Libre opinion - Pour une formation universitaire des infirmières

Pris dans le quotidien et ses défis, il est facile d’oublier à quelle vitesse les systèmes de santé évoluent. Pourtant, au cours des dernières années le développement des technologies de pointe et les évolutions démographiques et sociales ont radicalement bouleversé la nature des soins, les lieux où ils sont offerts et le travail de ceux qui les fournissent. Et rien n’indique que le rythme de ces changements va ralentir. Au contraire, tout semble indiquer que les prochaines décennies donneront lieu à des bouleversements majeurs.

C’est dans ce contexte qu’il faut analyser la proposition actuelle de former toutes les futures infirmières au baccalauréat. Entre le travail quotidien des « gardes-malades » d’il y a soixante ans et celui des infirmières qui pratiquent aujourd’hui, il y a un monde de différence. Ce constat ne remet aucunement en cause ni le dévouement ni la qualité du travail que réalisaient les femmes qui travaillaient au chevet des malades dans l’après-guerre. De la même manière, soutenir que la formation infirmière passera à l’avenir par un baccalauréat n’est en aucune manière un jugement sur le travail des professionnelles d’aujourd’hui.


Il s’agit d’un constat qui se fonde sur deux réalités. La première est qu’il existe des données issues de la recherche scientifique démontrant les bénéfices pour les patients d’une formation accrue des infirmières. Plusieurs études qui s’appuient sur des devis de recherche rigoureux montrent ainsi un lien entre le niveau de formation des infirmières et de meilleurs résultats sur le plan de la santé des patients. Par exemple, en milieu hospitalier, plus la proportion d’infirmières ayant un niveau de formation universitaire augmente plus les taux de complication postopératoire diminuent. Aussi, dans le contexte d’une pratique à domicile ou en soins de première ligne l’étendue de la prise en charge du patient/famille que les infirmières peuvent réaliser est étroitement liée à leur niveau de formation.


La seconde réalité est que le système de santé québécois va évoluer de manière profonde et rapide dans les prochaines décennies et que les professionnels qui y travaillent vont être appelés à réinventer les approches de soins. Ces transformations vont demander aux infirmières de développer des compétences diversifiées et complexes qui nécessitent une formation accrue. À ce titre, la formation des infirmières est un élément important pour contribuer à résoudre plusieurs problèmes auxquels le système est confronté (accessibilité aux soins, contrôle des coûts, organisation des soins, etc.)


Le Québec est le seul endroit au Canada à ne pas exiger un diplôme universitaire de ses nouvelles infirmières. Il faut aussi comprendre que l’effet du rehaussement de la formation sur les pratiques cliniques et le fonctionnement du système se fera sentir progressivement, au fur et à mesure de l’entrée en fonction des nouvelles cohortes infirmières sur plusieurs décennies. Si nous attendons d’être mis au pied du mur, il sera trop tard. Il est temps de prendre en compte les données et d’agir en conséquence pour optimiser les soins reçus par les patients.

 

Damien Contandriopoulos, Isabelle Brault, José Côté, Sylvie Cossette, Caroline Larue - Professeurs à la Faculté des Sciences infirmières de l’Université de Montréal.
Ce texte a aussi été signé aussi par Marie Alderson, Laurence Bernard, Amélie Blanchet Garneau, Jean-Pierre Bonin, Anne Bourbonnais, Claire Chapados, Danielle D’Amour, Francine Ducharme, Fabie Duhamel, Arnaud Duhoux, Louise Francœur, Sylvie Gendron, Christine Genest, Marjolaine Héon, Sylvie Le May, Annette Leibing, Géraldine Martorella, Pilar Ramirez-Garcia, Lucie Richard, Bernard Roy, Diane Saulnier et Bilkis Vissandjee

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