Libre opinion - Prière de clignoter!

Ce plaidoyer athée a trois parties : Tout d’abord : Je sais ou «Pardonnez-nous nos offenses».


Ensuite : Je coopère ou «Comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés».


Enfin : Néanmoins, faites de même ou «Sinon je risque de retourner au ciel plus vite que prévu».


Au commencement de cette lettre, je sais que certains de mes voisins cyclistes peuvent être dangereux. J’évite d’ailleurs les pistes cyclables en grande partie à cause de ceux-ci. Je sais que bon nombre d’entre nous ne signalent pas avant de tourner ou pensent que les feux rouges sont uniquement pour juguler la hargne des engins à moteur.


Je vous prie de me pardonner en leur nom.


Cependant, cette année, je n’ai plus de patience et pourtant je vous jure que j’y travaille.


Par trois fois, depuis avril, je suis passé à un centimètre de l’accident.


Par trois fois, le même scénario de la voiture qui, par paresse, est incapable de signaler le fait qu’à cet instant, elle va tourner.


L’automobile ralentit de manière obscure mais hâtive, le vélo, qui est juste derrière, se retrouve sur le côté droit de la voiture pour finir par freiner des quatre fers, soulever sa roue arrière ce faisant, se cognant sur le rétroviseur du côté de la place du mort. Le comble de l’ironie nous fait parfois même nous affaler sur le clignotant éteint.


Il me semble que nous sommes dans le domaine de la facilité : nous parlons ici d’un coup de poignet ou même parfois d’un index effleurant le côté de son volant. Ici, l’automobiliste envoie un message de paix, expliquant que la route, multiple, variée, comprend la voiture, la moto, le cycliste, le piéton, voire le pigeon unijambiste.


C’est saisir qu’en tant qu’automobiliste, notre engin de plusieurs centaines de kilos est favori à dix contre un par rapport à un corps humain assis sur un siège de bicycle.


Je nommerais cette action de la bienséance à moteur.


La dernière fois que ce scénario m’est arrivé, j’ai hurlé le nom du meuble abritant les petits pains plats bénis propre au catholicisme, je me suis rangé à côté de la voiture dans une colère noire, expliquant au conducteur en lettres capitales que sa conduite avait un pouvoir irritant rarement atteint par les maringouins les plus sauvages.


Sa réponse, incroyable : «T’as pas mis ton casque.» Celui d’avant : «Je ne t’avais pas vu.» Le premier argumentait même sur le fait qu’il était arrivé quoi que ce soit.


J’ai ravalé mon dégoût, ma colère et mon dédain de leur déni malpropre et les trois fois, je les ai pardonnés, tremblant d’adrénaline.


Je me moque éperdument de ce qui pousse un automobiliste à ne plus croire en la sainte utilité d’un clignotant.


Je pense même qu’avoir « oublié mon casque » ce matin ou que « vous ne m’ayez pas vu » ne change rien à un principe d’une force exemplaire : votre clignotant, c’est ma ceinture de sécurité !


Je suis un homme libre, responsable et heureux. Mon casque, mes lumières, mes freins m’appartiennent ; mais cette ceinture, vous seuls pouvez me la mettre.


Je vous promets que je vais, chaque jour, coopérer, mais bon Dieu, faites de même!

 

Luis-Gaylor Nobre - Montréal

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