ci et de la façon dont leurs enfants sont pris par les tablettes en s’isolant du reste du monde. Les tablettes sont devenues le jouet, l’enseignant, l’ami et la nourrice de nombreux enfants d’âge préscolaire.

 

Un problème ou une solution?

 

Commençons par les chiffres. Selon les estimations, les utilisateurs d’appareils mobiles téléchargeront 70 millions d’applications numériques en 2013. De celles-ci, plusieurs sont consacrées à l’éducation et à l’apprentissage, dont un grand nombre est destiné aux enfants d’âge préscolaire. À leur meilleur, les applications encouragent la formulation de concepts et de modèles, et l’organisation des idées. Elles encouragent la résolution active des problèmes. Ce dont les parents devraient se préoccuper, ce sont les jeux et les applications qui nécessitent peu ou pas du tout d’interactivité.

 

Deuxièmement, nous devons reconnaître l’énorme pouvoir démocratique qu’apporte cette transformation. Il y a approximativement 1,5 million d’écrans mobiles (téléphones intelligents, tablettes et mini-tablettes) à l’heure actuelle. D’ici 2018, ce chiffre explosera à 7,5 milliards d’écrans, soit plus d’une tablette par personne sur la planète. Jamais auparavant autant d’enfants, sans égard aux revenus ou à la géographie, n’ont eu une telle capacité d’apprentissage et de contrôle au bout de leurs doigts. Le potentiel d’influence et d’amélioration de nos vies est remarquable.

 

Néanmoins, il y a certains défis qui résultent de cette « révolution de tablettes ». Les enfants qui entrent à la maternelle et en première année au cours de ces prochaines années auront développé leurs compétences d’apprentissage d’une manière totalement nouvelle et unique. Au cours de ces trois dernières années, ils ont choisi, conçu et parfois même développé les contenus qu’ils consomment. Contrairement à toutes les générations précédentes, ils ont été en mesure de gérer et de manipuler leur propre environnement d’apprentissage. Ces enfants sont pour ainsi dire programmés pour contrôler leur destinée. Ce sont des constats positifs.

 

Penser à la transition

 

Cependant, réfléchissons un moment à ce qui pourrait se produire quand ces enfants vont subitement rencontrer une structure et un environnement d’apprentissage comme une salle de classe. Pour beaucoup, la transition pourrait être bouleversante. Nous courons le risque de transformer les tablettistes en une jeune génération de décrocheurs, physiquement présents mais intellectuellement et émotionnellement déconnectés d’une expérience d’apprentissage qui leur apparaît étrangère et étouffante.

 

Les défis sont à nos portes. La bonne nouvelle est que beaucoup peut être accompli à condition que les parents, les aidants, les enseignants et les administrateurs travaillent ensemble.

 

Les parents et les aidants doivent très tôt jouer un rôle actif en présentant à leurs jeunes de bonnes activités d’apprentissage et en s’assurant que la transition vers l’éducation formelle se réalise avec créativité dans les écoles que leurs enfants fréquentent.

 

Les enseignants et les administrateurs sont aussi appelés à la tâche. Ils doivent adapter rapidement les méthodes d’enseignement et l’environnement de la salle de classe afin de les rendre prêts pour ces jeunes tablettistes. Le changement d’attitude sera gage de succès, tout autant qu’une volonté de s’éloigner d’un modèle didactique contrôlant, dorénavant plus porté vers une expérience plus collaborative et partagée avec les élèves.

 

Enfin, les entreprises médias éducatives publiques comme le Groupe Média TFO ont un rôle à jouer en collaborant avec les éducateurs et en appuyant la pratique de ceux-ci avec des outils novateurs adaptés. Nous devons développer et acquérir des contenus d’apprentissage qui tirent profit de l’expérience des tablettistes. Tout cela en partenariat avec les parents et les enseignants, afin d’optimiser les meilleures pratiques et explorer de nouvelles possibilités d’apprentissage.

 

La technologie des tablettes numériques offre à nos enfants des possibilités extraordinaires. C’est maintenant le temps pour le reste d’entre nous de le reconnaître et d’en saisir tout le potentiel.

7 commentaires
  • Gisela Droege - Inscrit 3 août 2013 08 h 18

    L'influence des technologies, en forme de tablettes ou autrement, est exageree enormement dans le domaine de l'education. Ce sont avant tout des outils de divertissement pour les jeunes - et les adultes. Les livres et les manuels ne sont pas encore disponibles en forme electronique de facon suffisante. Meme l'idee d'un "flipped classroom" qui pretend que les étudiants puissent ecouter l'enregistrement des lectures des professeurs a leur guise et faire les devoirs avec l'aide de leurs enseignant(e)s en classe n'a pas fait son chemin...Au college ou j'enseigne, un logiciel pour aider l'apprentissage de l'Anglais a ete tres peu utilise par les étudiants, tout comme les nombreux sites d'exercises en grammaire qu'on peut trouver partout. Devenir competent en lecture, ecriture, mathematiques requiert comme toujours de l'effort et de la patience, et ce sont les enseignant(e)s et les jeunes qui les fournissent, pas des tablettes. Ceci etant dit, ce commentaire est redige sur une tablette, mais les accent manquent a l'appel....et la fonction 'verifier l'orthographe du Devoir me dit 'Aucune erreur d'orthographe detectee'....

  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 3 août 2013 08 h 48

    Rayonnement électromagnétiqe malsain?

    Il me semble avoir déjà entendu des commentaires négatifs au sujet de pollution électromagnétique reliée à ce genre de technologie. S'il fallait que ce soit bien vrai, imaginez le nombre d'électrosensibles qui s'en vient! Alors, de l'information làsessus svp et et que cette information ne vienne pas seulement de sources pro tablettes!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 3 août 2013 09 h 16

    Tablettons les anglicismes

    Pourrais-je suggéger au Devoir d'utiliser "ardoise électronique" à la place de "tablette numérique", et "téléphone multifonctionnel" plutôt que "téléphone intelligent", de même qu"utilisateurs" plutôt que "tablettistes ?"

  • Patrick Lépine - Inscrit 3 août 2013 09 h 47

    On leur apprend à appuyer sur des boutons...

    J'aime qu'on "programme" les élèves, la confusion avec les machines est presque complète.

  • Normand Paradis - Abonné 4 août 2013 07 h 24

    L'arbre qui cache la forêt

    L'outil est important pour celui qui sait l'utiliser, en menuiserie, en ski ou autrement. L'apprentissage de la langue, des maths, de la géographie, du droit, de l'économie, de la cuisine, ne sera pas handicapé par l'usage d'un appareil électronique... ni facilité. L'usage de l'appareil constitue un nouvel apprentissage et faut-il le souligner, une occasion de dispersion par la facilité à être diverti.
    J'ai enseigné au Québec, en Ontario, en Alberta et en Saskatchewan et j'ai constaté que l'ordinateur portable pour tout les élèves est un atout pour les uns et un problème pour les autres. Les bons élèves apprennent mieux et progressent plus rapidement avec cet outil. Les élèves en difficulté sont au contraire pénalisé dans leur développement. L'occasion de divertissement devient irrésistible et la dispersion, la diversion devient une alternative à l'apprentissage sérieux et plate (parfois) qui lui requiert des efforts et des préalables non-acquis par nos élèves.
    Il n'y a pas de recettes magiques en éducation ni de méthodes miracles encore moins de technologies magiques pour réussir à transformer une personne en une meilleure personne.
    Bac en édu, Bac en histoire, scol. Ma, EAO505742