Libre opinion - Le casque doit rester optionnel

La position de la Coalition vélo de Montréal (CVMBC) est claire : le port du casque doit rester optionnel. Nous croyons que l’entrée en vigueur d’une telle loi n’augmentera pas la sécurité des cyclistes de façon significative et ne fera que diminuer le taux d’utilisation du vélo chez les jeunes. Personne ne contredit le fait que le casque est un moyen efficace pour protéger contre les impacts crâniens et cérébraux. Cependant, la sécurité des cyclistes passe avant tout par des infrastructures adéquates et l’éducation de tous les usagers de la route. Le port du casque ne doit pas être une mesure pour pallier les carences des aménagements actuels.


Les études internationales sont sans ambiguïté : l’obligation du port du casque décourage l’utilisation de la bicyclette, qui est une activité saine et sécuritaire. N’oublions pas qu’un mode de vie actif réduit les charges sur le système de santé. Des études effectuées ailleurs démontrent en effet que la société en général ne bénéficie pas de l’imposition du port du casque, au contraire. Il est faux de dire que l’entrée en vigueur en Alberta d’une loi similaire n’a pas eu d’effets négatifs sur l’utilisation de la bicyclette. De 2000 à 2006, pendant que l’utilisation du vélo vers les écoles et universités augmentait de 83 % parmi les adultes, auxquels le casque n’était pas imposé, on pouvait noter une baisse de 67 % chez les enfants et de 51 % chez les adolescents, ce qui n’est certainement pas souhaitable.


Nous réclamons aussi des cours sur la conduite d’un vélo dans les écoles primaires, de la même manière qu’ils sont présents aux Pays-Bas ou au Danemark, pour améliorer les comportements des jeunes cyclistes, et offrir, par la même occasion, une première étape dans l’éducation à la sécurité routière. Nous croyons qu’une telle mesure aura des effets positifs sur le bilan routier et qu’une fois qu’une partie de ces mêmes cyclistes prendront la route en tant qu’automobilistes plus tard dans leur vie, ils sauront mieux composer avec les autres usagers de la route et avoir des comportements plus sécuritaires.


Au cours des dernières années, nous remarquons déjà une augmentation du port du casque. En effet, dans l’Enquête 2008 sur le port du casque de sécurité de la SAAQ, on note une augmentation de son utilisation de 44 % de 2000 à 2008, passant de 25,4% à 36,6 %. Nous croyons fermement qu’une approche de sensibilisation et d’éducation doit être la base de cette augmentation et la stratégie actuelle semble bien fonctionner.


De plus, selon les dernières données du SPVM, nous observons une baisse des blessés graves et de la mortalité parmi les cyclistes, cela sans l’obligation du port du casque et malgré la forte hausse annuelle du nombre de cyclistes. Encore une fois, l’augmentation de la sécurité des cyclistes doit passer par l’éducation de tous les usagers de la route ainsi que l’amélioration substantielle des infrastructures.


Nous concédons que le casque est un outil efficace dans la réduction des blessures pendant l’apprentissage de la conduite du vélo chez les enfants. Par contre, en obliger l’utilisation jusqu’à 18 ans nous semble être une mesure démesurée en fonction des effets désirés. Pour cette raison, nous réitérons notre position que le casque doit rester optionnel et demandons plus d’éducation et de sensibilisation pour les cyclistes et les autres usagers de la route, au bénéfice de tous.

 

Pierre-Luc Auclair - Coalition vélo de Montréal

14 commentaires
  • Gwenn Scheppler - Inscrit 28 juin 2013 01 h 59

    retour en 1980 : la ceinture de sécurité en auto doit rester optionnelle

    Selon nos dernières informations en la matière, il y a moins de tués sur les routes, et rien ne prouve que cela soit grâce au port de la ceinture de sécurité. Comme cet équipement de sécurité est gênant, en plus d'être tout à fait hideux, il risque de rebuter de nombreux conducteurs qui préféreront aller en métro, ou pire, à pied, comme des hommes des cavernes.
    Nous préconisons donc que la ceinture de sécurité demeure optionnelle, étant donné son faible impact positif : pour sauver la vie de 3 quidams, on risque d'en rebuter 300 ! La prévention et la sensibilisation, ainsi que des cours de conduite sont largement suffisants pour garantir la sécurité des usagers de la route. Pas besoin non plus de lumières arrières (il suffit de voir la route devant soi, après tout), ni de pare-chocs (ça rouille et ce n'est pas aérodynamique).

    Demandez donc aux coureurs du Tour de France ou du Giro si ils trouvent leur casque inutile quand ils chutent dans les sprints ou dans les descentes. On peut se fracasser le crâne à 10 km/h seulement, de toute façon. En tant que cycliste qui roule en ville depuis 20 ans, je trouve votre position contre-productive et irresponsable. Le casque ET la prévention, c'est la position que de mon point de vue vous devriez défendre. Mis à part le casque, qu'est-ce qui protège un cycliste lorsqu'il chute ? Ses poils de bras ?

    • Vincent Beaucher - Abonné 28 juin 2013 09 h 16

      Vous faites des extrapolations et des liens douteux qu'il en devient difficile de suivre votre raisonnement et surtout d'y adhérer. Il y a une différence entre un vélo (surtout conduit par des jeunes) et une auto, et cela se réflète dans le nombre de décès associés à ce dernier.

    • Gilles Landry - Inscrit 28 juin 2013 14 h 09

      Vos extrapolations et vos liens (comme disait l'autre) sont tout à fait appropriés, j'ai suivi votre raisonnement et j'y adhère entièrement.

      Je cite l'article : "l’obligation du port du casque décourage l’utilisation de la bicyclette, qui est une activité saine et sécuritaire."
      Activité sans dangers? J'ai gardé mon ancien casque qui m'a sauvé d'une mort certaine. IL est en trois morceaux! Sans lui, j'aurais été inclus dans les statistiques de ceux qui ont été découragés de faire du vélo... Après quelques années de port obligatoire du casque, il y aura un effet d'entrainement (sans jeu de mots) comme c'est le cas au hockey : casques et vélos deviendront inséparables.


      @ Vincent Boucher

      Selon vous, le nombre de décès associés à l'automobile (comme vous dites) prend-t-il en compte les décès de ceux qui ont été frappés par une automobile.

      Par exemple, lorsqu'un chauffard m'ouvre sa portière en pleine face, comme c'est si souvent le cas, à quel genre de chute suis-je exposé? Quelque soit son âge et son expérience, croyez-vous qu'un cycliste a le temps de protéger sa tête dont le poids moyen est de 5 kilos?

      Un stage dans les salles d'urgence, au plus vite!

    • Magali Bebronne - Abonnée 28 juin 2013 15 h 34

      Deux énormes biais dans votre commentaire:
      - Il est fallacieux de prétendre que la ceinture de sécurité ait découragé l'usage de l'automobile. Si seulement c'était vrai, on pourrait se réjouir! Espérons que cela contribue à faire prendre conscience de la dangerosité de ce mode de transport, de loin supérieure à celle du vélo.
      - Vous parlez de cyclistes de haut niveau du Tour de France, alors que nous parlons d'enfants et d'adolescents qui se déplacent quotidiennent dans leur milieu de vie, leur ruelle, le parc proche, les pistes qui sont à leur disposition... Avez-vous remarqué que les pilotes de formule 1 portent des casques? Ne voilà pas la parfaite démonstration que tous les automobilistes devraient en faire de même?

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 juin 2013 17 h 24

      Votre argument ne tient pas la route: personne n'a cessé d'utiliser la voiture après l'obligation de la ceinture.

  • Michel Thériault - Abonné 28 juin 2013 07 h 50

    Merci pour votre texte

    Enfin du gros bon sens ! La décision de porter un casque à vélo (et/ou en ski) doit être prise par les citoyens et non par l'État.

  • Martine Fortin - Inscrite 28 juin 2013 09 h 22

    Écoeurée du maternage.

    Peut-on laisser un peu de liberté aux citoyens? Peuvent ils avoir, de temps en temps, la liberté d'utiliser leur jugement? Mes enfants n'ont vraiment pas besoin du gouvernement pour décider et agir à leur place! Ils sont autonomes. Est-ce possible, dans cette république de bananes corrompus, de vivre sans être ramenés constamment à l'ordre.
    Personne ne veut un état policier invivable. Le mot LIBERTÉ est clairement INSCRIT plusieurs fois dans la constitution américaine. Peut-on être libre de décider pour soi, et utiliser couramment notre discernement.

    Bref, le casque n'est pas un bouclier, si tu te fais accrocher par une auto de 2500kg à 60km à l'h; t'arvole loin. Les parents ont le devoir de gérer tout ca, c'est leur job; pas celle du gouverne-maman.

    • Jacques Gagnon - Inscrit 28 juin 2013 14 h 51

      Les comportements matures, on ne les voit pas souvent. Quand les gens sont laissés à eux-mêmes, c'est le saccage garanti. Les gens ne s'autorégulent pas. Le problème, c'est que tout le monde paie quand tu tombes sur la tête par toi-même. Tous paient le prix de la liberté, y compris ceux qui pourraient se passer des règlements. Quand tu jettes tes déchets par la fenêtre, tu crois qu'on ne t'a pas vu, mais quand tu tombes sur la tête, tu souhaites vivement qu'on va te voir.

  • Michel Richard - Inscrit 28 juin 2013 11 h 31

    Je me dis toujours



    Que c'est ma tête à moi, fait que c'est moi qui décide ce que je mets dessus. Pas le gouvernement. Et mon choix, à date, c'est de rouler nu-tête.

    Par contre, dimanche dernier, sur la piste cyclable qui passe devant Habitat 67 deux cyclistes se sont accrochés 100 m devant moi. Un, sur un bixi et sans casque, est tombé tête première sur le pavé. Il est demeuré inconscient plusieurs minutes pendant que j'appelais le 911 en panique. (l'autre cycliste impliqué dans l'accrochage appelait aussi).

    Une demi-heure plus tard, quand il a été chargé en ambulance, le blessé était conscient, mais à peine. Diagnostic sur les lieux de l'accident: traumatisme crânien grave. Au minimum, une grosse comotion.

    Je continue à croire que c'est moi qui décide si je mets un casque sur ma tête, mais je me dis que mon choix pourrait bien changer bientôt . . . .

    • Gilles Landry - Inscrit 28 juin 2013 14 h 13

      Vous choix est déjà changé : ce n'est pas une question de liberté. C'est une question de gros bon sens!

  • Daniel Houx - Inscrit 28 juin 2013 14 h 36

    Même chez les professionnels

    Je fais du cyclisme depuis mon enfance et j'ai carrêté la compétition à plus de 50 ans. Je porte un casque depuis 20 ans et, au moins une fois, ça m'a sauvé la vie. En franchissant un passage à niveau, j'ai fait une chute et ma tête a violemment percuté l'asphalte. Le casque s'est brisé. J'imagine ce que cela aurait donné sans protection.

    En compétition, les cyclistes roulent facilement à 40 km/h en peloton. Les chutes sont régulières et, même les pro du cyclisme ont des réticenses. Ils ont fait la grève en 1991, refusant de partir à une étape du Tour de France. Il faut dire que les casques du temps n'étaient pas très ventilés et qu'il faisait particulièrement chaud depuis quelques jours.

    Le port du casque n'était par la suite qu'une recommandation. La mort d'Andrei Kivilev, en 2003 a cependant changé les choses; la recommandation est devenue une obligation. Maintenant tout les compétiteurs ont un casque mais ça a pris du temps.

    Idéalement tous les cyclistes devraient porter le casque mais c'est une illusion de vouloir le rendre obligatoire. Qui ferait appliquer la loi? Les policiers en ont déjà plein les bras, il suffit de regarder les arrêts obligatoires non respectés ou le nombre de cyclistes qui roulent à gauche ou sur les trottoirs pour en être convaincus. Actuellement l'éducation vaut mieux que la coercission.

    • Michel Richard - Inscrit 28 juin 2013 15 h 16

      Quand j'ai couru, même mes années junior, au milieu des années '70, le casque n'était obligatoire que pour les critériums.

      Pour les courses en ligne, on roulait routninièrement en peloton à 40 km/h, sans porter de casque. Il y avait des chutes, évidemment, certains se faisaient sérieusement mal. Nous étions tous conscients des risques inhérents à la compétition en peloton.

      Comme tout le monde qui a couru pendant plusieurs années, j'ai chuté à plusieurs reprises et j'ai laissé beaucoup de peau sur l'asphalte des routes du Québec et des rues de Montréal. J'ai été chanceux, je ne me suis jamais fait sérieusement mal à la tête.

      Dans le cadre d'un sport organisé, je comprend que les autorités puissent vouloir forcer le port du casque pour protéger l'image du sport en question. Mais en dehors de ça, je persiste à dire que le propriétaire d'une tête devrait avoir le dernier mot en ce qui concerne sa protection.