Libre opinion - Un «squat» à Montréal? C’est un début de réponse.

Le collectif « À qui la ville ? » dénonce l’embourgeoisement frénétique des quartiers populaires majoritairement peuplés de locataires repoussés à la marge à cause de la spéculation. Le groupe propose comme solution la réserve foncière (terrains et bâtiments) à des fins de logement social et prône l’action directe pour forcer les pouvoirs publics à en faire une priorité et à y consacrer les budgets nécessaires. Du 1er au 6 juin, il a squatté un terrain vacant de Saint-Henri.


La convergence de plusieurs éléments pourrait avoir favorisé l’ouverture du squat, sa durée et sa fin, somme toute positive puisque les squatteuses et squatteurs affirment avoir fait le choix de quitter le terrain !


D’abord, les personnes mobilisées venaient d’horizons militants très diversifiés et, pour le temps de cette action au moins, très complémentaires. Les groupes communautaires, dont le POPIR-Comité Logement implanté depuis 40 ans à Saint-Henri, ont apporté la connaissance de l’enjeu et des besoins des ménages du quartier, la connaissance du terrain et de son propriétaire. Les résidantes et résidants de Saint-Henri qui ont participé massivement à la manifestation d’ouverture puis au squat ont apporté une vitalité quotidienne en venant y passer la journée, en faisant des dons, en participant aux activités ! Finalement, les militantes et militants, ceux et celles que Peter Sergakis, ignorant de la réalité militante montréalaise, a appelés « les anarchistes, les punks et même les carrés rouges », ont dormi toutes les nuits dans le squat, faisant fi des conditions et travaillant à la création d’un milieu de vie alternatif. Ainsi, toutes et tous ont vécu et revendiqué côte à côte pendant près d’une semaine, se donnant mutuellement crédibilité et légitimité, créant un rapport de force autour d’une même cause.


Eh oui, la cause ! Les condos contre les logements sociaux ! Le profit des promoteurs contre la réponse aux besoins pour un milieu de vie ! Qu’on l’appelle lutte anticapitaliste parce qu’elle refuse la marchandisation de l’espace urbain ou lutte pour le droit au logement qui nécessite de retirer des mains des promoteurs et des investisseurs des terrains qui seraient forts utiles à la communauté, que la cause a ralliée.


Finalement, choisir le squat comme moyen d’action directe s’imposait aux militants de la lutte pour le droit au logement, qui ont répété les pressions sur cet enjeu et attendent toujours des réponses plus concrètes que de sympathiques tapes sur l’épaule. Il est impensable de se satisfaire de « je suis avec vous » quand l’échéance électorale est si proche et que tout ce qui ne sera pas gagné d’ici novembre 2013 sera à recommencer. Vivre le squat s’imposait aussi aux habitués des manifs de soir qui ont déjà prouvé leur ténacité, aux 99 % qui ont déjà prouvé leur résilience, aux locataires de Saint-Henri qui n’en sont pas à leur premier (!), aux anarchistes et aux punks de Saint-Henri qui étaient prêts à résister et lutter pour leur quartier !


Ces quelques éléments qui ont fait, en partie, le succès de cette action se retrouvent dans d’autres quartiers populaires. C’est d’ailleurs derrière la multiplication de ce type d’initiative que se trouvera peut-être la réponse… À qui la ville ?

À voir en vidéo