Libre opinion - Il faut stopper le déclin des loisirs et du sport

Le gouvernement du Parti québécois rendait public le 10 juin dernier son livre vert intitulé Le goût et le plaisir de bouger. Vers une politique nationale du sport, du loisir et de l’activité physique. Pour la petite histoire, il n’est pas indifférent de rappeler que c’est également le gouvernement du Parti québécois qui a publié en 1977 le premier livre vert sur cette question, intitulé Prendre notre temps, alors que M. Claude Charron était ministre délégué au Haut-Commissariat à la jeunesse, aux loisirs et aux sports. Il était suivi deux ans plus tard d’un livre blanc […] intitulé On a un monde à recréer.


[…] Je voudrais […] insister sur la question du temps, en m’appuyant sur une source de données qui porte non sur des déclarations ou des perceptions, mais sur une mesure du temps quotidien réellement consacré à telle ou telle activité. À cet effet, Statistique Canada (SC) a réalisé depuis 1986 une série d’études sur l’emploi du temps ; la dernière date de 2010 et comprend pour le Québec un échantillon de plus de 2200 répondants (de 15 ans et plus).


Or, selon ces données, pour la première fois en un demi-siècle, le temps total consacré à des activités de loisir a diminué. […] Les Québécois consacrent de plus en plus de temps au travail rémunéré ; entre 1998 et 2010, la population active consacre quatre heures de plus au travail, la durée moyenne de la semaine de travail est d’environ 41 heures, de 45 heures si on y ajoute le temps de déplacement. Parmi la population des 15-24 ans, temps de travail et temps scolaire totalisent 40 heures par semaine.


Or le temps additionnel consacré au travail ou aux études doit être récupéré quelque part : il se traduit par une ponction sur le temps de loisir (pour environ 90 % de la croissance du temps de travail), un peu sur les tâches ménagères et la participation à la vie associative. La régression est encore plus forte chez les parents avec de jeunes enfants étant sur le marché du travail : la mesure de leur temps de loisir est la plus faible depuis que SC a entrepris ce genre d’enquêtes, car on a coupé davantage dans ses loisirs que la moyenne de la population pour accroître le temps consacré aux enfants ; en hausse de 50 % chez les pères et de près de 20 % chez les mères.


Dans ces circonstances, on ne s’étonnera pas que le temps consacré à l’activité physique soit en décroissance. Car dans le temps consacré aux loisirs, seule l’écoute de la télévision se maintient ; on observe une décroissance du temps consacré au sport, à la lecture et aux sorties de toutes sortes. On coupe sur tout, sauf sur la télévision !


Mais, à la différence de la plupart des activités de loisir, la pratique sportive représente toujours la même fraction du temps total de loisir. Autrement dit, on diminuera son temps sportif du même rythme que la diminution totale de son temps libre. On réussit malgré tout à consacrer à l’activité physique une proportion relativement constante de son temps libre total. Seule donnée positive : si on analyse l’évolution du temps sportif selon l’âge, seule la population âgée de 15 à 19 ans y consacre maintenant plus de temps (entre 2005 et 2010), à raison d’une heure de plus par semaine chez les 15-17 ans et de trois heures de plus chez les 18-19 ans.


En se comparant, on se console, car les données de SC pour sa dernière enquête réalisée en 2010 indiquent très clairement que seule la population de la Colombie-Britannique consacre au sport plus de temps que la population québécoise. Il reste à vérifier si le déclin du temps consacré aux loisirs et au sport constitue une tendance lourde dans le monde occidental.


Une politique du loisir doit se doubler d’une politique du temps. Selon les temporalités et les cycles de vie, les arbitrages sont nombreux : on doit tenir compte de la venue des enfants, de la carrière professionnelle de chacun, des exigences scolaires de plus en plus grandes, des aspects reliés aux solidarités intergénérationnelles.

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