Libre opinion - La pollution «harleyiste», ça suffit!

« Je n’ai besoin de personne

En Harley Davidson

Je n’reconnais plus personne. »

Serge Gainsbourg chanté par Brigitte Bardot.

 

Au cours d’une balade au coeur de Baie-Saint-Paul, j’aperçois un écriteau accroché au mur d’un édifice public : « À Baie-Saint-Paul, le bruit, c’est tolérance zéro… » Mes oreilles bourdonnent. Toutes les deux minutes, j’entends des Harley-Davidson troubler cet environnement censé être sans bruit.


Dès les beaux jours revenus, les « harleyistes » prennent les routes d’assaut. Mais pourquoi sont-ils si nombreux depuis quelques années ? En fait, la compagnie Harley-Davidson (HD) mène une guerre sans merci pour conquérir la planète. HD a coupé ses prix de vente afin de pouvoir imposer SA sous-culture et l’identité Harley. Les ventes ont grimpé en flèche et les nostalgiques d’une image idyllique de la liberté sur deux roues ont revêtu les uniformes, les couleurs (noir et orange), les casques (parfois de style nazi !!!), un design de ces monstres de chrome d’un autre âge et même des signes et des attitudes propres à leur « grande famille », me confiait l’un d’eux. Un « harleyiste » s’identifie fortement à sa secte avec des airs de macho, c’est-à-dire à un mythe de l’homme fort à moto comme chantait Édith Piaf dans L’homme à la moto : « Il portait des culottes, des bottes de moto, un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos… » Dans cet esprit, les « harleyistes » adoptent la fâcheuse habitude d’envahir les routes en pétaradant à la manière des bandes de durs à cuire comme les Hells Angels.


De fait, les propriétaires de ces motos hyper bruyantes sont devenus ainsi une espèce particulière ; en effet, faire du bruit leur semble un précepte religieux ; ils aiment se déplacer en « gang ». En une heure, il arrive qu’une centaine de ces engins traversent une zone touristique. En ville, quand une dizaine de motos attendent le passage d’un feu de circulation au vert au coin d’une rue, il faut prendre une grande respiration et observer le sourire ravi de ces « extrémistes » de la moto écouter ronfler leurs infernales machines à cracher des décibels. Ils donnent l’impression de voler sur un nuage (de fumée, on s’entend…), comme dans la magnifique chanson de Diane Dufresne Pour un gars d’bicycle :


« Ôtez-vous de delà quand y pèse su’l gaz

Un nuage de feu pis tout le monde s’écrase

Quand y vient dans le bout avec toute sa gang

On les entend venir l’autre bord de la montagne. »


Leurs pétarades polluent notre environnement ; je n’arrive tout simplement pas à comprendre pourquoi les villes et les municipalités laissent faire… Et beaucoup de citoyens aussi, sous le prétexte que dénoncer cette pollution envahissante pourrait nuire à la venue de ces touristes bruyants. L’argument ne tient pas la route ; en effet, de plus en plus, d’autres catégories de touristes se tiennent loin des lieux de passage de ces bolides assourdissants… Silence citoyen ou pas, discipliner ces hordes irrespectueuses d’un environnement normal s’impose. Que des enfants fassent du bruit pour se faire remarquer passe encore, mais dans le cas d’adultes, surtout aux tempes grisonnantes, ça suffit.


Depuis longtemps, des règlements existent pour limiter le bruit des camions, des voitures, des motoneiges et de tous les types de véhicules qui circulent sur les routes, mais les Harley-Davidson semblent intouchables. Pourquoi ? Y a-t-il des lobbyistes « harleyistes » qui ont convaincu les ministres et toutes les autres catégories d’élus des bienfaits du bruit dans une ville ? Pouvons-nous, simples citoyens à pied, déambuler tranquillement dans un lieu touristique sans ces agressions continues par le bruit ? La technologie de contrôle du bruit qui rend les motos presque silencieuses existe chez plusieurs marques, mais pas chez Harley. Les « harleyistes » ont beau s’identifier à une mode du passé si ça leur chante, mais pas au détriment de leurs concitoyens et concitoyennes.

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