Libre opinion - Erdogan, l’ISQ, Le Devoir et la démographie

Le premier ministre turc semble penser que le nombre de trois enfants par femme est une cible à se donner pour assurer une augmentation de la population, et les réflexions sur cette intervention semblent plutôt négatives (voir l’éditorial du 5 juin de Serge Truffaut). Pour Marie-Andrée Chouinard, dans sa couverture le même jour d’une récente publication de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), une cible de 10 enfants n’est peut-être plus nécessaire, mais un taux de fécondité en hausse, à 1,73, semblerait ralentir le « déclin » démographique et offrir des « jours meilleurs » au Québec. Chouinard reflète bien les propos de l’ISQ selon lesquels « l’amélioration des indicateurs [est] encore insuffisante pour permettre au Québec de croître plus rapidement que le reste du Canada », mais amenuise la différence d’accroissement.


C’est assez frappant : de façon assez régulière, les journalistes du Devoir (pour ne parler que d’eux et d’elles) embarquent dans les propos des institutions qui suivent de telles tendances. Un autre exemple a été l’éditorial de Jean-Robert Sansfaçon du 10 février 2012 commentant le rapport de Statistique Canada, qui titrait Contrer le déclin, alors que le Québec montrait une croissance démographique moindre que d’autres provinces dans l’Ouest.


Il semble tout simplement acquis que la population devrait augmenter, ici, même si l’on manifeste des réticences quand il s’agit d’autres pays comme la Turquie. Et que dire de nombreux pays pauvres dont les populations doubleront dans les prochaines décennies ? Il serait temps que les journalistes - peine perdue pour les institutions, voire les gouvernements - nous présentent une couverture qui permet de saisir les véritables enjeux. Y a-t-il une limite souhaitable à notre population ? Celle-ci ayant quadruplé dans l’espace d’une vie humaine, il y a maintes opportunités de se poser la question. Désirons-nous, devrions-nous cibler une population québécoise de 10 millions ? de 16 millions ? de combien ?


Le rôle de la croissance démographique dans l’évaluation de l’économie - elle fait augmenter le PIB - est inscrit dans les moeurs, mais tout comme on doit constater qu’il y a des limites quant à la croissance de nos atteintes aux écosystèmes, il serait le temps de constater qu’il y a des limites quant au nombre de personnes qui sont en cause dans ces atteintes. Et que dire des milliards de pauvres dans les pays où les populations continuent à croître alors que la planète a atteint ses limites dans sa capacité à nous soutenir, à les soutenir dans leur espoir de voir des jours meilleurs ? On s’inquiète du « vieillissement » de la population chinoise, qui aurait 400 millions de personnes de plus n’eût été la décision de la restreindre ? Il y a bien plus de raisons de s’inquiéter de la croissance presque hors de contrôle de la population indienne, qui risque de « gagner » la course et de dépasser en nombre celle de la Chine dans les prochaines années.


Le « déclin » et le « vieillissement » représentent les choix qui s’imposent à la suite de notre incapacité de « respecter le remplacement des générations » depuis des décennies, voire des siècles. Cette expression s’applique aussi bien au dépassement qu’à l’insuffisance…

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5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 6 juin 2013 07 h 50

    On s'inquiète d'augmenter le taux de notre population alors que le problème de l'heure n'est pas les changements climatiques, mais bien la surpopulation d'une planète qui ne cesse croître.

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 juin 2013 09 h 42

      Les deux sont liés. Si plus de personnes brûlent des carburants fossiles ou détruisent des forêts pour manger, même si la consommation de chacune est stable ou en baisse légère, alors la situation va continuer à empirer.

      Et notons qu'il ne faudrait pas simplement brûler moins de pétrole, gaz et charbon pour régler le problème, mais cesser d'en brûler...

  • France Marcotte - Inscrite 6 juin 2013 09 h 21

    Pourquoi elle tourne? Parce que.

    «Le rôle de la croissance démographique dans l’évaluation de l’économie - elle fait augmenter le PIB - est inscrit dans les moeurs...»

    Ah bon, voilà pourquoi il faut croître sans réfléchir, en un réflexe conditionné. Pour alimenter la grande roue de l'économie qui a toujours plus faim de sueur et de performance.

    Suffirait donc d'arrêter de courir pour que la machine s'enraye?

    Quelle système génial et tellement humain!

    Si on se reposait, juste pour voir?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 6 juin 2013 10 h 39

      «il faut croître sans réfléchir», c'est exactement le comportement auquel pousse l'appréciation d'une société, et de la qualité de vie de ses citoyens, que par les lunettes économiques.

      Et c'est d'autant vraie quand ont utilise a ras-le-bol l'endettement économique, qui est rien d'autre que de dépenser aujourd'hui ce que l'on produira dans le futur.

  • anne teysseire - Inscrite 7 juin 2013 02 h 40

    Demographie Responsable

    Effectivement,une croissance infinie de nos effectifs et de l'économie n'est pas envisageable sur notre planète finie, nous ne repousserons pas les murs! cette planète que sera-t-elle quand nous la laisserons aux générations suivantes? ses ressources naturelles dévastées,ses espaces naturels réduits à quelques parcs protégés,les autres espèces animales dont nous dépendons dans des zoo ou réduites à etre de la viande sur pattes dans les élévages intensifs...ne parlons pas des changements climatiques, de la raréfaction des terres arables, des mégalopoles et donc des violences...souhaitons-nous que nos enfants en soient réduits à survivre plutôt que vivre? une petite association " Démographie Responsable" essaie de faire prendre conscience de cela, en France, mais pour les politiques c'est un tabou qu'il ne faut pas évoquer!