Raymond Boudon (1934-2013) - Un grand sociologue s'éteint

Raymond Boudon a élargi la conception de la rationalité de l’individu dans les explications des phénomènes sociaux et économiques.
Photo: Agence France-Presse (photo) Raymond Boudon a élargi la conception de la rationalité de l’individu dans les explications des phénomènes sociaux et économiques.

Le sociologue français Raymond Boudon est décédé le 10 avril à Paris. La sociologie perd avec lui l’un des grands de la discipline et l’auteur d’une œuvre considérable et originale.

On doit à Boudon d’avoir réhabilité la place de l’individu dans l’analyse des phénomènes sociaux, dans la grande tradition de Max Weber et même d’Émile Durkheim dont il a proposé une relecture originale de l’œuvre, à distance de la vision convenue d’un holiste déterministe.

Boudon a élargi la conception de la rationalité de l’individu dans les explications des phénomènes sociaux et économiques. Critique de la rationalité instrumentale (rational choice), il a distingué divers types de rationalité, comme la rationalité des valeurs, une idée qui a ouvert des pistes nouvelles en sociologie. Pour lui, les valeurs n’étaient pas arbitraires, mais plutôt fondées sur de bonnes raisons partagées de juger que certaines d’entre elles (l’égalité entre les femmes et les hommes, par exemple) étaient préférables à d’autres, et il avait tiré de cette idée une critique radicale du relativisme culturel contemporain. Pour lui, les choix éthiques et axiologiques (liés aux valeurs) devaient être expliqués rationnellement et ainsi départagés.

Ses derniers travaux sur les croyances, individuelles et collectives, ont marqué la sociologie. Pourquoi les individus croient-ils ce à quoi ils croient ? Comment expliquer le succès de certaines théories qui, avec le recul, se sont avérées fausses ou de portée limitée, comment expliquer l’adhésion à des régimes totalitaires et l’aveuglement des intellectuels devant ces derniers au XXe siècle ? Comment expliquer que certains s’engagent à fond dans des mouvements sociaux et d’autres, non ? On le voit, sa sociologie s’est attaquée à de grandes questions, pertinentes aussi pour comprendre les grands enjeux de société.

Contrairement à une critique qui lui a été parfois adressée, l’individu défini par Boudon n’est pas un atome désincarné, mais les décisions individuelles et les comportements sont au contraire ancrés en société, encadrés et situés en contexte social, d’où l’idée importante que les choix ne sont pas par nature optimaux ni satisfaisants. On lui doit une grande idée, passée dans le langage courant, celle des ‘effets pervers’ – qu’il a par la suite préféré qualifier d’effets inattendus ou phénomènes de composition – pour décrire des résultats inattendus ou contraires aux intentions de chacun comme la dévalorisation des diplômes ou l’aggravation des crises économiques.

Une œuvre majeure

Boudon laisse en héritage des livres nombreux, qui ont bien vieilli, car il s’est attaché à construire une œuvre scientifique solide, ce qu’il appelait « des savoirs fondés », dont il a lui-même décrit les orientations et les intentions dans La sociologie comme science, qui est un peu son testament et dans lequel on trouvera un essai autobiographique.

Raymond Boudon n’a pas « fait école » ni voulu se constituer en maître à penser, contrairement à d’autres grands sociologues de sa génération. Il a construit une œuvre solide tout en animant un important laboratoire de recherche, le Gemas à Paris, et en dirigeant l’importante revue durkheimienne, L’Année sociologique. Ses travaux ont cependant eu une énorme influence et ils ont inspiré un très grand nombre d’essais en sciences sociales. La « collection bleue » Sociologies des Presses universitaires de France qu’il a dirigée (notez le pluriel de l’intitulé, qui témoigne de son ouverture) est la plus importante du genre en sociologie de langue française et probablement en sociologie tout court.

Un ami du Québec

Parisien de naissance et Normand d’adoption, Raymond Boudon était un ami du Québec, fréquenté depuis le temps de ses études à Columbia. Lui et son épouse Marie-Rose aimaient venir dans la capitale et ils avaient une affection particulière pour la Côte-Nord et la région de Tadoussac, pour les grands espaces battus par le vent.

Raymond Boudon a été deux fois professeur invité à l’Université Laval et il devait y recevoir un doctorat honoris causa en sociologie en juin 2013, à l’occasion des fêtes du 75e anniversaire de la Faculté des sciences sociales. La maladie l’a empêché de revenir au Québec et de revoir collègues et amis ce printemps, et il s’en montrait désolé.


Simon Langlois est directeur du département de sociologie de l’Université Laval. Il a rédigé sa thèse de doctorat sous la direction de Raymond Boudon.
3 commentaires
  • Maxime C. Lemieux - Inscrit 12 avril 2013 03 h 02

    Texte très mal écrit.

    Ce texte ne nous donne absolument pas le goût de déouvrir l'oeuvre de cet auteur. Pour un texte écrit par un professeur; la structuration laisse énormément à désirer.

    • Sébastien Arcand - Abonné 12 avril 2013 11 h 02

      Moi je le trouve plutôt clair et éclairant ce texte. Un bel hommage il me semble.

    • Maxime Dion - Inscrit 12 avril 2013 13 h 01

      @Maxime C. Lemieux

      Vous devriez nous démontrer en quoi la présentation des mérites du sociologue Raymond Boudon aurait été mal rédigée, parce qu’à mon avis la rédaction de cet article ne laisse absolument pas à désirer.