Libre opinion - Une commission qui arrive à point nommé

Le gouvernement du Québec met sur pied une Commission d’examen pour analyser les impacts de la réforme de l’assurance-emploi et y proposer des changements, voire des solutions de remplacement. Nous disons : enfin !


Le gouvernement fédéral n’a jamais consulté les représentants des cotisants avant d’imposer en 2012 cette si brutale réforme. Les organisations syndicales, les associations patronales et autres représentants de la société civile n’ont jamais pu s’exprimer. Pas plus que les gouvernements provinciaux, qui devront pourtant assumer, par extension, la facture de ces compressions.


Le 21 mars dernier, il y a quelques jours à peine, le ministre des Finances, Jim Flaherty, annonçait un nouveau train de mesures, celles-là visant une réorganisation de la formation, passant par-dessus, sinon piétinant, les compétences québécoises en la matière. À droite ou à gauche, le constat est le même : Ottawa ne nous écoute pas.


L’automne dernier, lors d’une tournée d’assemblées publiques tenues à travers le Québec, nous avons été en mesure, et encore aujourd’hui, de mesurer à quel point les gens sont inquiets et préoccupés par ces réformes, combien ils ont besoin de s’exprimer, de faire part de leurs idées. Et elles sont riches et vivifiantes, ces idées.


Le Québec, dans ses multiples composantes, rejette clairement les mesures conservatrices. C’est à ce point que le gouvernement Harper a fait parvenir une lettre circulaire à tous les citoyens québécois pour justifier les « changements à l’assurance-emploi ». Doit-on en rire ou en pleurer quand cette missive prétend que, « tant que les prestataires continueront de chercher un emploi convenable, l’assurance-emploi sera là pour les aider » ? Bien sûr, ils ne nous disent pas que l’emploi convenable est devenu, comme l’indique cet extrait d’une lettre type reçue par un prestataire de chômage, « un travail similaire ou différent, à un salaire plus bas que l’emploi précédent, qui pourrait signifier de plus longues heures de travail ou des heures variées et que l’on doit être disposé à changer de localité pour s’ajuster aux offres d’emploi ». Les citoyens ne sont pas dupes ; ils ont compris que ceux qui imposent ces compressions sont des menteurs.


J’ose dire que l’opposition à la réforme a gagné la bataille de l’opinion publique. Pouvons-nous aller nous reposer ? Jamais, et encore moins maintenant ! Il y a un immense chantier devant nous qui n’est plus du seul camp de la dénonciation mais de celui qui proposera aussi une ouverture, des avenues, des solutions. Voilà où nous en sommes. Où nous en sommes résolument.


Gilles Duceppe coprésidera la Commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi… Grand Dieu, si quelqu’un connaît ce programme, et a développé des réflexes au quart de tour sur ces questions, c’est bien lui. Nous avons été en mesure de le constater, et à maintes reprises, ayant collaboré avec le Bloc québécois (comme avec le Nouveau parti démocratique et le Parti libéral du Canada) dans le cadre, par exemple, d’une coalition parlementaire et syndicale, que le Conseil national des chômeurs animait en 2006 et 2007. Des experts de haut calibre viennent ajouter à la qualité de cette commission, des érudits dont la compétence n’est pas à mettre en doute.


La Commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi a des responsabilités importantes à l’égard de la population : non seulement comprendre et canaliser les craintes et la colère, mais savoir définir un grand projet rassembleur. Un programme comme celui de l’assurance-emploi est la pierre angulaire de nos programmes sociaux. Cette fondation a été gravement fragilisée par les différents gouvernements fédéraux et il est plus que temps de penser à faire autrement. Et d’agir.

4 commentaires
  • Céline A. Massicotte - Inscrite 3 avril 2013 07 h 30

    Enfin, oui...

    Votre texte, M. Céré, vient confirmer l'impression que j'ai eu lorsque l'annonce de cette commission d'examen qui sera pilotée par M. Duceppe, soit que notre gouvernement serait le seul à s'occuper vraiment de ce dossier. La première et la deuxième opposition (la troisième semble dormir au gaz), nous bassinent les oreilles avec ce prétendu travail que le Québec devrait faire en concert avec le reste du Canada, mais justement on dirait qu'il ne s'y fait pas grand chose sinon rien. Ça va de soi puisqu'à partir de l'ontario vers l'ouest l'impact des nouvelles mesures est à peu près nul, contrairement au Québec et aux Maritimes où les emplois saisonniers sont le plus nombreux. Alors comme on dit en bon québécois, ces sparages ne sont que du pétage de broue. D'ailleurs le nouveau chef libéral s'est-il seulement exprimé là-dessus? J'en doute fort. Mais une autre commission s'approche peu à peu de Québec, et ma foi les libéraux ont besoin de quelques incantations pour parer au pire.

    Cette commission servira non seulement au Québec mais aussi aux Maritimes, car les deux sont gravement affectés à cause des pêcheries et aussi de l'industrie forestière, chez nous. Merci pour cette intervention, mais bien sûr ceux qui ne veulent rien comprendre et rien entendre... continueront de japper.

  • Colette Pagé - Inscrite 3 avril 2013 10 h 32

    La société distincte, une coquille vide !

    Nous devons saluer toutes initiatives prises dans l'intérêt et la défense des Québécois. Avec la réforme de l'assurance-emploi nous avons la démonstration que la reconnaissance du Québec comme société distincte était une coquille vide davantage utilisée comme poudre aux yeux.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 3 avril 2013 15 h 23

      Une coquille vide? C'est un euphémisme, vide intégral serait plus approprié.

      Peu de gens savent que dans les petits caractères, comme dans les contrats d'assurance, lesdit les faisant partie du peuple québécois sont défini comme étant tout citoyen parlant français et habitant au Canada: autrement dit, "Canadien-Français", comme dans le bon vieux temps: est-ce que ces Québécois là vont voté lors du prochain référendum?

      Je n'ai jamais compris pourquoi le Bloc avait laissé passé ça. En fait je l'ai trop bien compris: il vallait mieux pour eux crier faussement victoire plutôt qu'honnêtement défaite.

      Et ils ont récidivé dans la politique du silence lors qu'à l'autome 2011 le NPD a fait voté une autre motion sans aucune conséquence reconnaissant cette fois là le droit du Québec de franciser ses immigrants, une autre motion votée à l'unanimité: qui sait ce qui serait arrivé du Bloc s'il s'était alors tenu debout et l'avait dénoncée, puisque c'est la cour suprême qui nous gouverne et ira toujours à l'encontre de telles politiques. Mais bon... c'est de l'histoire ancienne, mais pas tant que ça.