Libre opinion - Un audit sans précédent pour retrouver la confiance

L’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) a condamné sur toutes les tribunes les pratiques d’affaires de certains d’entre eux qui ont pour effet de ternir le travail quotidien des quelque 60 000 que comptent le Québec. De toute évidence, ces révélations ont eu pour effet de plonger le génie québécois, l’un des fleurons de notre identité collective, dans une crise sans précédent à laquelle il faut trouver des solutions.

C’est ce qui a amené l’OIQ à lancer récemment une initiative sans précédent dans le système professionnel québécois : instaurer un programme d’audit volontaire au sein des firmes de génie-conseil pour pouvoir examiner leurs pratiques d’affaires et favoriser leur intégrité. En participant à ce programme, une firme accepte de respecter certaines règles et normes de pratique, de se soumettre à des vérifications de l’Ordre et de se conformer aux changements recommandés.


Ce faisant, l’Ordre est en mesure d’agir de manière préventive auprès des entreprises pour lesquelles oeuvrent ses membres pour s’assurer qu’elles adoptent des conduites et des pratiques d’affaires exemplaires. En agissant en amont sur les pratiques d’affaires des organisations liées au génie-conseil, l’Ordre sera ainsi mieux placé pour améliorer la pratique du génie, dans toutes les sphères du travail de l’ingénieur, et plus particulièrement sur le plan éthique et déontologique.

 

Pratiques d’affaires


Ce qui est au coeur des stratagèmes dévoilés par la commission Charbonneau, ce sont les pratiques d’affaires des entreprises plutôt que les actes d’ingénierie posés par des ingénieurs dans la réalisation d’ouvrages fiables, sécuritaires et durables. Pourtant, l’un ne va pas sans l’autre puisqu’on juge une oeuvre dans son ensemble. Le génie québécois ne doit donc pas être un fleuron reconnu seulement pour son expertise et son savoir-faire techniques, mais également pour son éthique dans les pratiques d’affaires. La probité peut être une marque de commerce tout autant que la compétence, et ce, tant sur la scène locale qu’internationale.


Résolu à aller au fond des choses afin de rétablir la confiance du public, l’Ordre ne se dérobe pas à ses responsabilités. Ainsi, dans la foulée des révélations des derniers mois, le Bureau du syndic de l’Ordre a systématiquement ouvert des enquêtes sur les ingénieurs au centre des allégations et, dans la mesure où celles-ci sont fondées, il est clairement dans notre intention de traduire les ingénieurs fautifs devant le conseil de discipline pour qu’ils répondent de leurs actes et en subissent les conséquences du point de vue professionnel. Toutefois, comme les ingénieurs visés jouissent de la présomption d’innocence dans notre système de droit, les processus disciplinaires peuvent être longs. Pour que ces enquêtes aboutissent sur des plaintes fondées sur une preuve solide qui mènera à des condamnations, il faut du temps, mais l’OIQ déploie tous les efforts nécessaires pour mener à terme ses enquêtes.


Dans l’intervalle, l’OIQ a fait le choix d’agir dès maintenant tout en collaborant pleinement aux travaux de la commission Charbonneau afin de remettre les valeurs de compétence et d’intégrité au centre de l’action des ingénieurs. En agissant ainsi, l’Ordre s’inscrit résolument dans l’action pour que la profession mérite pleinement la confiance du public.

 

Daniel Lebel - Président de l’Ordre des ingénieurs du Québec

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3 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 3 juin 2013 10 h 29

    Perte de crédibilité

    Les ingénieurs ont beaucoup perdu en crédibilité avec toute la corruption et aussi les autoroutes qui s'écroulent...un manque flagrant de professionnalisme qui doit être pris en considération par L'ordre si ces gens sont sérieux.

    Dommage pour la profession et tous ceux qui sont intègres et compétents..

  • Richard Laroche - Inscrit 3 juin 2013 12 h 04

    La valeur d'un audit

    Réaliser un audit, c'est endosser et prendre la responsabilité.

    Se le but de l'OIQ consiste à livrer au Public une liste de "firmes vérifiées par l'OIQ" sans détails ni informations, n'offrant aucune garantie autre que la parole de l'OIQ, alors M. Lebel prend des responsabilités et met la crédibilité et l'intégrité même de l'OIQ en jeu, avec celle de tous les ingénieurs en dehors du domaine de la construction et du génie-conseil. C'est un jeu très dangereux.

    En revanche, si l'OIQ veut réellement agir comme agent de sécurité Publique, réaliser ses audits en transparence et livrer un certificat crédible, elle va devoir laisser transparaitre publiquement des informations très importantes et détaillées sur les firmes et leurs manières de faire pour calmer la méfiance du Public.

  • François Dugal - Inscrit 3 juin 2013 15 h 14

    Le fleuron

    Monsieur Lebel, ne dites pas aux citoyens ordinaires que l'OIQ ne savait rien des magouilles de certains de ses membres; quand même!
    Le public a d'autant perdu confiance quand il constate l'état de nos infrastructures:
    - les viaducs qui s'effritent
    - les routes qui défoncent
    - les conduites d'eau qui coulent
    - le pont à hauban de l'Île Perrot que l'on a démoli après même pas 20 ans
    - Le rond-point Dorval qui prendra 10 ans à construire (et dont l'une des bretelles passait dans le stationnement d'un hôtel !!!)
    Vous appelez ça comment déjà. «l'un des fleurons de notre identité collective»?
    Tout un fleuron ...