Libre opinion - Le F35: de plus en plus futile

Avec l’arrivée du printemps, Lockheed Martin entreprend une campagne de publicité au Canada pour faire la promotion de son F35 auprès des médias et de la population. Cette campagne survient pendant que le gouvernement Harper serait en train de réexaminer ses options pour le remplacement des CF18 dans un contexte de restrictions budgétaires.


On se souviendra que ce même gouvernement s’était engagé à acheter soixante-cinq F35 avant d’être reporté au pouvoir. Le premier ministre Harper et son ministre de la défense justifiaient alors cet achat controversé avec les arguments suivants : les CF18 auront bientôt atteint la fin de leur vie utile et doivent être remplacés, le contrat d’achat a été octroyé à Lockheed Martin à la suite d’une compétition d’où le F35 est sorti gagnant et le F35 est le meilleur appareil pour remplir les besoins des forces de l’air canadiennes.


Les premiers CF18 ayant été mis en service en 1984 auront 30 ans l’année prochaine. On peut donc comprendre qu’ils soient fatigués et qu’une compétition s’impose à la suite d’un appel d’offres pour leur succession. Toutefois, il s’est avéré que le F35 avait été choisi sans compétition et qu’il n’y avait pas de contrat d’achat. Ce que nous savions déjà avant les élections. Après celles-ci, Kevin Page (le directeur du budget) nous confirmait les dires du vérificateur général sur les explosions des coûts. Ceux-ci n’étant pas de l’ordre de 20 milliards dollars comme l’affirmait le premier ministre, mais bien de plus de 40 milliards dollars. On estime maintenant les coûts à près de 65 milliards de dollars. Malgré leurs mensonges et leur incompétence, les conservateurs furent malheureusement réélus avec une majorité. Heureusement, à la suite des témoignages de Page, du vérificateur général, des journalistes d’enquête et des pressions de l’opposition, le gouvernement effectua une volte-face et confia au ministère des Travaux publics la tâche de reprendre les devoirs du ministère de la Défense.


Cela étant, la question de savoir si, au-delà des coûts, le F35 est un bon choix pour le Canada ne doit pas être oubliée. Pour y répondre, on doit prendre en considération les rôles assignés aux forces de l’air et la capacité de cet avion à remplir les missions qui en découlent. Ces rôles, tels qu’ils sont énoncés par le gouvernement, dans l’ordre de leurs priorités, se résument principalement au contrôle de l’espace aérien au-dessus du territoire canadien pour maintenir sa souveraineté, l’aide à la défense du continent nord-américain dans le cadre du NORAD et l’aide aux opérations de l’OTAN. Les missions reliées aux deux premiers rôles sont de type air-air et, pour le troisième, de type air-sol. Le F35, ayant été conçu pour détruire des cibles terrestres hors de la portée de leurs défenses, n’est donc pas un bon candidat pour les missions air-air. Ses performances (taux de montée, rayon d’action, agilité) ne sont pas à la hauteur des exigences de ces missions. Quant au troisième rôle, à moins que l’OTAN décide d’attaquer l’Iran ou la Corée du Nord, on voit mal le F35 dans une mission de soutien aux forces terrestres. Une mission qui demande une bonne capacité d’endurance qui manque au F35.


En conclusion, nous pouvons affirmer que le F35 n’est pas le bon choix pour le Canada. Nous pouvons aussi demander au gouvernement conservateur s’il aura encore le culot de nous refiler une facture de 65 milliards de dollars, après ses restrictions dans les programmes d’assurance emploi, ses compressions budgétaires en recherche scientifique et son retrait de la convention de l’ONU sur la lutte contre la désertification. Nous pouvons aussi espérer que la population ne sera pas dupe de la campagne de poudre aux yeux de Lockheed Martin.

8 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 16 avril 2013 06 h 06

    Les F-35 seront détruits au sol

    En cas de guerre, cette quincaillerie sera détruite au sol sur nos bases militaires ouvertes à tous vents par nos ennemis déjà présents dans le pays.

  • François Dugal - Inscrit 16 avril 2013 08 h 03

    Eh chef

    Eh chef, si on achète pas les F-35, qu'est-ce qu'on fait?

    • Jacques Patenaude - Abonné 16 avril 2013 09 h 23

      On achète tout simplement un autre avion moins cher et mieux adapté à nos besoins!!!!

    • Alexie Doucet - Inscrit 16 avril 2013 09 h 34

      La diplomatie et la neutralité coutent moins cher que l'arsenal militaire.

    • André Le Belge - Inscrit 16 avril 2013 10 h 22

      Le "Rafale" semble être, d'après les experts, le meilleur avion de chasse. Le seul problème c'est qu'il est français. Français? Horreur!

  • Georges LeSueur - Inscrit 16 avril 2013 08 h 51

    Au suivant...!

    Le F35 est plus une décision politique partisane qu'un choix libre et réfléchi.
    Il est aussi une décision économique à courte vue en espérant attirer des contrats en relation avec cet investissement militaire.
    De plus il ne répond pas aux exigences militaires.

    Le Canada n'aura jamais à utiliser un appareil sophistiqué contre ceux qui en disposent. Ce sont de superpuissances mlitaires ! Et ceux-là sont nos amis !
    Le F35 doit être biffé des projets d'achat. Il y a mieux à moins cher pour qui veux voir !

  • Gilbert Troutet - Abonné 16 avril 2013 10 h 37

    À quel prix ?

    On finit pas ne plus savoir combien coûterait l'achat de cette quincaillerie. De 20 milliards, nous voilà rendus à 65 milliards $ (selon l'auteur de l'article). En faisant un rapide calcul, cela signifierait 2000 $ par citoyen canadien, donc entre 5000 et 10 000 $ par foyer. Si vraiment le rôle de l'État doit diminuer, comme le prêchent les conservateurs, il va falloir nous expliquer le pourquoi de telles dépenses militaires. Déjà, le gouvernement Harper a flambé des dizaines de milliards $ pour des hélicoptères de combat, des chars d'assauts, des frégates, une nouvelle flotte de camions... Ainsi, il a acheté 150 nouveaux chars d'assaut (à 11 millions $ chacun) pour aller «combattre les Talibans».
    Imaginez un instant ce qu'on pourrait faire d'utile au pays avec ces sommes-là : universités et écoles, équipements de santé, transport en commun...

  • Pierre Raymond - Inscrit 16 avril 2013 11 h 27

    Devoir de mémoire

    Quelqu'un se souvient-il qu'avec tout leur poids, les chefs militaires ont fortement influencé le Gouvernement du temps à acheter des F18 car à cause de la grandeur de «notre beau grand pays», il fallait ABSOLUMENT un chasseur à 2 moteurs pour des questions de sécurité.

    Pendant ce temps là, les alliés choisisaient le F-16 qui coûtait passablement moins cher. Le F35 n'a qu'un moteur et j'imagine qu'avec le Gouvernement actuel, les militaires n'ont plus le droit de parole ou bien...

    Et pouquoi ne considère-t-on pas le F18 Super Hornet, la version moderne du F18?
    On peut croire que les vieux F18 pourraient fournir certaines pièces pour la réparation des nouveaux.

    Pierre Raymond, Montréal