Libre opinion - Trois questions sur le Projet Saint-Laurent de la CAQ

Le 23 mars dernier, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a dévoilé, devant les assises de son parti, les grandes lignes du Projet Saint-Laurent, que sa formation place au centre de son programme politique. Comme il s’agit d’un avant-projet, les Amis de la vallée du Saint-Laurent (AVSL) attendent avec intérêt la suite. Nous voulons dès maintenant exprimer nos premières réactions sur ce sujet qui nous tient à coeur : le développement durable de ce fleuve sur lequel reposent à la fois l’histoire, le peuplement, l’économie et l’identité du Québec.

De prime abord, nous sommes satisfaits, car nous militons depuis 1988 pour un authentique « développement durable et intégré » du fleuve. Nous avons souvent regretté que les multiples actions menées en faveur du Saint-Laurent n’aient pas eu l’efficacité souhaitée, en raison principalement de leur dispersion, due à l’absence d’une « Politique globale du Saint-Laurent ». L’idée de voir un parti politique aborder d’un bloc la question du développement du Saint-Laurent nous sourit si elle place ce projet sous le chef de l’innovation, à condition que cette innovation se traduise aussi en matière de gouvernance.


Mais notre seconde réaction en est une d’étonnement, car selon nous, le Projet Saint-Laurent de la CAQ suscite quelques questionnements.


Pourquoi ce projet ne tient-il pas compte des actions et des réussites des deux dernières décennies en recherche et gestion sur le Saint-Laurent, notamment en matière de contrôle et de protection environnementaux ? Sous l’égide du Plan d’action du Saint-Laurent, par exemple, les gouvernements du Canada et du Québec, de même que leurs nombreux partenaires, ont dressé un impressionnant tableau scientifique du Saint-Laurent. De plus, les partenaires de Stratégies Saint-Laurent ont élaboré des plans de gestion intégrée très pertinents, dont les autorités municipales et les entreprises se sont souvent inspirées dans leurs interventions locales.


Devant cette méconnaissance de ce qui s’est fait depuis 20 ans, pourquoi le Projet Saint-Laurent de la CAQ demeure-t-il vague quant aux actions complémentaires à mener ?


Pourquoi la CAQ reste-t-elle muette sur le financement des actions souhaitées ? C’est souvent sur ce point que l’action des 20 dernières années a achoppé. M. Legault affirme que le projet se réalisera à « coût nul », financé à même les revenus de la vente des terrains décontaminés (est de Montréal, en particulier). Nous souhaitons qu’il ait raison !


Pour les AVSL, la CAQ devrait confier la gouvernance de son Projet Saint-Laurent à une structure spécifique comme celle de la Commission internationale pour la protection du Rhin, qui regroupe neuf pays. Enfin, il serait mieux de situer ce Projet Saint-Laurent dans le cadre d’une politique qui actualise la reconnaissance du Saint-Laurent comme patrimoine national, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale du Québec le 23 mars 2010, sous l’initiative des AVSL, trois ans jour pour jour avant l’annonce de M. Legault.

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